L'Ukraine, l'Otan et nous

Par Zohir Bessa, Alger Républicain, 16-30 novembre 2004

Les événements qui se déroulent en ce moment en Ukraine sont chargés de gros périls pour la paix mondiale et l'avenir des peuples. Au grand jour, les puissances impérialistes américaines et européennes, rivales mais unies pour un temps face à la Russie, étalent leur plan de repartage du monde. Jamais le fameux «devoir d'ingérence» au nom duquel ces puissances interviennent où bon leur semble n'a été mis en application avec autant de détermination et autant de minutie pour persuader l'opinion internationale que c'est pour la «démocratie» et la «liberté» qu'elles soutiennent un candidat présenté comme la victime de fraudes, qu'elles appuient une partie de la population contre une autre.

Depuis la prise du pouvoir par la contre-révolution, la Russie capitaliste et dirigée par une bourgeoisie mafieuse n'a plus rien à voir avec les idéaux socialistes qui continuent à guider le combat d'innombrables femmes et hommes de progrès pour un monde débarrassé de l'exploitation et de l'oppression. Les pays capitalistes avec à leur tête les USA avaient soutenu l'ivrogne Eltsine dans le but d'étouffer les forces qui ont résisté à la restauration du capitalisme en Russie et en même temps d'affaiblir grandement le potentiel économique et militaire de ce pays. Mais ce pays demeure la seule puissance capable de contrer l'hégémonie américaine, la seule qui puisse encore mettre en échec l'expansionnisme sans limite des puissances impérialistes occidentales.

Cela ne signifie nullement que les peuples doivent se ranger derrière Poutine. La Russie capitaliste est appelée à se transformer, elle aussi, en puissance impérialiste tant que les révolutionnaires ne reprennent pas le dessus dans ce pays.

Il n'en demeure pas moins que la mobilisation de l'Union européenne et des USA pour soutenir Iouchtchenko contre Ianoukovitch est pleine d'enseignements. Il apparaît de plus en plus clairement que ces puissances ont préparé depuis un bon moment une vaste opération politique pour placer définitivement l'Ukraine sous leur influence, enrôler ce pays aux immenses richesses dans leur plan de contrôle de la planète tout entière et de mise au pas des peuples. Rien n'est le fruit du hasard. Des millions de dollars ont coulé à flot bien avant l'élection contestée pour doter le clan de Iouchtchenko d'une force de frappe redoutable. Le scénario est maintenant rodé. Avec une célérité remarquable, les puissances impérialistes ne se gênent en aucune façon pour apporter leur soutien à un candidat battu, sur la base de ses seules allégations, pour se permettre de dicter leurs ordres et de lancer leurs ultimatums. Les grands médias, contrôlés par les magnats de la haute finance, fonctionnent au quart de tour et de façon coordonnée pour faire passer partout dans le monde le même message dans la tête des téléspectateurs. Rien n'y manque : les images de jeunes, sympathiques, décidés à faire triompher leur bon droit contre les fraudeurs de l'est, vieux, dépassés et sinistres de surcroît, la larme attendrissante de l'Ukrainienne qui attend avec espoir que le salut vienne de Bush et de Solana. Comme toute personne dotée d'un minimum d'esprit critique peut le constater, les responsables des médias étalent avec un grand savoir-faire leur art de mener les foules dans la direction désirée, de berner de grandes masses de gens. Il s'en faut d'un peu pour qu'on oublie vite les grandes manipulations médiatiques qui, de Timisoara à la fable des armes de destructions massives de l'Irak, en passant par l'assassinat des bébés koweïtiens par les soldats irakiens et le bombardement du marché de Sarajevo, ont servi à justifier les interventions des puissances impérialistes dont le résultat a été de plonger les peuples dans des tragédies sans nom. Ces tragédies ne sont que de pales préfigurations des tragédies encore plus grandes à venir si la machine impérialiste n'est pas arrêtée.

Dans tout cela, ces médias s'emploient à faire oublier que l'un des buts les plus importants de cette opération est de poursuivre le déploiement du dispositif militaire de l'Otan en vue de quadriller les peuples, d'encercler au plus près la Russie. Les peuples qui ont le malheur d'accepter ce jeu en se laissant intoxiquer par les promesses d'une illusoire manne d'argent ne savent pas qu'ils sont destinés à servir de bouclier et de pare-chocs nucléaires au seul profit des capitalistes américains dans une confrontation qui opposerait ces derniers à la Russie, voire à la Chine, dans un avenir plus ou moins lointain. Ces peuples sont voués à être réduits en cendres dès les premiers instants d'un conflit qui ne peut pas ne pas se transformer en confrontation thermonucléaire.

C'est ce qui attend tous ceux qui se laisseront entraîner dans le sillage de l'Otan. C'est le sort qui sera réservé à tous ceux qui prennent pour argent comptant les discours mielleux des responsables de cette organisation militaire agressive sur son prétendu rôle dans la défense de la paix, la coopération et la lutte contre le terrorisme.

L'Algérie n'y échappera pas si ses dirigeants franchissent la limite de l'irréparable en la faisant adhérer à l'Otan. Elle subit des pressions énormes pour qu'elle accepte de se transformer en pion dans le grand échiquier des stratèges de l'impérialisme. Les dirigeants cachent la vérité à leur peuple. Ils ne lui disent pas que l'adhésion à l'Otan signifiera que l'Algérie deviendra une base et un point d'appui pour Bush, qu'elle ne pourra pas refuser d'envoyer des troupes pour épauler les USA, en Irak ou ailleurs, qu'elle se transformera inévitablement en cible pour les missiles nucléaires des puissances qui seront en conflit avec les USA. Les dirigeants organisent l'oubli en gardant le silence sur le rôle sinistre que cette organisation avait joué contre la guerre de libération du peuple algérien. L'Otan avait mis son potentiel et son armement à la disposition de l'armée française pour écraser l'insurrection. C'était avec les bombardiers, le napalm et les hélicoptères «la banane» de l'Otan, que le colonialisme français tentait de maintenir son ordre oppressif. Par quel miracle cette organisation se serait-elle transformée d'instrument d'oppression des peuples et de défense des privilèges des multinationales en organisation pacifiste ?

Mais les dirigeants semblent incapables de faire face à la lutte sans merci qui oppose les USA à leurs rivaux européens, de mettre en échec les intrigues, les menaces à peine voilées, le chantage des uns et des autres en vue de placer l'Algérie sous leur domination sans partage. Le rassemblement inédit d'un millier de cadres pour écouter au Palais des Nations la conférence du secrétaire-général de l'Otan, venu pour faire pencher la balance en faveur de l'intégration de l'Algérie dans l'Otan, en dit long sur le processus de capitulation de nos gouvernants, sur les graves dangers qui planeront sur le pays si ce processus devait se poursuivre.

L'Otan n'est pas amendable.

Les seuls mot d'ordre qui doivent animer tous les peuples et dirigeants épris de paix sont : «Non à l'otan ! Dissolution de l'Otan ! »

La résistance aux pressions impérialistes passe par une politique de satisfaction des aspirations démocratiques et sociales des travailleurs, des masses laborieuses, des forces qui contribuent à créer des richesses matérielles et culturelles. Un pouvoir tire sa force, non du soutien de l'Otan, mais de celui de son peuple.

 

   
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