LES AMERICAINS VEULENT ACCELERER L’ELARGISSEMENT VERS LE SUD

L’Algérie sera membre de l’OTAN plus tôt que prévu

Le Quotidien d'Oran, 24 janvier 2004

L’Algérie va-t-elle intégrer l’OTAN en 2004 ? Si le processus d’adhésion devrait mettre plus de temps, les Etats-Unis veulent que certains pays arabes dont l’Algérie participent au «nouveau programme partenariat pour la paix» dès cette année. Les pressions des Américains, relayés par les Turcs, dans ce sens sur les autres membres de l’OTAN sont terribles. Les militaires américains veulent accélérer le processus d’intégration des pays du sud de la Méditerranée, dont l’Algérie, Israël, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie, à l’organisation atlantique depuis leur engagement en Irak. Le Pentagone propose selon les termes de la nouvelle charte des réformes du partenariat qui sera abordée lors du sommet des ministres de la Défense de l’OTAN à Istanbul et auquel l’Algérie va être présente en tant que «partenaire», que ces pays soient dorénavant impliqués dans davantage d’exercices militaires conjoints avec l’OTAN et participent à un vaste plan tactique qui vise à «sécuriser» le Moyen-Orient et la Méditerranée des différentes menaces.

Cette nouvelle approche américaine vis-à-vis de l’Algérie semble dictée par plusieurs considérations. D’abord, les militaires américains sont parvenus à avoir une idée assez précise et claire des objectifs de l’armée algérienne en terme de positionnement géostratégique et politique. Le général Myers, commandant en chef des forces américaines en Europe, en visite à Alger, est retourné à son QG de Frankfurt avec l’impression que les militaires algériens étaient disposés à coopérer avec le commandement sud de l’OTAN dans des opérations et des manoeuvres militaires à visées stratégiques. Même si l’armée algérienne demeure réfractaire au principe de l’installation de bases militaires US ou de l’OTAN sur le territoire algérien, la qualité des liens du MDN avec le Pentagone, adoubée au pacte Bouteflika-Bush sur la lutte antiterroriste, ont levé les dernières contraintes. De ce fait, les Américains veulent une participation active des militaires algériens en Méditerranée et sont prêts à élever le niveau de la coopération du partenariat qui comprend des exercices militaires conjoints, des programmes de conversion de la défense, la formation des officiers avec une nouveauté comme la mise en place d’une banque de données du renseignement en matière antiterroriste avec les pays partenaires. Ce programme étant déjà proposé aux 7 pays de l’ancien bloc de l’Est qui sont en voie d’adhérer à l’organisation atlantique.

Ensuite, afin de réaliser cette adhésion à la hussarde, les Américains comptent sur l’allié turc. Les visites réciproques entre les responsables d’états-majors algériens et turcs est symptomatique de l’alliance Alger-Ankara qui se dessine sur le plan militaire. L’Espagne, autre allié de poids des Américains à l’OTAN, a également intensifié ses contacts avec l’ANP en vue d’accompagner les besoins de celle-ci en terme d’équipements militaires et de renforcement du dialogue politique entre nord et sud de la Méditerranée.

Enfin, pour préparer cette adhésion, les Américains veulent soumettre aux Algériens un programme militaire complet impliquant la réforme du secteur de la défense, la création de forces armées (pour le maintien de la paix comme en Irak) ainsi que d’autres institutions de défense modernes, efficaces et démocratiques. Cette assistance pourrait également être d’ordre financier puisque l’OTAN aidera l’Algérie à gérer les conséquences sociales et matérielles de cette réforme de son système de défense en cas d’adhésion.

Ces propositions vont être soumises aux pays partenaires en 2004 et seraient indéniablement accélérées sauf si l’élargissement vers le sud est contesté par les pays européens, notamment la France qui refuse l’hégémonie militaire américaine dans sa profondeur stratégique.

Mounir B.

 

 
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