Attentes citoyennes et réconciliation

 

Par Mahmoud Mamart, La Tribune, 26 janvier 2005

Cinq personnes viennent d’être inculpées et placées sous mandat de dépôt, dont le premier responsable de la CNAN, dans l’affaire du naufrage du «Bechar» et l’échouage du «Batna» intervenus dans la nuit du 13 au 14 novembre dernier dans le port d’Alger suite aux intempéries qui ont affecté le nord du pays. L’enquête diligentée à cet effet, contrairement aux multiples commissions déjà créées à maintes circonstances, tranche avec celles qui, assez souvent, s’arrêtent aux… lampistes. Dans un pays où l’impunité a régné en maîtresse des années durant, la réhabilitation de la justice est indubitablement le socle sur lequel tout l’édifice institutionnel à construire et les réformes engagées dépendent. Ainsi, si l’amnistie générale et la réconciliation reviennent tels des leitmotivs en ce début d’année 2005, y a-t-il en effet meilleur discours que de convaincre les Algériens par des actes concrets et de tous les jours, en les réhabilitant par exemple et surtout dans leurs droits. Au lieu et place d’un compagnonnage douteux de la pléthore d’hommes et d’associations parasitaires et rentières, louant à longueur de journées le prince du moment, y a-t-il meilleure réconciliation que celle qui réconcilie l’Algérien avec son Etat, l’Algérie avec son histoire et les Algériens entre eux. A cet effet, l’année qui vient de commencer a été entamée par le rappel des arouch au dialogue, et au-delà de la guerre de communiqués entre les fractions du mouvement citoyen quant à la représentativité des uns et des autres, c’est toute la problématique identitaire et les réparations d’une injustice historique qui est à l’ordre du jour en premier chef. Les révoltes épisodiques kabyles semblent avoir enfin été décryptées à leur juste dimension. D’autre part, le traitement des dossiers de ceux qui ont une part de responsabilité dans les assassinats de plus d’une centaine de jeunes innocents renseignera sur le degré d’engagement du pouvoir à aller vers des révisions déchirantes dans le sens d’une vraie réconciliation nationale. Au moment où le premier responsable de la DGSN considère que l’Algérie est «sur la bonne voie» sur le plan sécuritaire, se permettant même d’espérer clore le dossier du terrorisme après deux ou trois opérations antiterroristes du genre de celles qui ont été menées ces derniers temps, tout porte à croire que les regards seront portés vers la capacité de l’Etat algérien à s’engager résolument dans la construction de l’Etat de droit. Le chef du gouvernement, en considérant que désormais ce sont les barons et les lobbies d’intérêts qu’il faut pourchasser et non les petits revendeurs à la sauvette, étant donné que ce sont eux qui gangrènent l’économie nationale, et en s’engageant à faire aboutir le dossier de l’affaire Khalifa au moment où la justice algérienne prend tout son temps pour traiter ce qui est qualifié «d’escroquerie du siècle» alors que la justice française est à sa troisième mise en examen de personnes impliquées dans la gestion de certaines filiales du groupe installées sur son sol, est à se dire que l’année 2005 sera placée sous le signe de l’accélération des réformes et advienne que pourra. «Ça passe ou ça casse !», s’est exclamé l’un des réformateurs au début des années 1990 et au moment où l’Etat subissait les poussées dévastatrices des forces intégristes et de ceux qui voulaient le privatiser. Quinze ans après, et dans une Algérie qui a payé une transition qui n’en finit pas par des milliers de morts et dégâts matériels inestimables, et au moment où le dossier tout aussi sensible des terres agricoles est dans l’agenda gouvernemental, et sur fond de contestation sociale, l’année 2005 sera certainement des plus décisives.

M. M.

   
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