SON SECRETAIRE GENERAL ATTENDU JEUDI A ALGER

Quelle coopération avec l'OTAN ?

 Le Quotidien d'Oran, 23 novembre 2004

Jeudi prochain, Alger recevra le secrétaire général de l'Organisation de l'Atlantique Nord, l'OTAN. Première du genre, cette visite précisera davantage le rythme et la teneur des échanges entre les deux parties et enclenchera les discussions sur les modalités de mise en oeuvre de l'initiative d'Istanbul.

Depuis sa nomination, il y a près d'une année, à la tête de l'OTAN en remplacement de Lord Robertson, Jaap de Hoop Scheffer effectue sa première visite dans un pays du sud de la Méditerranée. Ce déplacement intervient à quelques mois de l'adoption de l'initiative d'Istanbul qui spécifie les règles de coopération politique et militaire entre les pays membres de l'OTAN et ceux du sud de la Méditerranée.

C'est justement pour examiner les démarches à effectuer dans ce sens que le SG de l'OTAN séjournera jeudi prochain à Alger. Il faut admettre que l'Algérie a été l'un des derniers pays de cette rive à postuler aux discussions avec l'OTAN, la détérioration de sa situation sécuritaire durant une longue décennie ayant pratiquement hypothéqué ses marges de manoeuvre et sa «diplomatie militaire». Le 11 septembre 2001 est venu pour obliger le monde entier à se plier aux exigences américaines en matière de sécurité.

L'OTAN s'avère aujourd'hui un des bons cadres pour initier une coopération claire et solide à l'échelle internationale et particulièrement entre les deux rives de la Méditerranée. Il est clair que les contacts entrepris jusque-là entre l'Organisation et l'Algérie, notamment ceux de type militaire, amèneront celle-ci à introduire sa demande d'aide à la professionnalisation de son armée. Le séjour du chef d'état-major, le général-major Gaïd Salah, à Bruxelles la semaine dernière s'inscrit en principe dans cet ordre d'idée.

L'adoption de l'initiative d'Istanbul, qui a suivi celle de Prague, est venue ainsi préciser tous les échanges qui doivent être entrepris entre les deux rives en matière de sécurité et de stabilité de la région. Elle prendra en principe forme à travers l'initiation de programmes spécifiques pour chaque pays. Les contacts et la concertation entrepris depuis plusieurs années entre l'OTAN et les pays de la rive sud de la Méditerranée ont, de toute évidence, balisé le terrain à cet effet.

C'est probablement parce que l'Algérie détient une expérience longue et intense en matière de lutte antiterroriste que les responsables de l'OTAN ont jugé nécessaire d'intensifier, en un temps relativement court, les contacts avec ses décideurs. Ajoutons à cela l'option géostratégique importante dont bénéficie notre pays en Méditerranée, l'expérience dans la lutte contre le terrorisme étant juste conjoncturelle. Il est très probable que le SG de l'Organisation se soit référé à cette spécificité pour faire d'Alger sa première halte afin de débuter la mise en oeuvre de l'initiative d'Istanbul.

Le dialogue euro-méditerranéen est appelé, à cet effet, à prendre d'autres contours et d'autres dimensions, ceci pour préciser davantage la coopération politique et militaire entre les deux rives de la Méditerranée. 2005 s'annonce comme étant quelque part l'année test pour les pays de la rive Sud puisqu'ils auront désormais le droit de bénéficier de programmes réservés jusque-là pour les pays inscrits au titre du partenariat pour la paix (PPP).

Nombreux sont les observateurs qui redoutent ce rapprochement de l'Algérie avec l'OTAN. L'on craint que notre pays ne soit obligé à participer à long terme à de quelconques opérations qui remettraient en cause jusqu'à ses principes de solidarité et de soutien aux peuples et aux causes justes. Le débarquement américain en Irak laisse en effet sceptique quant à la nature de la coopération militaire que cherche l'OTAN à entreprendre avec les pays de la rive sud de la Méditerranée. Surtout si l'on se réfère à la disposition 5 de l'initiative d'Istanbul qui précise que l'OTAN pourrait promouvoir sa coopération avec des pays par «des activités pratiques (...), y compris dans les opérations que l'OTAN mène, le combat contre le terrorisme, l'arrêt de la prolifération des armes de destruction massive, le trafic illégal d'armes et l'amélioration des capacités des pays à faire face, avec l'OTAN, aux défis et menaces communs».

L'on tente, cependant, de rassurer en soulignant que des pays comme l'Algérie ne seront jamais admis en tant que membres à part entière au sein de l'OTAN. Ce qui leur permettra de refuser toute démarche qu'ils jugeraient contraire à leur vision de maintien et de préservation de la sécurité. Ils auront ainsi toute latitude d'adopter à cet effet des programmes qui cadrent avec leurs objectifs. L'alinéa b de l'article 3 de l'initiative d'Istanbul pourrait être le garant de ce droit. «La nécessité de mettre en exergue que l'initiative de l'OTAN est une initiative coopérative, basée sur la copropriété et les intérêts mutuels de l'OTAN et des pays de la région, tout en tenant compte de leurs diversités et de leurs besoins spécifiques», est en effet l'un des principes dont les partenaires du dialogue euro-méditerranéen politique et militaire devraient tenir compte. Le tout dépendra, bien sûr, des balises et des marques que les décideurs algériens placeront pour bénéficier de la coopération qu'ils veulent avoir avec l'OTAN.

Ghania Oukazi

 

   
www.algeria-watch.org