L'amnistie se précise


Le Matin, 29 avril 2004

L'Algérie doit visiblement s'attendre à de grandes décisions censées parachever le processus de « pacification du pays » entamé cinq ans auparavant. Le président de la république l'a clairement laissé entendre lors du conseil des ministres qu'il a présidé ce mardi en donnant aux membres de son exécutif l'instruction d'axer l'essentiel de leurs travaux sur la concrétisation de la politique de réconciliation nationale. Cette réunion, la première du genre depuis l'élection présidentielle du 8 avril dernier, a été d'ailleurs pratiquement entièrement consacrée au sujet de la réconciliation nationale sur laquelle il s'est, cette fois-ci, étalé davantage qu'il ne l'avait fait durant la campagne électorale. Le programme du gouvernement, a-t-il déclaré, devra ainsi « viser la consolidation de la concorde civile par la promotion d'une véritable politique de réconciliation nationale qui en élargirait les effets ». Ce qui veut dire que la loi sur la concorde civile, qui a octroyé le pardon et assuré l'impunité à des centaines de terroristes, est devenue très insuffisante pour mener à bien son projet, et que la situation nécessite, par conséquent, la promulgation de nouveaux textes de loi qui iraient encore plus loin que les précédents. Bouteflika l'a affirmé : le projet qu'il s'attellera à concrétiser durant ces cinq prochaines années devra « s'accompagner de mesures de clémence envers ceux qui sauront se ressaisir pour participer à la construction et au développement de la nation et non à sa destruction ». Le chef de l'Etat n'en dit pas plus sur la nature de ces mesures. Ces propos peuvent cependant être interprétés comme une confirmation de toutes les informations en cours au sujet d'un projet d'amnistie générale en faveur des dirigeants du parti dissous et de son bras armé. La semaine qui vient de s'écouler a été en effet très riche en indices permettant de comprendre que les concernés attendent effectivement du nouveau. L'agitation dont ils font preuve est très éloquente en la matière. Partage de tâche oblige, ils s'attellent actuellement à multiplier leurs interventions politiques en vue de préparer l'opinion à leur retour sur la scène politique, et uvrent auprès des services de sécurité dans le but d'obtenir le maximum de redditions. Cette dernière opération conditionne la mise en application de la réconciliation nationale. « Elle nécessite, a affirmé une nouvelle fois Bouteflika durant le conseil des ministres, que notre pays se libère définitivement de la violence () » Pour l'heure, aucune information officielle n'a encore été enregistrée à ce sujet. La seule confirmation est venue d'Abassi Madani qui, lors d'une récente intervention sur Al Jazira, a annoncé que plusieurs terroristes ont déjà quitté leur maquis, dans une dizaine de wilayas, au cours des jours précédents et qu'ils se trouvent encore dans des camps de toile spécialement dressés par l'ANP. L'opération, a-t-il tenu à préciser, « n'est pas une reddition mais le résultat de longues tractations ». Aucun démenti n'a été apporté par les organes officiels compétents depuis.
Abla Chérif

La classe politique réagit : pas de réconciliation nationale sans la justice


Le président de la République Abdelaziz Bouteflika, lors du premier Conseil des ministres tenu avant-hier, a accordé la priorité de son programme à la réconciliation nationale qui, selon lui, se concrétisera par des mesures de clémence. La classe politique considère que cette option politique de réconciliation nationale doit obéir à des conditions, en premier lieu le recours à la justice. M. Tabou, chargé de communication au FFS, a, en effet, signalé qu'« il ne peut pas y avoir de réconciliation nationale sans connaître la vérité de toutes les violences subies par le peuple algérien ». Ce dernier insiste à relever que la vérité est indissociable du principe de justice. « Ce que nous constatons, c'est que la réconciliation nationale, version Bouteflika, vise à organiser l'impunité et à occulter les responsabilités des massacres politiques commis contre le peuple algérien », a-t-il déclaré, en ajoutant : « Au FFS, nous sommes partisans du règlement de tous les conflits par le dialogue en respectant le principe de la transparence, de la vérité et de la justice. » De son côté, Hachemi El Chérif, secrétaire général du Mouvement démocratique et social (MDS) soutient également que « l'absence de justice est en elle-même un appel au crime ». El Hachemi Chérif ne va pas sans dire que cette politique de réconciliation nationale, si elle signifie quelque chose, c'est la réhabilitation de l'islamisme politique, « du moins telle que paraît la volonté de Bouteflika », précise-t-il. Une démarche qui, selon le patron du MDS, pourrait être une menace réelle pour la société qui est tiraillée. « Entre un terrorisme réel qui continue à faire des morts et les démarches amnistiantes du Président, nous appelons la société à plus de résistance, car la finalité du terrorisme c'est d'installer un Etat islamique. Depuis des années on assiste à des redditions et à des grâces mais le terrorisme est toujours là », fait-il remarquer, tout en appuyant : « Les terroristes demanderont le maximum de gages pour accepter de céder. » En effet, les dernières déclarations des ex-leaders du parti dissous (Fis) portent à croire que les terroristes n'accepteront pas d'être présentés devant les tribunaux. « Une chose inadmissible et anti-constitutionnelle », si l'on se réfère aux déclarations du président de la Ligue algérienne des droits de l'homme, Ali Yahia Abdenour, qui souligne que « pour aller à la réconciliation nationale, il faut que justice soit faite et que ceux qui ont commis des crimes paient, que ce soit parmi les groupes armés ou des politiques ». « Ils faut que les Algériens soient associés à l'étude de cette démarche de réconciliation nationale », conclut-il.
Rosa Mansouri

 

 
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