Que sont les janvieristes devenus ?

Le Soir d'Algérie, 28 juillet 2004

Avec la démission du chef d’état- major de l’ANP, c’est un acteur, et témoin, de premier plan de la scène nationale des quinze dernières années qui quitte le devant de la scène. Mohamed Lamari est, en effet, considéré comme l’un des chefs de file des «officiers janviéristes» ; ceux ayant pris, et assumé, la responsabilité de démissionner Chadli Bendjedid et d’interrompre le processus électoral qui, en ce 11 janvier 1992, menaçait de placer les commandes de l’Etat algérien aux mains des intégristes islamistes.
Si, officiellement, cette «première violence» —dixit Bouteflika— ayant empêché le FIS de prendre le pouvoir, est l’œuvre de l’ensemble du «commandement », il est maintenant acquis que ce «coup d’Etat sur canapé», comme l’avait qualifié un journal français de l’époque, est le fait d’un groupe de six influents généraux et dont deux seulement sont encore en activité. Il s’agit des généraux major Mohamed Mediene, dit Toufik, puissant directeur du Département de renseignement et de sécurité (DRS), et Mohamed Touati, actuel conseiller militaire du président de la République. Ce dernier, à qui on impute, à tort ou à raison, la paternité de l’astucieux scénario ayant permis d’annihiler la menace islamiste, doit, d’ailleurs, à cet épisode son sobriquet de «El Mokh» (le cerveau). Les quatre autres généraux étant Khaled Nezzar, ministre de la Défense, Mohamed Lamari, commandant du CFT (commandement des forces terrestres), qui représentent 80% de l’armée algérienne, Abdelmalek Guenaïzia, alors chef d’Etat-major de l’ANP, et Benabbes Ghziel, ancien patron de la Gendarmerie nationale et qu’on dit très malade depuis quelques mois. Le premier janvieriste à s’éclipser a été le général Guenaïzia. Après quelques années passées au poste d’attaché militaire en Suisse, l’ancien chef d’état-major de Chadli Bendjedid a, en effet, bénéficié d’un discret départ à la retraite. Khaled Nezzar, le chef de file du groupe, sera le second à rejoindre la vie civile à la faveur du départ du Haut-Comité d’Etat (HCE) en février 94, et de l’arrivée au pouvoir du président Liamine Zeroual. Le général Nezzar restera cependant très actif sur la scène politique nationale où il a eu à s’exprimer à l’occasion d’événements importants. Bien que l’ex-ministre de la Défense s’en est régulièrement défendu, ces «sorties» étaient systématiquement perçues comme l’expression de la position des chefs de l’institution militaire. Même si, officiellement, le général major Benabbes Ghziel fait toujours, à sa demande, partie des effectifs de l’ANP, l’ancien patron de la Gendarmerie nationale, malade, ne sort pratiquement plus de chez lui, sauf à l’occasion de rarissimes cérémonies officielles auxquelles, dit-on, il met un point d’honneur à apparaître en uniforme. En «lâchant» le commandement de l’ANP, Mohamed Lamari vient de fermer la parenthèse janvieriste à la tête de l’institution militaire. Les deux membres restants du groupe, les généraux Toufik et Touati, n’étant pas profilés pour la direction de l’état-major, la chefferie de l’ANP échoira, inévitablement, à quelqu’un qui n’aura pas «directement» pris part à la décision d’interrompre le processus électoral. Ce n’est précisément pas ce qui risque de contrarier la réconciliation nationale prônée par l’actuel locataire du palais d’El Mouradia.
Badreddine Manaâ

 

   
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