MOHAND BOUKHETOUCHE, MAIRE DE SOUAMAÂ, À L’EXPRESSION

«Rien ne se décide au niveau de la commune»

L'Expression, 09 Mars 2011

Selon le P/APC de Souamaâ, dans la wilaya de Tizi Ouzou, le maire fait les frais du divorce et du manque de confiance entre l’administration et la population. Il déplore l’absence d’une structure officielle qui puisse représenter et défendre la corporation.

L’Expression: Entre fermeture des APC, retrait de confiance, accusation de promesses électorales non tenues, etc., les maires subissent la pression au quotidien. A votre avis, à quoi est due cette situation?
Mohand Boukhetouche: Cette situation est engendrée en fait par plusieurs facteurs. Dès que le maire, qui est issu de la population, est élu à la tête de la commune, il porte la casquette de l’Etat. De ce fait, quand l’administration est discréditée, le maire l’est aussi. Le manque de confiance entre l’administration et le citoyen est porté aussi par le maire. L’APC qui est l’institution de base est en contact direct avec la population qui se rend d’abord à l’APC pour se plaindre de tous les problèmes, qu’il soit de logements, des routes, d’incendie, etc.
L’APC est sollicitée de partout et elle ne peut satisfaire tout le monde. Elle est offerte à la vindicte populaire. Il y a un manque flagrant de communication. La plupart des projets sont gérés par les départements ministériels, les daïras et les wilayas. Le citoyen croit que c’est l’APC qui gère tout et si un projet quelconque est mal géré, accuse un retard quelconque dans la réception, il accuse directement le maire. Au lieu d’aller à la wilaya se plaindre, le citoyen va droit à la mairie. Et si la tutelle ment, le maire devient menteur. Le maire est devenu comme un pompier. Quand il s’agit de gérer les projets de routes et de gaz de ville, par exemple, il n’a aucun mot à dire, mais quand il s’agit de gérer les problèmes quotidiens des citoyens, c’est lui qu’on désigne. Le maire est donc le premier qui accuse le coup du manque de confiance et ses prérogatives sont limitées.

L’absence d’une structure représentative de la corporation y est-elle pour quelque chose?
Absolument. Même si elle n’est pas pour quelque chose, son existence aurait pu régler une partie des problèmes vécus par les maires. S’il y avait un syndicat ou une association des maires d’Algérie, un travail de communication aurait pu être fait, à travers un bulletin d’information ou autre publication, pour expliquer la situation. Une telle association permettrait de lutter pour améliorer les textes et attribuer plus de prérogatives aux élus locaux, car le maire a beaucoup d’attributions mais pas assez de prérogatives. S’il y avait une telle association, on aurait pu défendre les intérêts du maire en tant que tel et vous n’ignorez pas que le salaire du maire est dérisoire. Une telle association aurait pu être pour une utilité. Voyons. Le nouveau Code de la commune qui sera débattu à l’APN se fera sans les maires qui ne sont pas associés en tant que corporation. Aucune commission n’a été installée pour les faire participer à l’élaboration du texte.

Que suggérez-vous pour dépasser cette conjoncture?
Il faut revoir les prérogatives des maires dans le sens de le mettre en adéquation avec les exigences et les besoins sociaux. Il faut renforcer leurs pouvoirs et mettre beaucoup de projets sous leur responsabilité. Les logements sociaux sont gérés par la daïra et les locaux des jeunes par une commission de daïra dont les décisions seront approuvées par la wilaya. Il faut aussi élargir la liberté d’initiative car rien ne se décide au niveau de la commune et le chef de la daïra peut rejeter une délibération de l’APC. Il faut octroyer aux APC des budgets conséquents pour pouvoir répondre aux attentes des populations et prévenir, par ricochet, les conflits sociaux sachant que tout s’arrache aujourd’hui par l’émeute. Pour terminer, il faut octroyer au maire un salaire décent et respectable.

Karim AIMEUR

 
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