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Depuis, et malgré plusieurs annonces d’«assaut imminent» contre le groupe qui détient toujours dix Allemands, un Néerlandais et quatre Suisses, on est sans nouvelles de ces touristes, enlevés entre la mi-février et la mi-mars quelque part dans l’immense désert du sud algérien. En marge du G8, le président de la confédération a rencontré le président algérien Abdelaziz Bouteflika, dimanche à Lausanne. Pascal Couchepin en a profité pour évoquer la question et, à l’issue de son entretien, s'est déclaré «rassuré». Le président
algérien n'a pu donner aucune garantie absolue sur le sort des
quatre Suisses retenus. Mais «oui, il y a encore de l'espoir»,
a toutefois déclaré M. Couchepin à l'ATS. «On assiste à un verrouillage de l’information, relativement classique dans les cas de prises d’otages», explique le rédacteur en chef du quotidien Le Temps. «Ce verrouillage est double, poursuit Jean-Jacques Roth. Il est de mise à Berne comme à Alger. Et, de ce point de vue, il n’y a rien de pire que l’Algérie.» Le Temps travaille pourtant avec un correspondant sur place, mais ce dernier n’a jamais pu fournir la «hard news» qui aurait permis de développer une piste de manière crédible et fiable. Résultat:
une série de petits articles, qui posent toujours les mêmes
questions: où sont les otages et qui les détient réellement? Point de vue fortement démenti par Peter Rothenbühler, son homologue du Matin. Pour lui, le fait que les otages ne soient pas romands «ne change absolument rien.» Selon son rédacteur en chef, le Matin est probablement le titre romand qui a parlé le plus souvent de cette affaire, lui aussi via des collaborations en Algérie. Malgré cela, on aurait pu attendre, par exemple des journaux populaires, une sorte de campagne, semblable à celle menée par les télévisions françaises à l’époque des otages du Liban. «Un décompte
quotidien de leurs jours de détention? Nous ne l’avons pas
encore envisagé, mais ce serait une bonne idée», admet
Werner De Schepper, rédacteur en chef du Blick. Au ministère des Affaires étrangères, on confirme que les familles ont reçu des consignes. «Nous leur avons dit que les informations que nous pouvions leur livrer n’étaient pas pour la presse», explique Daniela Stoffel. Est-ce à dire que les familles sauraient aujourd’hui des choses que le public ne sait pas? «Je ne peux
rien vous dire à ce sujet, coupe la porte-parole du ministère.
La cellule de crise se réunit presque tous les jours et nous sommes
en contact régulier avec les familles.» Point. Werner De Schepper confirme n’avoir subi aucune pression des Affaires étrangères. «Pour moi, ils ont plus aidé à la désinformation qu’à l’information, mais je ne crois pas que c’était vraiment voulu», commente le rédacteur en chef du Blick. Cette discrétion, voire cet embarras que l’on sent au ministère n’étonnent pas du tout Jacques Beaud. «Les négociations sur des prises d’otages sont toujours lentes et très délicates. Il vaut mieux perdre du temps que de risquer le faux pas. Et il vaut mieux n’avoir personne qui pousse dans le dos», explique ce spécialiste suisse du monde du renseignement. «A part cela,
note Jacques Beaud, il est vrai que l’on ne connaît pas vraiment
ces preneurs d’otages. Et personne ne peut affirmer que les ravisseurs
ont réellement la gestion et le contrôle de l’affaire.» Mais cette thèse laisse sceptiques nombre d’observateurs, que ce soit en Algérie ou en Europe. De Paris, où elle anime le site Internet algeria-watch, consacré à la défense des droits de l’homme et à la promotion de la démocratie dans son pays, Salima Mellah est bien placée pour avoir des doutes. «Après
les premières libérations, on a pu voir deux des otages
allemands interviewés longuement sur une chaîne de télévision,
se souvient la militante algérienne. Or quelques jours plus tard,
un officier de haut rang de la police criminelle allemande leur a vertement
reproché d’avoir autant parlé.» «On ne parlait pas de difficultés avec les ravisseurs, mais entre les deux capitales, note la militante algérienne. Cela me fait penser que le gouvernement algérien n’a pas voulu que les gouvernements européens négocient directement avec les ravisseurs.» De peur que l’on découvre qui ils sont réellement? Pour Salima Mellah, s’il s’agit effectivement d’islamistes. Et ils sont très probablement manipulés. «Si on laisse
les Européens les approcher, toute la magouille pourrait apparaître
au grand jour. Mais les Occidentaux savent que c’est une magouille.
Tout le monde le sait. Mais tout le monde veut garder la face, donc on
est d’accord pour négocier avec le pouvoir algérien»,
précise l’animatrice d’algeria-watch. A quelques mois des élections où il briguera un second mandat, le président algérien Abdelaziz Bouteflika - soutenu par une partie de l’armée - est en proie à l’hostilité d’un autre clan de cette même armée, qui entend prouver au pays que sa politique de concorde nationale est un échec. Ce qui fait écrire au quotidien français Libération, citant des sources diplomatiques européennes: «la gestion de cette affaire (des otages) est devenue un conflit algéro-algérien, que les grandes manœuvres en vue des présidentielles de 2004 n’ont fait qu’envenimer.» Le Mouvement algérien des officiers libres est plus catégorique. Sur leur site Internet, ces opposants affirment carrément que les Occidentaux «ont été kidnappés par les éléments du DRS (police politique algérienne) et se trouvent dans une enceinte militaire dans le sud.» Quant aux opérations
de recherche menées par l’armée, elle ne seraient,
toujours selon ce mouvement d’officiers «qu’une mise
en scène sordide destinée à jeter de la poudre aux
yeux des médias». Et de rappeler la mort en 1996 des sept moines cisterciens de Tiberhirine, enlevés sur ordre d’Alger. Selon les aveux d’un ancien militaire algérien, cette opération visait uniquement à «intoxiquer l’opinion internationale, afin que son soutien à Alger ne faiblisse pas face à la barbarie islamiste». Or, l’intervention des services secrets français a conduit au drame. Un drame dont Salima Mellah livre la clé en une formule qui fait froid dans le dos: «pour que rien de cela ne soit connu, on a liquidé tout le monde». swissinfo, Marc-André Miserez
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www.algeria-watch.org
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