Les relations entre l’Algérie et l’OTAN s’intensifient

Du dialogue au partenariat

El Watan, 2 juin 2005

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan) envisage de débarquer cet automne en Algérie, mais avec pour seuls bagages une documentation très certainement, mais ni armes ni paquetage.

Cela quelques mois à peine après la visite de son secrétaire général, avec en moins le protocole souvent lourd. Le rendez-vous n’est pas encore officialisé. Après sa flotte qui mouille de manière de plus en plus régulière dans notre pays, celle qu’on appelle aussi l’Alliance atlantique, toujours pour marquer son champ initial d’intervention et son appartenance géographique et idéologique, envisage de s’adresser directement aux Algériens et leur expliquer les tenants et aboutissants du dialogue méditerranéen, ou plus simplement les relations qu’elle entretient avec l’Algérie. Il s’agit pour cette organisation d’aller au-devant des Algériens, d’expliquer et de lever les préjugés et dissiper les malentendus, surtout pour les Algériens qui se rappellent les choix de cette organisation durant la guerre de Libération nationale. Ou encore son intervention musclée au Kosovo en avril 1999, sans mandat de l’ONU, alors même que se développait le dialogue méditerranéen. Ce qui, il faut en convenir, frappait de suspicion tous les discours. Il n’en manque pourtant pas et tous de la même tendance pour dire le changement que l’organisation qui a survécu à la guerre froide s’apprête à vivre dans un monde devenu unipolaire après la chute du communisme et la disparition de l’URSS. De la pédagogie en fait, mais avec en moins l’aspect académique qui marquait le débat entre convaincus. C’est pourquoi, souligne-t-on très rapidement, le militaire qui reste le trait dominant n’est pas le seul domaine couvert par le champ de la relation entre l’Algérie et l’Otan, puisqu’il y a l’activité parlementaire, ce qu’on appelle la diplomatie publique, cela afin de donner des informations susceptibles d’éviter les malentendus, la coopération scientifique. Ou encore la planification civile qui n’est rien d’autre que la gestion des situations d’urgence comme les catastrophes naturelles. Il y a bien entendu un volet de coopération militaire comme le démontrent les exercices conjoints. Et dans tous les cas, l’Algérie apparaît comme un membre actif avec des propositions concrètes dans les différents domaines. Et une précision tout d’abord. Il n’est pas question d’adhésion de l’Algérie. Il s’agit d’un partenariat, par lequel les deux parties coopèrent à la sécurité en Méditerranée. Quant à la question supposée être au moins importante, celle de l’armement, elle n’est même pas envisagée. Même si elle a rejoint un peu plus tard que les autres pays le dialogue méditerranéen, l’Algérie est considérée à Bruxelles, siège de l’Alliance, comme un pays très actif au niveau des consultations politiques et pratiques, aussi bien au niveau des rencontres bilatérales que multilatérales concernant les questions de sécurité. Et pour preuve dira-t-on, le tout nouveau secrétaire général de l’Otan a effectué en Algérie sa première visite à l’étranger. Nous y voilà donc, même l’Alliance atlantique recourt aux symboles et au langage des signes. Et sous cet angle, le message déjà dénué d’ambiguïté est fort. Pour beaucoup de spécialistes, la coopération entre les deux parties a atteint sa vitesse de croisière, sans qu’on arrive à la situer. Même constat au quartier général de l’Alliance où on se contente de relever qu’il y a une coopération pratique avec un plan de travail annuel. Avec, toutefois, un changement substantiel au moins au niveau de son intitulé depuis le sommet d’Istanbul en juin 2002, où le dialogue a été transformé en partenariat, avec ce que cela implique comme courant d’échanges au niveau ministériel - Affaires étrangères, Défense - et même au niveau des chefs d’Etat. Cela permet dans le langage de l’organisation de développer le principe de l’interopérabilité, avec les mêmes volets de coopération, avec en plus, et là est la nouvelle mission de l’organisation, la possibilité de mener des opérations de gestion des crises et de maintien de la paix sur la base de la Charte de l’ONU, souligne- t-on à Bruxelles comme pour lever les équivoques qui pourraient apparaître. Mais n’y a-t-il pas là une substitution des rôles puisque seul le Conseil de sécurité de l’ONU a pour mission le maintien de la sécurité et de la paix mondiales ? Nul ne conteste ce fait, mais l’on préfère à Bruxelles mettre en avant les problèmes qui pourraient bloquer l’instance onusienne et on se plaît à titre d’exemple à affirmer que, en ce qui concerne par exemple l’Afghanistan, l’Alliance y a déployé une force de reconstruction, tandis que dans le Kosovo, et bien entendu, passée la période de bombardements qui a selon ses concepteurs mis fin au nettoyage ethnique, c’est une force d’interposition qui y est déployée. Mais jusqu’à quand, et avec quels résultats puisque le sentiment indépendantiste y est de plus en plus fort et que la région tout entière pourrait faire face à de sérieux problèmes de frontières, si un Kosovo qui serait indépendant venait à demander son rattachement à l’Albanie voisine. C’est à Oslo au tout début des années 1990 que l’Otan a dit son intérêt pour la Méditerranée, et depuis cette date a été développé le dialogue méditerranéen, qui dans sa forme sécuritaire actuelle porte sur la lutte antiterroriste internationale, l’échange d’informations, la lutte contre la prolifération des ADM (armes de destruction massive). Toutefois, souligne-t-on à Bruxelles, cela reste « une offre de coopération » ou encore que « l’Otan n’impose pas de domaine particulier de coopération ». Tout donc sera rapidement mis en œuvre. Le PPP (partenariat pour la paix) sera lancé à Bruxelles en janvier 1994. Au mois de décembre suivant naîtra le dialogue méditerranéen. Celui-ci sera institutionnalisé au sommet de Madrid de 1996. Huit années plus tard à Istanbul, on passera du dialogue au partenariat, avec une conclusion plutôt satisfaisante. « Le but général de ce partenariat sera de contribuer à la sécurité et à la stabilité dans la région par une coopération pratique accrue, notamment en renforçant le dialogue politique actuel, en réalisant l’interopérabilité, en poursuivant la réforme de la défense et en contribuant à la lutte contre le terrorisme », lit-on à cet égard dans la déclaration finale de ce sommet. Ou encore que « la spécificité du Dialogue méditerranéen étant respectée, le dialogue méditerranéen renforcé et “l’initiative de coopération d’Istanbul” sont des processus complémentaires, progressifs et individualisés. Ils seront développés dans un esprit de coresponsabilité avec les pays concernés. Leur réussite passera par des consultations permanentes et un engagement actif durable ». Mais entre toutes ces dates, qui sont autant de repères dans la transformation de l’Otan d’ailleurs toujours en débat, surgiront les crises du Kosovo et d’Afghanistan, toutes gérées en dehors du cadre des Nations unies. Pour le premier cas nous interroge-t-on, « fallait-il intervenir ou non », c’est-à-dire laisser des gens mourir ? Mais pourquoi ne pas avoir suivi la procédure dite traditionnelle par le passage devant le Conseil de sécurité. Quant à la seconde, la présence de troupes de l’Otan dans ce pays intervient suite à une demande de l’ONU et le rôle de l’ISAF est d’établir des zones de reconstruction provinciale. Donc, pas de participation aux combats, ou encore à ce qu’on appelle la guerre américaine contre le régime des Talibans. L’Otan envisage même d’étendre cette expérience au conflit du Proche-Orient. Mais les conditions qu’elle émet sont telles que ce cas de figure devient difficilement envisageable. En tout état de cause, les spécialistes croient pouvoir tracer certaines limites entre les différentes actions devenues de plus en plus nombreuses jusqu’à inclure la défense et la protection de l’environnement. Que l’on est loin, et même très loin de 1949, date de création de l’Alliance atlantique. Toutefois, diront ces spécialistes à titre d’exemple, « l’Amérique n’est pas l’Otan », mais à l’inverse « l’Otan c’est l’Amérique » comme l’a prouvé la guerre du Kosovo, où l’essentiel des opérations aériennes était américain, et que le renseignement était américain à cent pour cent. Et même envers ses membres et leurs opinions respectives, le travail d’explication sur ce changement se poursuit. Il est difficile de chasser des idées bien ancrées.

T. Hocine

 
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