ALGERIE-OTAN

«Rien n'est imposé, tout peut être discuté»

 Le Quotidien d'Oran, 27 novembre 2004

Responsabilité, complémentarité et respect des spécificités nationales sont les trois principes que le secrétaire général de l'Organisation transatlantique Nord (OTAN) est venu préciser à Alger en prévision d'un partenariat où «rien n'est imposé, tout peut être discuté».

« L'Algérie est un partenaire fort qui sait exposer ses priorités et ses objectifs», a dit Jaap de Hoop Scheffer, jeudi dernier au Palais des Nations à une assistance venue nombreuse écouter sa conférence sur «l'OTAN après le sommet d'Istanbul et le dialogue méditerranéen».

Clair, précis et plutôt bref, le SG de l'Alliance a tenu à exposer les options que vient d'arrêter l'organisation qu'il préside dans le cadre de l'initiative d'Istanbul adoptée en juin dernier. A ce sujet, il avait souligné qu'un programme comme celui inscrit au titre du Partenariat pour la paix (PPP), «développé dans un cadre largement européen», ne pouvait être appliqué à une région qui a d'autres spécificités. L'initiative d'Istanbul se propose donc aujourd'hui, comme moyen d'arrimer la région sud de la méditerranée, à l'idée d'un partenariat politique et militaire que l'OTAN a mûri dans un monde qui, comme l'a déclaré son SG, «doit faire face à des menaces diverses qui exigent une réponse commune».

Scheffer commencera par souligner les trois principes directeurs de ce nouveau partenariat. La responsabilité en est l'un d'entre eux. «Rien n'est imposé, tout peut être discuté. L'Algérie est un partenaire fort qui sait exposer ses priorités et ses objectifs», a-t-il dit dans un point de presse qu'il a tenu à l'issue de sa conférence-débat et après qu'il eut reçu le corps diplomatique accrédité à Alger. Complémentarité en est le second. Faisant remarquer que les ressources des pays comme l'Algérie et «d'autres organisations avec lesquelles elle a tissé des liens, sont limitées», il faut donc, selon lui, que «nous travaillons ensemble dans le cadre d'une coopération pratique en matière de sécurité». Le respect des spécificités nationales ou régionales est ainsi le troisième principe au sujet duquel Scheffer fera remarquer que sur cette base, il n'est pas question de recourir à une approche uniformisée en matière de sécurité.

«On a un dialogue sérieux avec l'Algérie et c'est un dialogue qui ne se fait pas à sens unique», dira-t-il, pour insister sur le fait que «dans le cadre du partenariat politique et militaire que l'OTAN veut entreprendre avec l'Algérie, il ne s'agit pas d'une rue à sens unique mais à double sens, rien ne sera imposé et tout doit être discuté».

C'est un partenariat «à la demande» ou «sur mesure» que le SG de l'OTAN est venu vendre aux décideurs algériens et qu'il propose d'encadrer par les dispositions de l'initiative d'Istanbul, qui a été en fait découplée de l'initiative américaine du Grand Moyen-Orient (GMO), comme l'a si bien expliqué l'ambassadeur d'Algérie à Bruxelles dans un article intitulé «Algérie-OTAN: la sécurité par le dialogue». (Voir le Quotidien d'Oran du jeudi 25 novembre 2004).

Le rôle de l'OTAN, dira son SG, «est à valeur ajoutée. C'est le dialogue dans les domaines de ses responsabilités, à savoir défense, opérations de maintien de la paix et autres de sécurité et de paix». Scheffer note que «l'OTAN est prêt à donner toutes les opportunités à l'Algérie pour y participer. Dans le sens pratique, nous pouvons avoir des formes de coopération très intéressantes, la lutte commune contre le terrorisme, les échanges de renseignements, les discussions sur la réforme des forces armées: mais ce n'est pas à sens unique, c'est une rue à deux sens. Alors, c'est au gouvernement algérien de voir ce qu'il veut».

Pour l'instant, et selon le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, présent au point de presse de Scheffer, «l'Algérie n'a fait aucune demande précise en matière de coopération avec l'OTAN». Mais dans le cadre du dialogue politique «que nous avons entamé en 2000, nous pensons coopérer avec les responsables de l'OTAN dans le domaine civil, dans le domaine des opérations du maintien de la paix, dans le domaine de l'acquisition des technologies et des techniques et dans beaucoup d'autres domaines», ajoutera-t-il. Scheffer dira «qu'en cas de demande de l'Algérie d'expertise pour la professionnalisation de son armée, l'OTAN sera totalement d'accord».

A propos des manoeuvres militaires de l'Alliance en Algérie, il répondra que «c'est aux autorités algériennes de décider des manoeuvres militaires, l'OTAN est prêt à donner tout autant d'unités pour participer en Algérie». Le chef de la diplomatie précisera à ce sujet «qu'il y a eu deux escales de l'OTAN chez nous, la troisième va suivre». Belkhadem dira, à propos de la coopération en matière de lutte antiterroriste, que «l'Algérie collabore avec tous les pays dans la lutte contre le terrorisme dans le cadre des Nations unies, mais en faisant la différence entre le terrorisme et les mouvements de libération». Tout en notant qu'il a eu des discussions avec le président de la République, à qui il attribue «une grande expérience politique», sur l'Irak, le conflit israélo-arabe, le Darfour, la situation dans les Grands Lacs, l'Ukraine, le SG de l'Alliance notera «qu'il ne s'agit pas de présence politique dans la région, il s'agit de dialogue. Il n'est pas question d'imposer quoi que ce soit».

Interrogé sur le fait de savoir si l'OTAN pensait combattre au nom du terrorisme l'Islam ou l'islamisme comme il l'a fait contre le communisme, Scheffer répondra: «L'OTAN n'a pas du tout ce rôle, son rôle c'est le dialogue avec l'Algérie, la Jordanie, Israël... N'oubliez pas quand vous mentionnez l'Islam que l'OTAN a fait des interventions en Afghanistan et au Kosovo pour protéger des musulmans. Alors, il n'est pas question d'un rôle de l'OTAN comme celui-là ! Ce qui est important maintenant, c'est de dire que la responsabilité de l'OTAN c'est un dialogue sérieux, un dialogue politique. Et je n'accepte pas qu'une religion soit l'otage d'actes terroristes de l'un ou de l'autre». Le SG s'abstiendra de répondre à une question, à savoir si en réunissant dernièrement les états-majors arabes et israélien, l'Alliance voulait être un vecteur de normalisation entre eux. Le rôle de l'OTAN dans le règlement de la question du Sahara Occidental ? Son SG signalera que «le Président m'a informé sur cette question mais l'OTAN n'a pas pris position sur ce conflit. Mais mon opinion personnelle, c'est que toutes les résolutions du conflit doivent être sur la base de celles des Nations unies». Belkhadem ne manquera pas de souligner tout de suite après lui que «le seul champ où l'on pourra discuter sur cette question, c'est le champ des Nations unies». La détention d'armes de destruction massive par Israël et la spécificité régionale feront dire à Scheffer que «l'OTAN a un rôle à jouer contre la prolifération des armes de destruction massive mais l'OTAN n'est pas le seul responsable ou la première organisation pour discuter avec les pays qui ont des armes de destruction massive. L'OTAN joue son rôle de prévention contre leur prolifération». «La coopération est à double sens, car ce partenariat entre les deux rives est dans notre intérêt à tous», dira le SG de l'Alliance, non sans ajouter qu'il est pour un règlement juste et durable du conflit israélo-arabe, «mais qu'il ne veut pas que ce conflit serve d'alibi à certains partenaires qui hésitent à participer au dialogue». A une question sur les conflits en Afrique et l'OTAN, Scheffer répondra: «Des solutions africaines doivent être trouvées aux problèmes africains, je crois en les capacités des Africains. L'Union européenne et l'OTAN pourraient soutenir les solutions à ces problèmes à condition que l'Union africaine le demande». Voilà une réponse à une question qui a été, selon des sources diplomatiques, posée récemment à l'OTAN par les Nations unies mais qui n'avait pas encore eu de réponse. Scheffer y aura donc répondu à partir d'Alger.

Ghania Oukazi

 

   
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