Que cache le dossier Brown & Root Condor ?

Par Madjid Laribi, Le Maghrébin, 9 octobre 2006
http://www.hebdo.amd-maghreb.org/index.php?option=com_content&task=view&id=89

Dernièrement, deux quotidiens algériens, El-khabar et El-watan en l’occurrence, ont fait état de la ‘‘volonté’’ de Bouteflika de mettre fin aux agissements de la société Brown & Root Condor. Depuis 1994, date de sa création, la firme mixte algéro-américaine, dont le capital est détenu à 51% par la Sonatrach et à 49% par Halliburton du vice-président des Etats-Unis Dick Cheney, s’est vu octroyée les plus importants projets sans soumissionner, comme le stipule la loi, à des appels d’offres. C’est ainsi que BRC s’est vu adjugé illégalement la plus part des marchés, qui ne sont pas des moindres, de la Sonatrach, de la Défense Nationale, du Ministère de l’Energie et des Mines et autres projets industriels et immobiliers puisque la société en question fait tout en Algérie.

« El-khabar » qui se réfère à ses sources, souligne que le chef de l’Etat a pris connaissance des premiers résultats du rapport sur l’enquête qu’il a lui-même diligenté. Le quotidien en langue arabe n’a pas manqué d’affirmer que Bouteflika, qui a ordonné d’examiner minutieusement les transactions décrochées par BRC, est maintenant au fait des malversations et dépassements dont s’est rendue coupable la compagnie et par conséquent des sanctions sévères sont à l’ordre du jour, toujours a en croire El-khabar. Donc les algériens n’attendent maintenant, comme dans le dossier Khalifa ou celui de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, qu’à voir ‘‘ Seif El-hadjadj’’ faire tomber des têtes ( sic).

Sachant que ceux qui tirent profit de telles escroqueries peuvent ne pas être inquiétés, puisqu’ils sont les maîtres du pays et les architectes de la corruption et de la prédation, l’on s’interroge sur les véritables raisons qui ont poussé Bouteflika à déballer une telle affaire sur la scène publique ? Le chef de l’Etat algérien n’est-il pas connu pour ses sorties impromptues, des coups d’éclats médiatiques, contre les chefs militaires avant de reconsidérer ses positions ? Dans le dossier Brown & Root Condor, Bouteflika veut-il réellement s’en prendre à cette compagnie où un de ses proches s’en est déjà servi, ou, au contraire, le terrain des « escarmouches » se situe-t-il ailleurs ? L’enjeu est-il BRC et ses malversations ou s’agit-il d’un bras de fer avec les généraux ?

Justement, le point d’achoppement entre Bouteflika et les décideurs se place sur la scène internationale, exactement sur les relations entre l’Algérie et les Etats-Unis. Le chef de l’Etat, voulant conquérir un espace d’où il s’est vu écarté par les généraux, a tenté quelques manœuvres pour se replacer et donner l’illusion qu’il a tous les pouvoirs. Dans ce bras de fer, il a d’abord bloqué pour un certain temps la loi sur les hydrocarbures, puis il a remué le dossier Halliburton pour essayer d’infléchir la position des américains. Un coup d’épée dans l’eau, puisque Washington a préféré s’appuyer sur le pouvoir réel. En traitant avec les généraux en passant outre Bouteflika, l’administration américaine sait qu’elle gagne le pétrole et l’armée, une armée présentée partout comme républicaine ayant vaincu le terrorisme islamiste. Les Etats-Unis en ont besoin dans leur construction d’un nouveau moyen orient.

Mais l’inconnue dans ce pacte scellé avec les Américains, c’est ce que les généraux, en dehors de l’or noir, ont eu à proposer à leurs alliés. D’aucuns soulignent que le deal se situe sur le terrain du terrorisme. Les chefs militaires algériens, ayant une expérience avérée dans le maniement et la manipulation des groupes terroristes armés et dont la prouesse la plus extraordinaire reste les attentats de paris en 1995, auraient offerts leurs services aux américains.

Ainsi, Bouteflika qui a voulu s’émanciper et devenir César, les généraux lui ont rappelé qu’il n’est qu’un trois-quarts de président. Du coup, il s’est tourné vers Chavez et Castro lors de la rencontre des pays non-alignés. Il a même envoyé Bedjaoui adhérer à l’Organisation des Pays Francophone en se rappelant de la grande amitié qui le lie à Jacques Chirac, tout en piétinant la tradition des gouvernements successifs algériens qui refusaient de voir l’Algérie arrimée à l’ancien pays colonisateur.

Concernant le dossier BRC brandit par Bouteflika, il n’est pas exclu, selon des experts du système algérien, que les généraux laisse le locataire du palais d’El-Mouradia saisir la justice en sacrifiant quelques valets, mais sans toutefois aller au fond des choses.

 
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L'affaire Zendjabil, BRC, etc  
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