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Affaire El Para
Le silence déroutant des autorités algériennes
Le Matin, 11 juillet 2004
Dans l'affaire Abderrezak
El Para, les autorités algériennes
se sont montrées peu bavardes, alors que l'Algérie est
citée systématiquement par de nombreuses chancelleries étrangères
comme le pays vers lequel ce dangereux terroriste doit être extradé et
jugé. El Para, que l'on dit actuellement entre les mains du Mouvement
pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) est non seulement
algérien, mais aussi le principal instigateur du kidnapping en
mai 2003 des 32 touristes européens au Sud algérien. Sans
oublier que son groupe a contribué énormément, ces
derniers mois, à alimenter les maquis du GSPC en armement lourd
et sophistiqué. A l'actif de Saïfi Amari dit El Para plusieurs
embuscades contre les forces de sécurité, dont celle qui
a coûté la vie à 43 jeunes du service national en
janvier 2003 dans la région de Batna. Mais aussi des enlèvements
suivis d'assassinats de civils. Il a donc des comptes à rendre à la
justice algérienne et aux familles de ses victimes. Pendant de
longues semaines, l'armée algérienne a traqué le
groupe d'El Para et réussi à libérer la moitié des
otages, avant que les terroristes ne négocient avec, notamment,
l'Allemagne leur repli vers le Mali et le versement d'une rançon,
en contrepartie de la libération du reste des touristes en captivité.
Cette fin heureuse pour les otages n'empêche pas l'ANP de maintenir
ses troupes sur place et d'arriver à intercepter aux frontières
algéro-maliennes, quelques mois plus tard, un convoi d'armement
que le GSPC prévoyait d'acheminer vers l'ouest du pays. Cette
constance dans la traque du GSPC aux frontières du pays tranche
avec le mutisme déroutant des officiels algériens sur le
sort d'El Para. Même sur la visite d'un représentant du
MDJT en Algérie pour discuter de l'extradition de ce terroriste,
rien ne sera rendu public du côté algérien. En mai
dernier, le ministre de l'Intérieur et des Collectivités
locales se contente de déclarer que le pays est en contact « permanent
avec le gouvernement tchadien pour essayer de négocier l'extradition
du numéro deux du GSPC qui serait détenu par les rebelles
tchadiens », ajoutant que « ces derniers n'ont donné aucun élément
qui permette de savoir avec certitude qu'il est en vie ». Au sujet
de la demande d'extradition formulée par le gouvernement allemand,
le ministre répondra : « Encore faut-il prouver qu'il est
toujours vivant, ensuite ce n'est pas l'Allemagne qui est prioritaire
dans cette affaire, mais l'Algérie, son pays d'origine. Ceci dit,
nous gardons d'excellents rapports avec le gouvernement allemand avec
lequel nous allons coopérer pour essayer de tirer au clair cette
affaire. »
Tout en privilégiant un dialogue avec le gouvernement tchadien
et allemand, la partie algérienne a refusé de se déplacer
au centre du mouvement sur les monts du Tibesti, au nord du Tchad, en
justifiant cela par le désir de respecter la légalité internationale.
Elle a demandé en revanche au mouvement de prendre en charge le
transport des détenus hors du Tchad. Devant cette impasse, le
MDJT a appelé les pays voisins, à savoir le Niger et la
Libye, à « aider les pays qui veulent réceptionner
ces éléments armées à rejoindre ses bases
afin d'effectuer la réception dans des conditions sécuritaires
acceptables ». Le Mouvement pour la démocratie et la justice
au Tchad n'a pas manqué de critiquer vivement « l'absence
d'initiatives sérieuses » pour la réception des dirigeants
du GSPC. Seuls les Américains se sont prononcés clairement
sur la question. « Abderrezak El Para doit être remis aux
autorités algériennes », a déclaré le
porte-parole du département d'Etat américain, Richard Boucher,
lors du briefing hebdomadaire du département de Colin Powell.
Richard Boucher pense qu'« El Para et ses complices doivent être
remis aux autorités algériennes dans les meilleurs délais
afin d'être jugés sur la base des charges qui pèsent
sur eux ». Le département d'Etat rappelle que le GSPC, organisation
dont El Para est numéro deux, avant la liquidation de Nabil Sahraoui, « est
classé comme une organisation terroriste étrangère » et,
de ce fait, exclut toute volonté des Etats-Unis de vouloir le
récupérer malgré ses liens avérés
avec Al Qaïda. La voie semble donc toute indiquée. La Libye
se propose de jouer les intermédiaires, mais très vite,
ce pays s'accroche avec le MDJT sur une histoire de deux terroristes
que le groupe de rébellion au Tchad affirme avoir livrés
en signe de bonne volonté au pays de Khadhafi et que ce dernier
soutient que ses troupes les ont abattus au moment où ils s'infiltraient
sur le territoire libyen. La tension monte entre les deux parties et
un ultimatum de 48 heures, à partir du 8 juillet, est donné ainsi
au MDJT par Tripoli pour lui livrer El Para et quelques-uns de ses éléments
détenus au Tibesti depuis maintenant trois mois. L'information
est donnée par un diplomate en poste à Bamako au correspondant
de l'AFP au Mali. Ce diplomate ajoute que les responsables du MDJT ont
offert « tout récemment à Alger et à Bonn
de venir chercher les membres du GSPC faits prisonniers dans le Tibesti »,
et que l'opération « a échoué à cause
de nombreuses complications ». Non seulement le Mouvement pour
la démocratie et la justice au Tchad refuse de se plier aux exigences
de la Libye, mais « l'accuse de ne pas avoir respecté son
engagement de jouer la médiation avec des pays tiers ».
Le porte-parole du MDJT à Paris s'insurge : « Pourquoi la
Libye revient à la charge maintenant en nous menaçant ?
De quel droit s'immisce-t-elle dans les affaires tchadiennes ? Si elle
veut se laver de ses péchés passés, cela ne doit
pas être sur notre dos. » Pour le moment, le porte-parole
de ce mouvement exclut la possibilité d'une attaque par la Libye
contre ses campements, sans écarter un « appui aérien
libyen » à l'armée tchadienne. Dans tous les cas,
une solution doit être trouvée rapidement à l'affaire
El Para dans l'intérêt même du MDJT, dont l'activité est
perturbée à cause de ces détenus devenus trop encombrants
et qui peuvent le mener à sa perte.
Nissa H.
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