Coopération militaire

L’oeil de Washington sur les relations algéro-russes

Le Quotidien d'Oran, 22 avril 2003

Le ministre des Affaires Etrangères, Abdelaziz Belkhadem sera, ce mardi, à Moscou pour rencontrer son homologue russe, Igor Ivanov. La situation en Irak, la coopération militaire, la conversion de la dette russe et le pétrole seront les principaux dossiers abordés.

Une visite qui va relancer les travaux de la commission mixte algéro-russe galvanisée par le pacte stratégique Alger-Moscou signé en avril 2001 entre les Présidents Bouteflika et Vladimir Poutine. Moscou qui dit « attacher une très grande importance » à cette visite a déclaré hier, par la voix du porte-parole de la diplomatie russe, Alexandre Yakovenko, que : « L’ultérieur développement de la coopération multiforme avec l’Algérie correspond tout à fait aux intérêts russes à long terme (...) Nous nous attendons à ce que les futures négociations russo-algériennes permettent d’examiner très concrètement l’état et les perspectives du perfectionnement des rapports bilatéraux réciproquement avantageux ».

Cette visite qui intervient dans le contexte de l’après-guerre en Irak focalise l’attention de Moscou qui trouve en Alger, un partenaire qui partage sa vision de la crise irakienne. Le département d’Igor Ivanov indiquera dans ce sens que les deux pays ont, en commun, une : « bonne base (...) qui repose sur la communauté des approches en ce qui concerne la nécessité incontournable de revenir au règlement politico-juridique du problème irakien dans le strict respect des résolutions existantes du Conseil de sécurité de l’ONU, le rôle central dans ce processus revenant aux Nations Unies ». Une position défendue par Poutine face aux Américains.

Plus proche de nous, Belkhadem aura à aborder avec Ivanov la question du Sahara Occidental qualifiée de « contact traditionnel » par Moscou qui appuie une solution référendaire au grand dam de Rabat : « La position de principe adoptée par la Russie, qui est dans son ensemble partagée par la partie algérienne, consiste en ce qu’il est nécessaire de résoudre ce problème par des moyens politiques, de soutenir les efforts déployés dans ce sens sous l’égide de l’ONU » expliquera Yakovenko mais en ajoutant que la Russie est prête à examiner « toute autre variante »

Il sera également question, au-delà de l’aspect diplomatique, de la conversion de la dette algérienne à l’égard de la Russie et le suivi du programme de coopération militaire. Ce dernier concrétisé par l’achat d’avions 22 Sukhoy 24Fencer, de bombardiers à long rayon d’action et de véhicules amphibies, des moteurs pour des chars T72 et des batteries de missiles ainsi que la modernisation des équipements russes détenus par l’armée algérienne. Un compromis fut trouvé entre Alger et Moscou pour que cette coopération sur la base d’un paiement de la dette militaire algérienne, dont le montant est tenu secret, par des marchandises diverses, notamment en hydrocarbures. Les experts considérant que les 2,5 milliards de dollars promis par Alger à Moscou afin d’effacer l’ardoise n’est que le montant réduit de l’ancienne dette qui avoisinait les 5 milliards de dollars début 1990.

Sur ce plan, entre Moscou et Alger, les choses sont au beau fixe. Ce qui a même permis à l’ambassadeur russe à Alger , Serguei Verginine, de déclarer, en février dernier, que Russes et Algériens allaient construire un avion en commun doté d’une technologie moderne capable de le faire atterrir et amerrir sans préciser s’il était de type militaire ou civil. Mais cette coopération militaire est examinée à la loupe par Washington qui craint la constitution d’un axe Alger-Moscou sur la base de celui existant entre les Russes et les Iraniens, notamment dans le domaine militaire.

Ce qui avait fait réagir alors le président Poutine qui a fait savoir que la coopération militaire entre Alger et Moscou est une démarche qui s’inscrivait dans le long terme et qu’elle : « n’est dirigée contre aucun Etat ou groupe d’Etats tiers et ne vise pas à créer une alliance politico-militaire entre Alger et Moscou ». Ce qui est utile de rappeler en ces temps de tension où la Syrie se fait « allumer » par les Etats-Unis.

Mounir B.

 

 
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