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TERRORISME ET RÉCONCILIATION NATIONALE Nul n’est exonéré de sa responsabilitéL'Expression, 21 août 2005 Il est nécessaire de traiter l’ensemble des questions et de ne pas sombrer dans la politique inefficace de l’autruche. L’Etat se substituera en responsabilité pour le sort de toutes les personnes disparues dans le contexte de la tragédie nationale, et, à ce titre, il prendra les mesures nécessaires en connaissance de cause, est-il noté dans le décret portant projet de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Néanmoins, plusieurs voix se sont élevées pour s’opposer au projet en question. Mettant à profit son déplacement à Skikda à l’occasion du double anniversaire du 20 Août, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a tenu à rassurer de manière implicite les adversaires de cette louable initiative qui consiste à faire cesser l’effusion du sang et à rétablir la paix. «Soyons bien d’accord que la réconciliation, qui s’impose comme un choix vital et volontaire, n’implique nullement une exonération généralisée des responsabilités, elle doit reposer sur une démarche réfléchie répondant à la fois à un devoir de mémoire et à notre souci de rigueur morale», a affirmé hier le chef de l’Etat, dans son discours prononcé à l’occasion pour remettre les choses dans leur contexte conjoncturel. «Ce grand projet transcende les clivages conjoncturels et les ambitions à courte vue. Il dépasse tous les calculs, neutralise les appréhensions et élimine toutes les pesanteurs», a-t-il ajouté avant de s’interroger «pourquoi alors toutes ces voies stridentes s’obstinent-elles, sans apporter de nouveau, à prétendre détenir la vérité?». Des voies auxquelles Abdelaziz Bouteflika invite à plus de sagesse: «Il est nécessaire de traiter l’ensemble des questions et de ne pas sombrer dans la politique inefficace de l’autruche». D’ailleurs, il souligne que la charte de la paix et de réconciliation nationale permettra de rendre justice à tout un chacun et de barrer la route aux voix qui tentent de porter atteinte aux institutions de la République. Prenant la défense de ces mêmes institutions qui ont permis à l’Algérie de vaincre l’hydre terroriste, le premier magistrat du pays indique: «La charte de réconciliation nationale, proposée au peuple algérien constitue une immunité pour les institutions de l’Etat et à leur tête, l’ANP et les corps de sécurité». Explicitant sa conception de la réconciliation nationale, le chef de l’Etat a souligné que celle-ci doit «prévenir toute récurrence des phénomènes de violence terroriste et d’extrémisme», tout en affirmant avec force son opposition au retour du phénomène du terrorisme et de la fitna en Algérie. «Je le dis ici avec toute la vigueur nécessaire. Nous ne permettrons jamais que l’hydre terroriste puisse un jour renaître de ses cendres et semer à nouveau le malheur parmi nous», a-t-il précisé. Faisant le parallèle entre le serment de Novembre et la réconciliation nationale, Abdelaziz Bouteflika a souligné qu’il faut se référer aux nobles valeurs d’adhésion et d’unité, de complémentarité et d’entraide, au seul service de cette patrie. «L’éloignement de ces valeurs n’a-t-il pas été à l’origine de cette fissure, de cette dislocation au sein de la société et cela mène fatalement à une destruction certaine, voire à un chaos total» a-t-il rappelé. Pour le chef de l’Etat, il est dans l’intérêt du peuple et de la patrie de rejeter la haine et la rancoeur, en rejetant la division et l’exclusion et en consacrant dans un climat d’amitié et de fraternité, la réconciliation, l’entraide et la cohésion. Car la bataille du développement ne connaîtra point de triomphe en l’absence, d’aide, de concorde et de cohésion en l’absence d’un resserrement des rangs au front interne tout comme ce fut le cas lors de la révolution qui a mené à la libération et l’affranchissement. Smail ROUHA MEZRAG, BENAÏCHA, KERTALI ET LES AUTRES L’AIS s’engage à fond pour le président21 août 2005 L’AIS estime qu’il ne saurait y avoir de politique tant que le sang coule encore. Tous les leaders de l’ancienne Armée islamique du salut (AIS, branche armée de l’ex-FIS, ndlr) sont engagés à fond avec le président de la République dans le processus de réconciliation nationale engagé depuis plusieurs jours déjà. Usant d’une «realpolitik» argumentée, les cheikhs de l’AIS disent qu’il s’agit là d’une occasion à ne pas rater pour s’amarrer au train de la paix qui semble avoir démarré depuis le 14 août, correspondant au jour du « discours aux cadres de la nation » prononcé à Alger par le président algérien. Malgré toutes les restrictions et les exclusions dont se sentent l’objet les islamistes, en général, l’AIS estime qu’«il ne saurait y avoir de politique tant que le sang coule encore et qu’il ne sied pas à un musulman de parler décemment de politique alors que ses frères meurent sous les balles de la fitna». Ahmed Benaïcha, l’ancien chef de l’AIS pour l’ouest, estime que la paix en Algérie de la part des islamistes engagés directement dans le conflit qui perdure encore, sont les premiers interpellés par l’offre de paix, «on parlera de politique plus tard.» Il estime aussi que «l’engagement sérieux et inconditionnel de la part des islamistes peut, d’un côté, faire fléchir la position rigide du pouvoir, et d’un autre, convaincre ceux qui sont encore en armes de la nécessité de mettre fin aux hostilités». «Nous n’allons quand même pas refuser la paix sous prétexte qu’elle ne fait pas la part belle aux islamistes. Il y a une urgence aujourd’hui : comment arrêter la lente agonie des citoyens isolés? Et pour cela, il n’y a pas de réflexion à faire, on s’engage à fond pour le président de la République, on soutient sa politique et nous userons toute notre énergie pour que la réconciliation réussisse. Ce n’est qu’après, et seulement après, qu’on pourra discourir sur des détails politiques qui feront l’objet d’une autre vision, un autre jour». Madani Mezrag, l’ancien émir national de l’AIS, est plus pragmatique encore: «Ecoutez, il y a un fait aujourd’hui: la paix se profile. On la prend ou on la refuse? Soyons sérieux, dire aujourd’hui que l’offre de paix et de réconciliation nationale comporte des tares et lui tourner le dos relève de l’indigence politique et de la malhonnêteté intellectuelle». Il y a une occasion certaine dans le sens d’une paix qui vient, ne la gâchons pas pour des considérations politiques de bas étage et oeuvrons avec le président pour faire aboutir le processus de paix. Après cela, nous pourrons à satiété faire de l’esprit et porter des critiques. A l’ombre de la mort et du sang qui coule, toute politique relève de l’indécence et de l’incompétence. Mustapha Kertali et Salah Guendouzi, chefs de l’AIS pour la région de Larbaâ et de Médéa, ne sont jamais prolixes mais à demi-mot, font comprendre qu’ils s’inscrivent dans le sillage de Madani Mezrag, leur chef pendant de longues années. L’Armée islamique du salut, créée en 1993 à l’instigation de la direction du FIS, a mis fin aux hostilités le 1er octobre 1997, après des tractations de longue haleine engagées avec les chefs militaires. Elle dut attendre l’avènement de Bouteflika pour avoir la couverture politique et juridique à sa trêve militaire. Le 13 janvier 2000, l’organisation s’autodissout et ses chefs «militaires», très libres de leurs mouvements, soutiennent la politique du président de la République engagée avec les islamistes et faite de réconciliation-participation après des années d’éradication-exclusion. Fayçal OUKACI
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www.algeria-watch.org
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