COOPÉRATION MILITAIRE

Les forces navales de l’Otan à Alger

L'Expression, 18 février 2006

Le bateau amiral italien HS Axios et la frégate britannique HMS St Albans accosteront cette semaine à la baie d’Alger.

Les Forces de la marine algérienne accueilleront coup sur coup, du 19 au 24 février, le Groupe naval Snmcmg-2 de l’Otan et la frégate britannique HMS St Albans. Les deux escales des Forces de l’Otan qui accosteront au port d’Alger entrent dans le programme défini par le commandement des Forces alliées et auquel l’Algérie a adhéré. Selon un communiqué du bureau militaire de l’ambassade d’Italie, l’escale du Groupe naval Snmcmg-2 sera ponctuée par une conférence de presse à bord du bâtiment amiral HS Axios, alors que l’escale de la frégate britannique HMS St Albans durera pratiquement trois jours et sera ponctuée par des exercices militaires navals en haute mer.
Les Forces navales algériennes, qui ont été les plus sollicitées par le commandement de l’Alliance depuis 2001, développeront leurs aptitudes avec les bateaux de guerre dans des exercices conjoints. En 2004 et 2005, des dizaines d’escales des forces de l’Otan ont été enregistrées à Alger et des exercices militaires de communication en haute mer, de contrôle et d’interception ont été effectués par la marine algérienne, ce qui avait fait dire aux spécialistes de la sécurité régionale que l’Algérie possède de fortes chances de se voir investie d’un rôle de surveillance en Méditerranée. Probabilité d’autant plus appuyée que les Etats-Unis, principaux animateurs du commandement de l’Otan, veulent réellement placer des «miradors» marins afin de parer à toute attaque terroriste qui pourrait facilement emprunter le passage méditerranéen pour se diriger vers l’Amérique du Nord via l’Atlantique. Cette probabilité fait partie de la stratégie américaine qui entend «disposer sur place de forces de dissuasion». Cette activité fébrile de la marine algérienne est, évidemment, l’aboutissement d’un forcing algérien vis-à-vis de l’Otan et des dispositions favorables de Washington d’imbriquer les armées algériennes dans des dispositifs de sécurisation. L’Alliance gagnera un allié sûr, et au change, l’Algérie bénéficiera des compétences des forces de l’Otan et de nouvelles compétences au moment où ses armées sont au seuil d’une étape cruciale de spécialisation et de professionnalisation.
Les enjeux liés à l’intégration de l’Algérie dans les stratégies sécuritaires de l’Otan sont nombreux et peuvent échapper à l’évaluation immédiate tant ils restent très peu visibles. Dans un discours prononcé il y a deux mois, à l’occasion d’un forum organisé par l’Institut national d’études et de stratégie globale (Inseg), le ministre algérien des Affaires étrangères, Mohamed Bédjaoui, avait fait un résumé des enjeux qui sous-tendent encore la démarche de l’Algérie vis-à-vis de l’Otan: «Il reste encore beaucoup d’efforts à déployer en vue d’améliorer les perceptions réciproques et la couverture médiatique auprès des opinions publiques, notamment arabe et musulmane, afin de corriger certains préjugés, nés d’incompréhensions, de manque de transparence et de concertation dans le processus décisionnel. Nous sommes convaincus que certains clichés négatifs peuvent être dépassés pour peu que l’on s’efforce d’expliquer davantage les missions de l’Otan et la nature de notre coopération.»
La coopération entre l’Algérie et l’Otan «est dense et diversifiée», et l’Algérie y apporte «une contribution substantielle en vue de sa promotion en tant qu’instrument actif, à même de contribuer à la réalisation des objectifs de paix, de sécurité et de stabilité en Méditerranée», avait souligné Bedjaoui, à l’ouverture du séminaire sur la coopération entre l’Algérie et l’Otan. Dans ce cadre, il a qualifié le bilan de cette coopération de «très satisfaisant», et a ajouté que «la perception commune des menaces et des défis auxquels nous sommes tous confrontés est ainsi mieux établie». Evoquant le dialogue méditerranéen de l’Otan, il a rappelé les principes sur lesquels l’Algérie fonde sa politique de coopération en matière de sécurité et de défense régionale, à savoir «l’unité et l’indivisibilité» de celle-ci, «une approche globale et équilibrée» et «le dialogue et la concertation pour favoriser le rapprochement entre les peuples et l’instauration de la paix et de la stabilité dans la région». Pour l’Algérie, le dialogue méditerranéen de l’Otan auquel elle a adhéré en 2000, «est d’autant plus essentiel qu’il vient opportunément combler un vide en matière de coopération politico-militaire au sein du processus de Barcelone». En matière de contribution de l’Algérie à ce dialogue, il faut rappeler les deux visites du président Bouteflika au siège de l’Otan, en 2001 et 2002, ainsi que la participation de l’Algérie, «avec détermination et de la façon la plus active à tous les mécanismes relevant de ce dialogue », et mentionner la présence de l’Algérie à la réunion ministérielle de Bruxelles (2004), à celle des chefs d’états-majors (2004 et 2005) et à la session parlementaire de l’Otan en mai dernier, ainsi que la visite en Algérie du secrétaire général de l’Otan, M.Jaap de Hoop Scheffer, en novembre 2004. Il y a une semaine, la présence de l’adjoint du commandant des Forces américaines en Europe, Charles F.Wald, était significative de l’intérêt porté par Washington, via l’Otan, à l’Algérie. La «densité de la relation» entre l’Algérie et l’Otan dans «le domaine opérationnel», attestée par les escales navales de l’Alliance au port d’Alger, en 2002, 2003, 2004 et 2005, et la participation de l’Algérie à l’opération maritime antiterroriste baptisée «Active Endeavour» de l’Otan ont tous abondé dans ce sens et renseigne sur le rôle majeur que peut jouer Alger dans le contexte actuel. Mais pour Alger, l’essentiel réside dans le fait de clarifier ses positions politiques dans sa coopération avec l’Otan. Ses dernières participations dans des exercices avec le dialogue méditerranéen, où il y aussi les forces israéliennes, ont prêté à quiproquo. L’engagement de l’Algérie dans sa coopération avec l’Otan vise surtout à discuter, à refuser des actions imposées, à entreprendre avec l’Otan un partenariat politique et militaire qui ne serait pas à sens unique et à ne pas recourir à une approche uniformisée en matière de sécurité.

Fayçal OUKACI

 
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