Rituel

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 22 août 2010

Les ministres ont onze mois pour préparer l'audition présidentielle du ramadhan. L'exercice, aussi éprouvant soit-il, n'est pas insurmontable. Les bacheliers d'Algérie peuvent constater que les ministres ont largement le temps de préparer une copie, chiffrée, dressant un bel état des lieux de leur secteur. En face, le président de la République est censé relever les manquements et donner des orientations ou des ordres. Il le fait parfois et encore faut-il essayer de lire entre les lignes d'un communiqué peu communicatif.

L'exercice, une sorte de compensation présidentielle à la neutralisation du pouvoir de contrôle du Parlement et des instruments de supervision, a très largement atteint ses limites. Les communiqués officiels relatant ces rencontres perdent, aux yeux du plus grand nombre, de leur intérêt. Après tout, les secteurs de l'énergie et des travaux publics sont «passés» sans que les communiqués officiels parlent des grosses «affaires» qui ont alimenté la chronique des scandales. On est dans le presque «tout va bien», où les chiffres et la liste des projets sont alignés pour édifier le bon peuple.

Le résultat est que les journalistes de la télévision lisent, en y mettant parfois de la conviction, des communiqués que les Algériens n'écoutent pas. L'effet recherché n'est pas atteint. La responsable du Parti des travailleurs (PT) n'a pas tort de souligner que les auditions ramadhanesques du Président ne lui permettent pas de «savoir ce qui se passe dans tous les secteurs…, même s'il a une cellule parallèle qui l'informe».

C'est en effet une gageure de croire que les auditions présidentielles, même bien préparées, permettent d'auditer sérieusement un secteur donné. Les choses sont devenues trop complexes et lourdes pour qu'une telle démarche soit efficiente. Le contrôle et le suivi du travail de l'exécutif qu'il a choisi font bien entendu partie de l'ordinaire de la mission présidentielle. Mais ce travail, dans les systèmes qui fonctionnent selon une rationalité démocratique, appartient au Parlement. Lequel peut s'appuyer sur les instruments disponibles - centre d'études, expertises… - pour accomplir ce travail de manière soutenue. Et plus la qualité pluraliste et représentative de ce Parlement est forte et mieux la fonction de contrôle est assumée.

Il est clair que rien, en droit comme en politique, n'interdit au président de la République d'organiser ces auditions qui lui permettent de s'informer de manière directe auprès du ministre concerné. Et on peut même présumer qu'au cours de ces auditions, les aspects «scandaleux» ont dû être évoqués, même s'ils ne se sont pas mentionnés dans les très conventionnels communiqués. Mais les auditions du ramadhan se sont transformées de fait en un rituel où l'on énonce des chiffres et des satisfecit. Elles ne peuvent faire oublier aux Algériens que le Parlement, en raison des pesanteurs d'un système fermé, n'exerce pas sa mission de contrôle de l'action de l'exécutif et l'usage des deniers publics.

 
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