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| Comment les familles victimes du terrorisme dans la wilaya de Chlef accueillent-elles le projet d’amnistie générale Ne nous sacrifiez pas une seconde fois ! par Yasmine Ferroukhi, Le Jeune Indépendant, 3 janvier 2005 Face à la volonté politique de prise en charge de cette frange de la population fragilisée en vue d’instaurer les bases d’une véritable réconciliation, telle que prônée par le Président, se dresse toute une faune de prédateurs et de bureaucrates voraces, avides de pouvoir et d’argent. Par ambition politique, devenue le seul moyen d’émerger du lot des miséreux, elle n’hésite pas à marchander ses privilèges de diverses manières et à tous les niveaux. Au risque de mettre sérieusement à mal une démarche censée être salutaire pour un peuple à bout de patience. Toutes les mesures en direction de cette catégorie, annoncées tambour battant, risquent de ne jamais les toucher. Oser la question, lancer l’interrogation aux visages blêmes de froid et de faim, renfrognés de suspicion et d’orgueil semble aussitôt téméraire et d’une grossièreté incommensurable. «Pardonneriez-vous aux terroristes ?» Les regards sont aussitôt méfiants, les silences longs. Des chuchotements : «Ils sont de la houkouma (gouvernement)». Le vide commence à se faire autour de nous. La question, visiblement déplacée, ne peut être à l’ordre du jour car les attentes et les priorités sont d’une tout autre nature. La retenue et la discrétion face à des inconnus sont le propre des gens humbles des montagnes. Ce n’est que plus tard que ces sentiments céderont la place à la confiance, aux confidences, au partage, à l’amour d’autrui. Les langues, enfin, se délient… C’est par une matinée glaciale, en ce 27 décembre, que nous empruntons des chemins escarpés et sinueux vers les hauteurs de la montagne enneigée. En quittant le centre-ville de Chlef, distante de 208 kilomètres de la capitale, nous avons choisi Talâssa comme destination, un petit village niché au sommet de la montagne et faisant partie de la daïra d’Abou El-Hassen, située à 77 kilomètres au nord-ouest de Chlef. Notre choix a été motivé par sa réputation d’être l’une des communes les plus déshéritées de la wilaya, mais surtout pour avoir été l’une des agglomérations les plus durement affectées par le terrorisme. Le long du chemin, les souvenirs foisonnent dans les mémoires de nos accompagnateurs. Ici, en 2001, vingt-cinq personnes sont passées sous la lame des égorgeurs. Plus loin, à Chettia, daïra d’Ouled Farès, en 1994, sept personnes ont connu le même sort. A Oued Sly, des affrontements entre GIA et AIS (respectivement Groupes islamiques armés et Armée islamique du salut qui activait sous la houlette de Madani Mezrag) ont semé la terreur parmi la population. En 1997, trois bombes avaient été placées dans un cimetière où devait avoir lieu l’enterrement d’un moudjahid dont le fils avait fait l’objet d’une tentative d’assassinat une semaine auparavant. Heureusement, la famille avait changé le lieu de l’enterrement à la dernière minute. En 2002, lors d’une soirée de ramadan, sur cette même route d’Ouled Farès, quatorze personnes à bord d’un minibus ont été interceptées dans un faux barrage. Elles ont été égorgées par des terroristes. Et la liste des atrocités vécues par les habitants de ces hameaux est interminable. C’est dire l’épouvante qu’a endurée cette région. On dépasse le «village fantôme» de Kanoun, au pied de la montagne. Celui-ci, nous indique-t-on, avait été complètement déserté par ses habitants. Un grand nombre de ceux-ci sont allés au maquis rejoindre les groupes terroristes avant de revenir plus tard exterminer leurs voisins, leurs proches et même leurs parents restés au village. Les autres n’ont eu d’autre choix que d’abandonner leurs demeures devenues synonymes de mort et de terreur. Au loin, apparaît Djebel Oued Remane, un massif couvert d’une forêt impénétrable. Des casemates datant de la guerre de libération nationale ont été utilisées par les terroristes durant la décennie noire. Talâssa : «Ne jamais oublier le prix de la liberté» Nous atteignons enfin le village de Talâssa qui abrite quelque 13 000 âmes. Direction, le bureau de l’Organisation nationale des victimes du terrorisme et des ayants droit, l’Onvitad. C’est une petite maison de pierres qui n’existe que depuis quatre mois. Sur le registre des victimes, tenu par une jeune fille bénévole, nous relevons l’inscription «liste des adhérents» au lieu de «liste des victimes et ayants droit». Depuis l’ouverture de cette antenne, les habitants du village constituent des dossiers dans l’espoir de se voir attribuer une quelconque aide, mais sans se faire trop d’illusions quant à l’aboutissement de leur démarche, même s’ils avancent les 150 dinars pour se faire attribuer la carte d’adhésion. «Les autorités locales ne daignent même pas nous recevoir, et quand c’est le cas elles nous font des promesses rarement tenues», se plaint M. Kecem Rekkad, secrétaire de wilaya à l’Onvitad. Celui-ci rapporte que de nombreuses activités n’ont été rendues possibles que grâce à la générosité des citoyens donateurs et des notables de la région, certains à titre anonyme. Il nous raconte comment il a pu ainsi, entre autres, organiser au cours de l’été 2004 une colonie de vacances à Annaba pour une cinquantaine d’enfants et à Ténès pour dix-sept autres. Il a distribué à des écoliers nécessiteux 86 cartables lors de la rentrée scolaire et a remis à des familles 53 couffins de ramadan lors du mois sacré. Il ajoute que cette wilaya de 35 communes et 12 daïras, «compte quelque 4 200 victimes et ayants droit entre ascendants et descendants de personnes assassinées, ou blessées à divers degrés. Pour être reconnues comme victimes du terrorisme et ayants droit, elles doivent disposer de procès-verbaux de constatation et d’affirmation établis par les services de la gendarmerie ou de la police». Dans ce même bureau, un des habitants du village s’indigne : «Si l’on n’est même pas indemnisé, comment voulez-vous qu’on pardonne ?» avant d’ajouter : «Si j’avais été terroriste, on m’aurait peut-être mieux reconnu.» Il sort du bureau sur ces mots. Un autre poursuit : «Nous sommes doublement victimes : du terrorisme d’abord, puis de l’administration. Là où l’on va les portes sont fermées. Si vous ne disposez pas de connaissances ou que vous ne donnez pas d’argent pour les corrompre, vous n’aurez jamais rien. Si j’avais de l’argent pour donner une rechoua (pot-de-vin), je ne serais pas là à mendier ce qui me revient de droit.» Il apparaît ainsi que face à une sincère volonté politique de prise en charge de cette frange de la population fragilisée en vue d’instaurer les bases d’une véritable réconciliation, telle que prônée par le Président, se dresse une faune de prédateurs et de bureaucrates voraces, avides de pouvoir et d’argent. Par ambition politique, devenue le seul moyen d’émerger du lot des miséreux, elle n’hésite pas à marchander ses privilèges de diverses manières et à tous les niveaux. Au risque de mettre sérieusement à mal une démarche censée être salutaire pour un peuple à bout de patience. Toutes les mesures en direction de cette catégorie, annoncées tambour battant, risquent de ne jamais les toucher. Dans ce même bureau, nous rencontrons Khermechen Ahmed, membre du bureau de l’Onvitad de cette localité. Il a perdu la vue suite à l’explosion d’une bombe survenue lors d’un ratissage, dans la nuit du 31 mars 1996, alors qu’il exerçait en tant que garde communal depuis 1994. Comme beaucoup d’autres, il exprime sa disposition à «accepter toute démarche susceptible de ramener la paix au pays, même celle exigeant un effort surhumain de pardonner aux assassins de ses proches, mais pas en continuant à subir l’indifférence humiliante». Au siège de l’APC, autrefois complètement incendié, une foule nombreuse fait la queue devant le bureau du P/APC, visiblement dépassé. Ce dernier nous apprend que l’agriculture, autrefois première ressource de la région, a accusé un coup dur durant cette décennie. «Quand nous avons réintégré le siège, il n’y avait rien, pas même un stylo. Comment peut-on faire fonctionner une commune où l’on a besoin de tout ? On nous a promis des moyens pour assurer le transport scolaire des enfants. Mais rien ne nous est parvenu. Ils sont obligés de marcher 6 kilomètres quotidiennement. Beaucoup finissent par abandonner l’école. Il n’y a pas de travail pour les jeunes.» Un villageois explique que «nombreux sont ceux qui quittent le village pour chercher du travail ailleurs et ramener de quoi nourrir leur famille ; mais ils n’arrivent même pas à se nourrir eux-mêmes. Ils errent dans les grandes villes sans pouvoir s’en sortir». «Promettez-moi de transmettre mon message» Nous empruntons à pied la principale rue du village. Nous frappons à la porte d’une des maisons les plus pauvres. L’attitude et la physionomie même de ses occupants en disent long sur les conditions de vie qu’ils endurent dans ce coin reculé du pays. Nous sommes d’abord reçus par les nombreuses brus de la maison, surprises de nous voir pousser leur porte. Puis surgit un homme aux traits graves et au regard interrogatif. Sans un mot, il nous fixe longuement, debout au seuil de la pièce. Lorsqu’il apprend l’objet de notre visite, son visage se décrispe et une larme se forme dans le seul œil qu’il possède, l’autre étant complètement endommagé. Gêné, il sort. Lorsqu’en aparté nous l’interrogeons sur ce qui le peine, et au moment où nous nous attendions à ce qu’il évoque une question personnelle, il nous déclare, la voix nouée : «J’ai trop de peine pour notre pays.» (sanglots). Quelques mots échappés nous apprennent qu’il ne fait plus bon vivre dans ces montagnes depuis que la méfiance s’est installée parmi les voisins, autrefois très proches et solidaires. La misère conjuguée à la solitude est doublement cruelle et implacable. Tout laisse penser qu’il est père d’un ou de plusieurs terroristes. Nous n’osons pas la question à cet homme visiblement très gêné et souffrant d’une sorte d’isolation imposée par son entourage. «Promettez-moi de transmettre exactement ce que je vous dis ; prouvez-moi que vous êtes dignes de confiance. En dehors de vous qui êtes passés pas par ici pour rapporter nos messages, personne ne nous entendra à partir de ce coin perdu.» Le pacte passé, les langues se délient peu à peu. Même message : «Nous sommes prêts à tout pour la paix. Mais qu’ils regardent un peu de notre côté, qu’ils ne regardent pas toujours d’un seul côté […] Dieu trahira ceux qui nous trahiront.» Et justement, en parlant de méfiance, l’un de nos accompagnateurs, originaire du village, nous déconseille de nous rendre chez l’un de ses voisins. «C’est une famille de terroristes», nous murmure-t-il très discrètement. Nous répondons que les enfants n’ont rien à voir dans ce conflit. Et, au moment où nous nous dirigeons vers cette famille, un jeune homme nous lance, sur un ton visiblement hostile : «Il n’y a plus personne ; ils ont déménagé depuis trois jours.» Dans le même village, un ancien sous-officier handicapé est cloîtré depuis des années chez lui. Il n’ose pas affronter les regards et les réactions des autres tant son apparence est effrayante. Une situation qu’il subit depuis qu’une bombe a complètement défiguré son visage et mutilé son corps. Il a perdu ensuite complètement la vue. L’accident remonte au 23 décembre 1996, dans les monts des Babors, où sa compagnie était à la traque de quelque 400 terroristes activant dans la région. Sur un terrain miné, une bombe de forte intensité a explosé à son passage. Sa vie a complètement basculé. Son dernier mot : «Nous aspirons à la paix plus qu’à tout autre chose, mais il faut que les gens en tirent les conséquences et ne retombent pas dans les mêmes pièges. Il faut mesurer le prix de la liberté», insiste-t-il au moment où nous nous apprêtions à sortir. Extraordinairement résigné, notre interlocuteur ajoute : «Si j’avais à choisir entre ce qui est mauvais pour moi et bon pour les autres, et entre ce qui est bon pour moi et mauvais pour les autres, je n’hésiterais pas à choisir la première éventualité.» Sans commentaire. Pour faire preuve d’une aussi grande sagesse, d’une si vaste générosité et de tant de tolérance, il faut être algérien et avoir connu les affres de l’intolérance et du fanatisme. A Zeboudja, des femmes seules et braves… C’est sous la neige que nous entrons à Zeboudja, commune située à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Chlef. Le long des différents chemins que nous avons jusque-là empruntés, la même remarque revient inlassablement. A côté des modestes maisonnettes, deux édifices se dressent immanquablement et de manière imposante tel un contraste frappant parmi un amas de petites baraques qui racontent toute la décadence. Il s’agit du siège de la gendarmerie et de la mosquée du village. Un détail peut-être, mais qui a toute sa signification. A côté de l’inébranlable foi en Dieu et en Sa justice qui aide à supporter les agressions d’une vie devenue absurde, l’Etat tente de sécuriser les lieux par ce seul édifice. Sur la rue principale du village, un groupe de maisons dont la toiture est couverte d’une épaisse couche de neige borde la route. On ne peut les atteindre qu’après avoir traversé plusieurs monticules boueux. «Elles sont toutes occupées par des familles victimes du terrorisme», nous indique-t-on sur place. Des maisons construites dans la précipitation et souffrant de plus d’une défectuosité. «Nous nous sommes enfuis du douar Hamlil en 1997, après que nos voisins eurent égorgé notre fils», nous raconte la maîtresse de maison, une jeune femme d’une sagesse saisissante qui a également perdu son mari dans les mêmes conditions. «Nous avons tout abandonné sans même pouvoir revenir pour récupérer quoi que ce soit. Ceux qui ont commis les crimes ont ensuite tout emporté avec eux. Ils se sont emparés du peu de biens que nous possédions. Nous n’avons plus rien à présent, et nous ne pouvons plus retourner là-bas. Je n’ai plus confiance, j’ai peur qu’on me prenne le reste de mes enfants. Nous savons qu’ils agissent encore dans ces zones. Je ne peux plus remettre les pieds sur un sol qui portera toujours l’odeur et les traces du sang des êtres qui me sont chers […] J’ai erré avec mes enfants pour me réfugier dans des abris de fortune, faits de toile cirée que je passais la nuit à coudre, sous la pluie et le vent, pour protéger mes enfants. Ils nous ont ensuite octroyé ces murs qui craquent et se désagrègent à tout moment», explique cette dame. «Ils», ce sont les services de la wilaya qui, en collaboration avec le ministère de la Solidarité, ont mis à leur disposition des logements évolutifs à moitié construits, souvent très mal faits. Mais le dénuement criant de cette frange de la population ne leur permettra jamais de poursuivre les travaux. Alors, cette maman courageuse tente, seule, de consolider les murs, replâtrer le plafond, combler les brèches, couvrir le toit par endroits. Et cela demande des années car, entre-temps, il faut bien nourrir les six enfants et, surtout, assurer leur scolarité, ce à quoi elle tient énormément, du moins pour ceux qui n’ont pas encore abandonné l’école, devenue un luxe au regard de l’urgence de la situation présente. Très consciente que, ne disposant pas de relations dans les rouages de l’administration, elle ne peut espérer avoir accès à un quelconque droit, elle tient pourtant à la scolarité de ses petits, en dépit des modiques 9 000 dinars qu’on lui verse au titre de la pension de victime du terrorisme. Une somme qui, une fois perçue, sert aussitôt à rembourser l’épicier du coin qui tient un carnet portant la liste des produits alimentaires acquis au cours du mois précédent. Au sujet de l’amnistie générale, elle ne peut s’empêcher de verser une larme tout en disant une prière : «Que Dieu apporte ce qui est bon pour ce pays.» «Que voulez-vous que je vous dise ? Si le Président considère que les absoudre de leurs crimes est la seule voie d’en finir avec la violence, alors nous n’aurons rien à dire ; mais qu’il regarde un peu de notre côté. Qui portera secours à ces enfants traumatisés ? Je ne suis plus sûre d’avoir la force qu’il faut pour les sauver», s’interroge anxieusement notre interlocutrice en essuyant de chaudes larmes de ses deux mains gelées, car dans cette maison et par une journée si glaciale, parler de chauffage serait une aberration. «Nous ne pouvons nous permettre d’utiliser le gaz butane pour autre chose que la cuisson», nous explique sa fille, un sourire timide aux lèvres. «Nous ne pouvons en aucun cas être contre la paix, quel qu’en soit le prix. Mais comment supporter que des repentis soient mieux traités que nous ? Ils ont accès au travail avant nos enfants. Ils jouissent sous nos yeux, et visiblement sans regrets, des biens dont ils nous ont spolié et des fortunes qu’ils ont amassées et soutirées aux pauvres gens ? Pourquoi ? Ce n’est pas bien tout ça. Leurs enfants, eux, peuvent jouir de la présence de leurs pères revenus auprès d’eux, mais les nôtres ne reverront jamais les leurs. Celui qui a un peu d’aide peut oublier de temps en temps, mais celui qui se démène seul ne peut pas oublier. J’y pense jour et nuit ; je pleure jour et nuit ; me demander d’oublier est au-dessus de mes forces, mais nous sommes prêts à nous sacrifier, pourvu que nos enfants puissent vivre normalement.» «Dites-leur de ne pas s’aventurer à nous sacrifier» Quant à savoir s’il y a eu retour des terroristes repentis, la dame répond : «Certains sont revenus, mais ils ont fini par remonter au maquis. Notre mode de vie ne leur convient pas ; ils se sont habitués à vivre du racket et du rançonnement. Même si l’Etat leur pardonne, ils ne reviendront pas. D’ailleurs, ils sont toujours actifs ; c’est pour cela que nous n’avons pas confiance», assure-t-elle. Dans le même quartier, une autre femme, grand-mère celle-là, évoque la perte de son fils aîné et de son mari, ex-garde communal. Son premier souci : comment rendre habitable sa demeure. «Je glane des pommes de terre oubliées sur les bords des champs et je les revends pour pouvoir de temps en temps réparer un mur fissuré ou un plafond qui tombe en morceaux. Ce que nous possédons suffit difficilement à nourrir notre grande famille.» Même si elle reconnaît qu’«il y a plus de sécurité maintenant», elle déplore tout de même «les conditions de vie de plus en plus insoutenables» qu’elle endure. Quant à pardonner, pour elle, «cela est encore plus dur. Comment voulez-vous pardonner à quelqu’un qui a décapité, mutilé, violé, enlevé, qui vous a ensuite dépouillé de tout pour faire fortune aujourd’hui avec mes propres biens, sous mes yeux, pendant que ma famille, lorsqu’elle a déjeuné, ne peut dîner ? […] Ils auraient dû nous achever à notre tour, au lieu de nous laisser vivre des situations aussi absurdes et humiliantes […] Pour ma part, je ne pourrai pas pardonner ; que Dieu leur pardonne, que l’Etat leur pardonne. Mais pour que moi je vous dise que j’ai tout pardonné, cela me dépasse ; je n’y arrive pas, Allah ghaleb», s’indigne la vieille dame. «D’année en année, nous avons le sentiment que c’est nous, victimes, qui avons été terroristes. Nous sommes livrés à la faim, au froid, à la rue, à l’humiliation, à la hogra de l’administration, à la révolte de nos enfants traumatisés et désœuvrés, aux bravades des repentis enrichis par les pillages et presque érigés en héros à leur retour, pendant que nous baissons les yeux, terrassés par la misère et le despotisme de l’administration», poursuit-elle. De village en village, de montagne en montagne, le même cri de détresse, la même sentence : «Nous sommes prêts à nous sacrifier encore, à faire l’impasse sur tout ce que nous avons subi, pour que notre patrie retrouve enfin la paix. Mais dites-leur de ne pas s’aventurer à nous sacrifier une seconde fois, car nous serons incapables de retenir nos enfants, rongés par le ressentiment et le dénuement, de devenir eux-mêmes des terroristes pour arracher leur droit à la vie». A bon entendeur… Y. F. |
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