| |
|
PRISE
D’OTAGES DES DEUX FRANÇAIS
L’expérience algérienne au coeur de la guérilla
néo-djihadiste
L'Expression,
20 septembre 2004
Les diplomates français ont découvert avec étonnement
que le problème algérien les a poursuivis jusqu’en
Irak.
Les efforts exceptionnels déployés par la diplomatie française
afin de libérer ses deux ressortissants, les journalistes Christian
Chesnot et Georges Malbrunot, ont permis au moins à la France
de mesurer la complexité du djihad, ses interconnexions, et de
se rendre compte que le problème est complexe au point de faire
reculer dangereusement la libération des deux otages. En tout
cas, en fin de semaine, la libération des deux Français
semblait très compromise, si l’on se réfère
au communiqué des preneurs d’otages. Dans un long communiqué,
l’Armée islamique en Irak dresse une liste de griefs retenus
contre la France et qui sont qualifiés de «crimes» commis
par la France dans les pays arabes, tout en déclarant avoir dans
ses structures une instance spécialisée dans la chari’a
capable de trancher dans de telles affaires (des otages , Ndlr), ce qui
revient à dire que les preneurs d’otages ne portent aucun
crédit aux fetwas des référents musulmans et qu’ils
ne se fient qu’à l’exégèse dont se servent
les groupes salafistes djihadistes en temps de guerre. Cependant, ce
qui avait intrigué particulièrement les diplomates français
présents dans la région, c’est la rhétorique
du communiqué qui «fait beaucoup référence à l’Afrique,
en particulier aux pays du Maghreb et son langage rappelle celui du groupe
Takfir wal hijra, un groupe extrémiste qu’on retrouve à l’intérieur
du GIA algérien», estimait un diplomate français
en poste dans la région, le jour même de la diffusion du
communiqué. «Il n’est pas interdit de penser que l’Armée
islamique en Irak est composée d’extrémistes radicaux
qui considèrent les islamistes ne faisant pas partie de leur groupe
comme des corrompus. La plupart des terroristes algériens ont
adopté ce courant de pensée. Dans ce cas, la situation
des deux Français risque d’être grave», estime
ce diplomate. Le groupe dresse une longue liste de «crimes commis
par la France en Syrie, au Liban, en Algérie, en Egypte, en Palestine,
en Tunisie, en Mauritanie, au Tchad, au Niger, au Mali, au Burkina Faso
et en Afghanistan».
L’on se souvient de la place privilégiée qu’occupait
la France dans «les cibles» du GIA entre 1994 et 1996. Aujourd’hui,
le GIA qui a pratiquement disparu en tant que groupe structuré,
a été supplanté par le Gspc, mais celui-ci cultive
une haine particulière à l’endroit des seuls Etats-Unis, à l’instar
d’Al Qaîda. La rhétorique du GIA a néanmoins
survécu à l’organisation et l’on peut à satiété suivre
les dérives sémantiques et dogmatiques telles qu’on
les a suivies dans l’évolution du GIA de Chérif Gousmi
(février 1994) à celui de Antar Zouabri (1996-2002) en
passant par Djamel Zitouni (septembre 1994-juillet 1996), période
durant laquelle la tendance takfirie avait pris le dessus. La désintégration
du GIA donne l’occasion à plusieurs éléments
de s’orienter vers un djihad transnational, en Bosnie-Herzégovine,
en Tchétchénie, en Afghanistan et en Irak, à partir
du début de la troisième guerre du Golfe. La récente
capture d’un chef de guerre algérien de nationalité britannique
en Russie, et qui serait, selon les services spéciaux de Moscou,
un proche de Chamil Bassaïev, le leader de la guérilla tchétchène,
plaide en faveur de cette implantation des anciens du GIA un peu partout
en «terre de guerre». Il est certain que la guerre en Algérie
entre 1992 et 2000 a servi pour beaucoup à s’affirmer comme
de nouveaux gourous du djihad transnational, à entrer en contact
avec des guérillas «débutantes» et de servir
de porte-drapeau dans des guerres qui, quelles qu’elles soient,
ne sont pas aussi intenses que celles menées en Algérie.
Fayçal OUKACI
|
|
|