L’OTAN prête pour un redéploiement stratégique sur la rive sud de la Méditerranée

Des consultations seront prochainement engagées avec les pays du Maghreb

par Mohamed Tayeb , Le jeune Indépendant, 4 avril 2004

A mesure que se précise l’échéance de son sommet de juin à Istambul, l’OTAN veut mettre le paquet en termes de consultations avec nombre de ses partenaires, notamment ceux du pourtour méditerranéen. Les ministres des Affaires étrangères de l’Alliance se sont mis d’accord à ce sujet dernièrement à Bruxelles à l’effet d’engager des discussions avec ces pays en vue de «l’adoption éventuelle d’une initiative en ce sens».

D’où leur décision de définir le cadre sur lequel s’appuiera le secrétaire général de l’OTAN lorsqu’il se rendra en tournée dans la région, une tournée qui interviendra dans les deux mois à venir. En attendant, l’on souligne à l’OTAN que la réflexion engagée tourne autour de réformes dans le domaine de la défense, pour ne citer que cet aspect.

Mais une autre échéance, également importante pour les pays arabes se précise également pour le mois de juin, et fait que se ressente pour les pays européens membres de l’OTAN l’urgence de s’y préparer pour n’avoir à gérer d’éventuelles répercussions négatives sur leurs cadres de coopération, déjà en place avec les pays de la rive sud de la Méditerranée, notamment maghrébins.

En effet, les pays du G8 doivent examiner, lors de leur prochain sommet aux Etats-Unis, le projet d’une initiative américaine pour le Grand Moyen-Orient. Avant de se prononcer à ce propos, les pays européens, à leur tête la France, ont tenu à rappeler à qui de droit qu’une telle initiative en direction du monde arabo-musulman «ne peut se faire sans l’aval des pays concernés», comme rien ne doit être arrêté à l’OTAN sans qu’ait été évalué l’intérêt réel de ses pays à prendre part à ce type de coopération.

Le ton est aussi donné par la France, un ton qui, s’il s’inscrit dans la traditionnelle rivalité franco-américaine en termes de doctrine militante, n’en dénote pas moins une fracture dans l’approche et le traitement occidental du terrorisme en s’attaquant à ses racines idéologiques et culturelles, d’où la détermination affichée des Américains et de certains de leurs alliés d’imposer aux pays arabao-musulmans une réforme de leurs programmes éducatifs et de leur enseignement du Coran, ainsi qu’une démocratisation de leurs systèmes politiques.

Sensible au plus haut point, cette question aura été, selon d’aucuns, à l’origine du report du sommet arabe de Tunis. Et elle pourrait se poser comme un point de désaccord entre puissances lors du prochain G8 si les précautions qui s’imposent ne sont pas prises en compte.

C’est dans cette perspective donc que s’inscrivit la réflexion des pays de l’Alliance et de la visite prévue de son secrétaire général dans la région. Pour rappel, l’OTAN mène déjà avec sept pays du pourtour méditerranéen des consultations politiques dans le cadre du dialogue méditerranéen qui comprend une panoplie de programmes d’aide en direction de ces pays, dont l’Algérie, la matière de formation, d’entraînement de doctrines militaires.

Seulement, le nœud gordien de cette réflexion consiste pour les pays membres de l’OTAN à faire face aux pressions de plus en plus nombreuses de certaines parties influentes, les Etats-Unis en premier, à engager les capacités de l’OTAN dans certaines opérations et régions hors zones traditionnelles.

C’est ce redéploiement stratégique demandé à l’Alliance qui pose problème, comme celui de s’engager à peser de son poids dans l’acceptation par les pays arabes de l’initiative pour le Grand Moyen-Orient ou, auparavant, de s’engager en Afghanistan et en Irak sous couvert de lutter contre le terrorisme.

En la matière, souligne-t-on, les pays de l’Alliance ont déjà accepté le principe, à travers une déclaration, de «renforcer leur capacité de réponse aux demandes de soutien de pays sollicitant l’aide de l’OTAN pour leur protection contre une attaque terroriste».

M. T.

 

 
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