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LES OTAGES FRANCAIS ENLEVES EN ALGERIE
L’intox
anti-DRS
L'Expression,
11 décembre 2003 L’affaire des
fonctionnaires de l’ambassade de France, puis
celle des sept
moines trappistes de Tibhirine sont de nouveau exhumées.
Coup sur coup, les
services de sécurité algériens
viennent de se confronter à nouveau, aux attaques d’anciens
officiers du renseignement, de journalistes, reporters français,
d’avocats constitués pour saisir la justice et c’est
en fait, un peu trop et un peu calculé dans un laps de temps aussi
court, et dans un contexte politique algérien fragilisé par
des luttes de clans et les guerres d’usure par médias interposés.
Les documents filmés et diffusés par Canal+ et Arte récemment
ont été puisés et collationnés en Algérie
même, de même que les paroles indécises, flottantes
et donc non convaincantes de certains politiques algériens.
L’affaire des fonctionnaires de l’ambassade de France, puis
celle des sept moines trappistes de Tibhirine sont de nouveau exhumées
comme autant d’événements graves qui portent le sceau
d’intrigues politiques et militaires suspectes dont les services
de renseignements algériens sont accusés de porter la lourde
responsabilité.
En termes clairs, l’affaire dite «Thévenot»,
concernant l’enlèvement des époux Thévenot
et d’Alain Freissier, kidnappés puis relâchés
par le GIA en octobre 1993, et l’affaire du martyre des moines
trappistes sont présentées comme étant une manipulation
des services spéciaux algériens destinée à faire
pression sur Paris et la contraindre à s’impliquer «positivement» dans
la guerre menée par les autorités contre les groupes armés.
Selon cette thèse, Zitouni est un agent double qui, à la
tête du GIA, collaborait avec les services de sécurité via
le Cpmi de Blida. Présentées selon les techniques de désinformation
habituelles de la DGSE, avec les mots qu’il faut, l’image
qui fait tilt et la structuration de l’ensemble, ces accusations
peuvent porter et constituer un ensemble cohérent, encore faut-il être
profane en matière de terrorisme en Algérie.
Car, il faut le souligner, sans pour autant être d’un parti
pris quelconque, l’argumentation ainsi présentée
ne résiste pas à la réalité du terrain.
Concernant l’enlèvement des trois fonctionnaires français,
le 24 octobre 1993, tout le monde sait que l’émir du GIA
de l’époque, Si Ahmed Mourad dit « Djaâfer Seif
Allah », des groupes armés, le «Djaâfer El Afghani» des
médias, était un Algérois, un urbain, rompu à la
guérilla et grand fan des coups médiatiques. Cet ancien
soldat de la Garde républicaine devenu cofondateur du GIA a bel
et bien décidé de kidnapper des ressortissants français
pour contraindre les autorités françaises à négocier
avec Alger et obtenir la libération de Abdelhak Layada. Les hommes
de Djaâfer étaient Aouissi Kamel, Chettala Djamel, Mellouli
Mustapha, Guemzir, Djebri Mohamed et Bouslimani Mohamed.
En fait des jeunes connus dans la mouvance islamiste armée, notamment
Chettala, un ancien fidèle de Mohamed Kheir, Mohamed Allel et
Sellamna Noureddine, avant de «travailler» à partir
de janvier 1992 sous les ordres du duo Allel-Layada.
Lorsque Djaâfer lui parle, en septembre 1992, d’obtenir la
libération de Layada, celui-ci n’hésite pas à se
lancer corps et âme dans cette opération, d’autant
plus qu’à l’époque, le GIA était très
puissant à Alger et Blida.
La libération des otages a fait suite à un «forcing» des
services de sécurité algériens et la «poussée» des
autres membres de la direction du GIA (certains sont encore en vie),
et qui ont fermement demandé à Djaâfer El-Afghani
de relâcher les Français parce qu’Alger commençait à devenir «invivable»,
du fait du maillage sécuritaire très hermétique
constitué depuis la nuit du rapt.
L’autre affaire, celle plus tragique des sept moines trappistes,
c’est Djamel Zitouni qui est au centre de la polémique.
Sur la photo surmédiatisée et que tout le monde connaît,
on voit un Zitouni barbu, le visage grassouillet et l’oeil perçant.
En fait, il s’agit d’une photo prise lors de son internement
dans les camps du Sud. Le visage est enflé par les coups de poing
qu’il a reçu ainsi qu’une échimose a l’oeil
gauche. Lorsque Zitouni est interné au Sud, il était un
illustre inconnu. Son père est vendeur de poulet à Birkhadem.
Il ne doit sa petite incursion dans le monde religieux qu’à la
persévérance de son ami d’enfance Chérif Gousmi
(habitant lui aussi à Birkhadem), qui l’a initié à la
théologie, puis à la politique version FIS.
Gousmi était imam dans une mosquée de Birkhadem lorsqu’un
mandat d’arrêt est lancé contre lui, en 1993. Concrètement,
que peut bien faire le DRS à l’époque d’un
jeune vendeur de poulet, profane en matière de théologie
et qui, de surcroît ne peut aspirer à aucune responsabilité au
sein du GIA? Ce n’est que lorsque Gousmi est choisi par Sid Ahmed
Mourad comme officier exégète du GIA que Zitouni se rapproche,
de façon tout à fait anodine, du premier cercle des dirigeants
du GIA.
Les sentiers de Dieu étant impénétrables, c’est
bien dans ceux du domaine théologico-politique que nous avançons.
Faisons-le au moins avec un maximum de circonspection. Lancées à la
veille de l’élection présidentielle, dont les enjeux
restent importants dans les hauts cercles de décision, ces accusations
sont un bon prétexte pour sinon décrédibiliser le
DRS algérien, du moins l’«occuper» pour...quatre
mois.
Fayçal OUKACI
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