Réels projets d'attentats ou vile tentative d'intoxication?

Doutes

L'arrestation, lundi, de neuf islamistes radicaux présumés continue de faire débat.

BERNARD DELATTRE, Libre Belgique, 30/09/2005

L'aéroport d'Orly, le métro parisien et le siège de la DST (contre-espionnage) étaient-ils réellement la cible d'opérations terroristes ourdies par la cellule de neuf islamistes présumés démantelée lundi en banlieue parisienne? La polémique n'en finit plus. Début de semaine déjà, la médiatisation de ce coup de filet par le ministre de l'Intérieur Sarkozy avait beaucoup fait jaser (lire LLB du 28/9). Cette fois, c'est la réalité de la menace qui fait débat.

De source judiciaire, on a appris, jeudi, qu'au moins un des suspects gardés à vue aurait confirmé aux juges la réalité de ces projets d'attentats. Mais un autre suspect, emprisonné en Algérie et sur les aveux desquels le raid policier a été bâti, n'aurait avoué que sous la torture. Son avocat parle donc de «poudre aux yeux» et d' «intoxication», et accuse Nicolas Sarkozy d'avoir «exploité ce dossier pour muscler son discours».

Des profils assez lourds

La réalité de la menace terroriste globale incite toutefois à la prudence, tout comme le profil de chef présumé de cette cellule - qui a déjà écopé de dix ans de prison pour sa participation aux attentats de 1995 contre les transports parisiens - et la découverte d'ouvrages de propagande islamiste lors des perquisitions. Néanmoins, ni armes, ni explosifs, ni composants chimiques, ni même le moindre modus operandi d'une éventuelle action n'ont pu être saisis. Et les suspects n'ont livré aucune indication sur le degré de préparation des attentats ni sur les moyens mis en oeuvre.

Dans un passé récent, au demeurant, nombre d'opérations antiterroristes très médiatisées n'ont ensuite, discrètement, accouché que d'une souris. L'imam de Vénissieux arrêté en 2004 et détenu quinze mois car soupçonné de financer les «filières tchétchènes» a été remis en liberté il y a peu faute de preuves. Idem pour la centaine d'immigrés iraniens arrêtés spectaculairement en banlieue parisienne en 2003 car suspectés de financer les Moudjahidine du peuple. La même année, la fameuse affaire de la ricine trouvée dans les consignes de la gare de Lyon à Paris a été classée sans suite. Sans parler de ce bagagiste de Roissy qu'un «dysfonctionnement» de la justice antiterroriste avait présenté comme très dangereux fin 2002, puis qui dut être relâché avec les excuses d'usage.

© La Libre Belgique 2005

   
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