|
|||||
Le bon peuple au secours de BouteflikaPar Kamel Daoud, Le Quotidien d'Oran, 16 août 2005 S’il vise à une remise à zéro du compteur des rancunes nationales, le référendum pour la réconciliation nationale n’a déjà plus à convaincre les Algériens en vérité. Après des années de massacres et de politiques sécuritaires coûteuses, les Algériens de l’Algérie laissent surtout cette impression de s’être lentement repliés sur eux-mêmes, de s’être déposés dans leurs propres profondeurs et d’avoir surtout investi la revendication de la survie plutôt que celle de la représentation politique ou de la contesta violente et idéologique. La violence d’aujourd’hui n’est presque plus celle du maquis mais celle du quotidien. Un référendum pour transformer la réconciliation en un contrat, après n’avoir été qu’une philosophie d’alternative, va surtout servir Bouteflika et sa vision. C’est finalement Bouteflika qui, aujourd’hui, a besoin de cette sorte de plébiscite indirect et qui veut consacrer une sorte de majorité devant les oppositions qu’il dit connaître «nom par nom», «ici et ailleurs». Les mesures de la «charte» sont certes concrètes et pour une fois courageuses. Elles tranchent avec la trop longue campagne à vide du personnel de service de la vie politique depuis deux ans et donnent à consommer plus que des analyses de faisabilité et de réalisme et plus que les récupérations et les interprétations sales. Ceci, même si tout le monde aura compris qu’en guise de responsabilité et de «repentir», l’Etat n’a proposé finalement que la compensation financière et le statut définitif et commun de «victimes de la tragédie nationale» aux victimes des terroristes comme aux familles de disparus. L’Etat de la décennie 90 veut assumer et payer mais pas se repentir et juger. Une démarche par défaut qui explique que par ces termes, elle ne veut pas raviver des plaies mais qui, en fait, veut éviter des procès et laisser dans la marge du refoulement la question des responsabilités et donc remettre à plus tard ou à jamais la thérapie de l’aveu. Les Algériens ne vont pas voter «non», on l’aura compris, mais leur «oui» n’aura peut-être pas cette vigueur de l’engagement national dont rêve Bouteflika. Il sera tout juste l’acte notarial qui va lui donner la procuration d’agir face à ses oppositions et le lustre d’une initiative d’ampleur face à l’option du tout sécuritaire devenue internationale. Les Algériens vont jouer le jeu de cette réconciliation nationale, mais celle-ci ne fait pas écran à une autre réalité: après la réconciliation, il y aura toujours le même vide à affronter et le même état d’un Etat sans proposition nationale autre que celle des bilans et des chantiers. La Réconciliation va transformer le présent en un passé mais pas plus. L’Avenir restera quant à lui en attente. |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||