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Ordre du jour de l’ex-chef d’état-major de l’Armée nationale populaire par R.N . Le Jeune Indépendant, 15 août 2004 Officiers, sous-officiers, djounoud, Le 3 février 1994, au lendemain de ma prise de fonctions, j’ai eu l’honneur de vous adresser un premier ordre du jour, en ma qualité de chef d’état-major de l’Armée nationale populaire. Depuis cette date, près de onze années se sont écoulées. Ces années ont été une période de lutte, de douleur et de courage, mais aussi de labeur, de détermination et d’espérance. Aujourd’hui, à la veille de quitter mes fonctions, à ma demande, je ne peux me soustraire au devoir qui me commande de m’adresser à vous, une dernière fois, comme je l’ai fait au premier jour. L’objet de mon propos, ici, n’est pas de dresser le bilan d’une action collective de toute l’institution qu’est l’Armée nationale populaire, mais il importe, cependant, de savoir si nous tous, toutes catégories confondues, avons répondu aux exigences de la mission générale vis-à-vis du pays, de l’Etat et du peuple. Et aussi, si les structures de l’Armée nationale populaire ont, durant cette période, contribué à la consolidation des capacités de notre outil de défense. Au cours de ces onze années qui comptent parmi les plus périlleuses de l’histoire de notre pays, nous avons, ensemble, dans un climat de scepticisme quasi général, pu contenir puis contrecarrer, par notre action collective, le processus sanglant et destructeur, enclenché par le terrorisme et la subversion pour soumettre la nation et l’Etat algériens. Grâce aux efforts acharnés des Commandements à tous les échelons et des services de sécurité et avec le soutien précieux de la population, à travers notamment les groupes de citoyens volontaires et de légitime défense, notre action a permis de protéger l’Etat-nation de l’éclatement, de sauvegarder le régime républicain de l’Etat, d’annihiler le rêve chimérique d’instauration d’un régime théocratique totalitaire, et de contribuer, en définitive, à favoriser l’enracinement et la consolidation de la démocratie en Algérie. Ce combat contre le terrorisme et la subversion, nous l’avons mené avec honneur et dans le respect des lois de la République, quoi qu’en disent les hérauts et les chantres de cette mouvance criminelle, leurs alliés et tous ceux qui avaient un compte à régler avec l’Armée nationale populaire et l’Algérie. Nous avons, ainsi, fait l’objet de moult campagnes de dénigrement destinées à salir l’Armée nationale populaire et son Commandement, pour semer le doute et la zizanie, déstabiliser notre institution et blanchir les terroristes de leurs crimes. Les accusations les plus abjectes et les thèses les plus farfelues ont été échafaudées et montées de routes pièces pour travestir la réalité et faire passer les membres des forces de l’ordre pour des criminels et les terroristes pour des victimes innocentes. Mais nous avons réussi à chaque fois à faire échec à ces campagnes orchestrées par les ennemis de l’Algérie, à l’intérieur comme à l’extérieur, même si, parfois, nous nous sommes retrouvés seuls, terriblement seuls. Pendant cette période tumultueuse, nous avons dû faire parfois preuve, dans nos rangs, de sévérité dans certaines de nos décisions, mais cette attitude était dictée tant par la gravité des défis et dangers auxquels le pays était confronté, que par le souci d’instaurer la rigueur au regard de ces circonstances exceptionnelles. Cependant, dans la mise en œuvre de ces décisions sévères, nous avons toujours veillé à ne pas porter atteinte aux principes de justice et d’équité. Tout en menant sur le terrain un combat sans répit contre les groupes terroristes, nous avons été à l’origine de deux mesures fondamentales qui ont eu pour résultat de réduire la capacité de nuisance de ces groupes, en amenant nombre d’entre leurs membres à déposer les armes et à se rendre : la première mesure concerne la loi sur la rahma, qui a ouvert la voie au repentir individuel de terroristes, la deuxième a trait à la reddition des membres de l’AIS et la dissolution de cette organisation dans le cadre des dispositions dites de la concorde civile. Ces actions conjuguées ont entraîné une amélioration indiscutable de la situation sécuritaire, favorisant ainsi le retour de l’Algérie sur la scène internationale où la justesse de son combat contre le terrorisme a finalement été reconnue par la communauté internationale, après une longue période de boycott politique et diplomatique et d’embargo non déclaré mais bien effectif. Nous avons pris une part active à cette heureuse issue, grâce aux efforts d’explication et de persuasion que nous avons déployés, dès 1997, en direction de nos homologues et autres autorités des pays frères et amis ainsi que celles de nos autres partenaires. Officiers, sous-officiers, djounoud, Parallèlement à la lutte antiterroriste, l’Armée nationale populaire a continué à exercer, durant la décennie écoulée, ses missions de sauvegarde de l’in-dépendance nationale et de défense de l’intégrité territoriale du pays et à se préparer en conséquence. A ce titre, diverses actions ont été entreprises pour le développement, la modernisation et la professionnalisation de l’Armée nationale populaire. Ceci s’est traduit notamment par la consolidation des actions d’organisation du corps de bataille, la réorganisation et la montée en puissance des forces et des états-majors en général et la réorganisation des structures de l’administration centrale. Sur le plan extérieur, l’Armée nationale populaire a entrepris de redynamiser et diversifier ses relations de coopération avec les armées des pays frères et étrangers, dans un souci de modernisation et de développement, en privilégiant l’établissement de relations bâties sur des instruments juridiques appropriés. Elle s’est, par ailleurs, engagée, depuis l’année 2000, dans le dialogue méditerranéen initié par l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord avec les pays de la rive sud de la Méditerranée. Sa contribution active dans ce processus fait l’objet d’une appréciation positive par les instances dirigeantes de l’Alliance atlantique. Officiers, sous-officiers, djounoud, Si l’on devait dresser le bilan de la période passée, celui-ci serait globalement positif car la sécurité et l’ordre publics ont été rétablis, la normalité institutionnelle a été restaurée, notre pays a pu briser le boycott dont il était l’objet et reprendre de nouveau sa place sur la scène internationale et l’Armée nationale populaire, après avoir été distraite pendant de longues années par la lutte antiterroriste, a réactivé le processus de sa modernisation, de son développement et de sa professionnalisation. Pour toutes ces raisons, nous pouvons légitimement considérer qu’ensemble nous avons accompli la mission qui nous incombait durant la décennie écoulée et que nous avons acceptée d’assumer devant Dieu et les hommes. Pour ce qui me concerne, ma décision de quitter mes fonctions de chef d’etat-major de l’Armée nationale populaire découle de ce constat. Mais si je quitte physiquement l’Armée nationale populaire, mon cœur y restera à jamais attaché en souvenir des nombreuses années passées en son sein. Années au cours desquelles j’ai eu la chance inestimable d’assister au long processus de naissance, de formation et de développement de cette grande institution, qui demeurera sans aucun doute une pièce maîtresse de l’édifice institutionnel de l’Etat algérien. Pendant la terrible épreuve que notre pays a traversée durant la décennie écoulée, l’Armée nationale populaire a démontré, de manière éclatante, qu’elle était l’armée de l’Algérie et de l’Algérie seule, c’est-à-dire une armée républicaine scrupuleusement attachée à la légalité constitutionnelle et qu’elle était animée du seul souci de défense et de sauvegarde de la nation et de protection de l’Etat. Elle a aussi démontré que sa force essentielle résidait dans la discipline de ses hommes et leur cohésion, et c’est grâce à ces qualités profondément ancrées dans ses rangs que nous avons pu surmonter les difficultés et aléas auxquels nous avons eu à faire face. Ce sont là des faits tangibles et indiscutables dont nous tirons une profonde satisfaction. Aussi, notre souci aujourd’hui est que cette vocation républicaine de l’Armée nationale populaire soit préservée et que l’esprit de discipline et de cohésion de ses hommes soit cultivé et perpétué comme un héritage sacré. C’est au prix de ces qualités et de ces valeurs que pourra être préservée l’unité de l’Armée nationale populaire et, par voie de conséquence, l’intégrité des capacités de défense de notre pays et sa stabilité. Aussi, je vous appelle à continuer le chemin avec la même détermination, le même engagement et le même sens du devoir, pour consolider les acquis importants réalisés à ce jour et faire en sorte que cette nouvelle étape du processus de développement et de professionnalisation de l’Armée nationale populaire contribue à faire de notre armée un outil de défense moderne, crédible, efficace et dissuasif. Gloire à nos valeureux martyrs du devoir, qu’ils soient des forces de l’Armée nationale populaire, des services de sécurité ou des groupes de citoyens volontaires ou de légitime défense, ainsi qu’à tous nos autres concitoyens victimes des hordes terroristes. Gloire à l’Armée nationale populaire. Gloire à l’Algérie.
Fait à Alger, le 3 août 2004 Le général de
corps d’armée Mohamed LAMARI, chef d’état-major
de l’Armée nationale populaire La revue El Djeïch n° 493
août 2004.
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