Il a été condamné hier à perpétuité par contumace

“El-Para” l ’énigme d’une absence

Par Saïd Ibrahim, Liberté, 26 juin 2005

Au cours de l’audience, le président du tribunal criminel d’Alger a déclaré : “Amari Saïfi est considéré comme non détenu.” Saïfi alias “El-Para” a pourtant été remis aux autorités algériennes par la Libye le 27 octobre 2004.

Reporté à plusieurs reprises, le procès de l’affaire “El-Para” a eu lieu hier au tribunal criminel d’Alger en l’absence du principal accusé. Avant le début de l’audience, le magistrat a appelé les accusés pour s’assurer de leur identité, et quand il arrive à Amari Saïfi, constatant son absence, il instruit le greffier de prendre acte de cette carence. Interrogé par Me Khiar Tahar sur la situation d’“El-Para”, le président du tribunal répondra : “pour le tribunal, Saïfi Amari est absent, et pour cela nous avons décidé d’appliquer la loi, et nous le jugerons par contumace à l’issue du procès des accusés présents.” L’audience a été relativement courte car le dossier ne repose que sur les déclarations des accusés devant la police judiciaire. Les avocats de la défense ont relevé qu’excepté lesdites déclarations, il n’existe aucune preuve matérielle contre aucun des cinq mis en cause présents. Selon l’arrêt de renvoi, cette affaire est en réalité une ramification d’un autre dossier, à savoir “l’affaire Kobi” sur laquelle enquêtaient des policiers de Batna. Durant leur enquête, les policiers découvrent l’existence d’un autre groupe du GSPC activant dans l’ombre dans la capitale des Aurès. Leurs investigations leur permettent d’aboutir à l’arrestation de Bounahas Badredine qui reconnaît appartenir à un groupe terroriste. Lors de son audition par la police, il avoue avoir rencontré Momo Samir, un terroriste proche d’“El-Para” et qui a été abattu par les forces de l’ordre. Bounahas a affirmé aussi avoir acheté des effets vestimentaires, du ravitaillement et des médicaments pour le compte du GSPC. Il reconnaît aussi avoir contacté Azzouz Mohamed-Salah et son frère Walid sur instruction de Momo qui voulait les rencontrer en vue de leur recrutement. C’est aussi lui qui a organisé l’entrevue entre le chef du GSPC et les deux frères. C’est un autre responsable du GSPC de Batna, à savoir Mansouri Farouk (abattu par les forces de sécurité) qui lui remettait des tracts subversifs pour les distribuer et les afficher sur les murs de la ville. Il soutiendra aussi que les deux frères recrutés utilisaient la voiture de leur aîné pour le transport du ravitaillement du groupe terroriste. Arrêté à son tour quelques jours après, Azzouz Mohamed-Chérif passe lui aussi aux aveux. Il reconnaît son appartenance au groupe et s’attribue les mêmes tâches que le premier mis en cause. Lui aussi affirme avoir effectué des achats pour le compte du GSPC. Les investigations des policiers aboutissent à d’autres arrestations, à savoir celles de Nadji Abdelwahab, de Azzouz Walid et de Nourani Salah-Eddine. Ces mis en cause reconnaissent leur appartenance à un groupe terroriste. Comme ce groupe activait dans la région de Batna (la zone 5 selon le découpage du GSPC), les policiers décident de poursuivre Amara Saïfi. Présentés devant le juge d’instruction d’Alger (certaines juridictions se sont spécialisées dans les affaires terroristes), les 5 accusés sont inculpés tout comme Amara Saïfi d’appartenance à un groupe terroriste visant à semer la mort et la terreur parmi la population. Devant le magistrat instructeur, tous les accusés se sont rétractés, excepté Azzouz Mohamed-Chérif qui a continué à reconnaître les faits. Hier devant le tribunal criminel, tous les accusés ont nié leur appartenance au GSPC. Ils ont tous déclaré avoir fait de faux aveux sous la contrainte. Même Azzouz Mohamed-Chérif a abondé dans ce sens en affirmant en contrepartie de telles déclarations, les policiers lui avaient promis la liberté provisoire. Il estimera que son frère n’a rien à voir dans cette affaire, au même titre que tous les autres accusés qu’il a chargés sous la contrainte des policiers. Le procureur général ne l’entend pas de cette oreille et estime que les accusés formaient réellement un groupe terroriste et que chacun avait un rôle bien déterminé. Il requiert 20 ans de réclusion contre chacun des accusés. Les avocats de la défense ont tous plaidé non coupables et ont réclamé à l’unisson l’acquittement de leurs clients respectifs. Plaidant pour Azzouz Mohamed-Chérif, Me Aïssani déclare : “Malgré des aveux aussi importants, mon client a bénéficié de la liberté provisoire. Quelque part les promesses qui lui ont été faites ont été tenues.” Un autre avocat s’étonne comment le nom de son client a été cité, alors qu’il habite à Ouargla. Après une longue délibération le tribunal prononce le verdict : Bounahas Badredine et Azzouz Mohamed-Chérif sont condamnés à 3 ans de prison ferme chacun. Les 3 autres accusés ont bénéficié de l’acquittement. Le tribunal criminel sans les jurés prononce ensuite la sentence de la perpétuité par contumace contre “El-Para”. Le tribunal a suivi le réquisitoire du parquet.

Saïd Ibrahim


Deux reports avant L’audience

Par Saïd Ibrahim, Liberté, 26 juin 2005

Enrôlé pour la deuxième session criminelle 2005, le procès a été programmé une première fois le 24 avril dernier. Le président du tribunal avait décidé de reporter le procès au 13 juin dernier pour permettre l’extraction d’un détenu du pénitencier de Constantine. Le 13 juin, le tribunal ordonne cette fois encore un autre report car l’accusé, pour lequel la première audience a été ajournée, n’avait pas été auditionné par le juge d’instruction. Pour les avocats des autres accusés et même pour leurs familles, ces reports étaient nécessaires à l’appareil judiciaire pour trouver une sortie honorable à l’équation à plusieurs inconnues du cas “El-Para”. Il faut remarquer au passage que c’est la première fois dans les annales de la justice algérienne et de par le monde qu’un accusé est condamné par contumace, alors qu’une haute autorité affirme qu’il est entre les mains de la Police judiciaire. De toutes les manières, “El-Para” sera rejugé pour cette affaire car toutes les décisions prises par contumace ne sont ni définitives ni exécutables avant la comparution devant un tribunal.


Remis à l’Algérie par la Libye

Amari Saïfi condamné à perpétuité par contumace

Le Jour d'Algérie, 26 juin 2005

L’ex-numéro deux du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (Gspc), El Para, a été condamné, hier, par contumace, à perpétuité, par la cour criminelle d’Alger pour «constitution de groupe armé ayant semé la terreur parmi la population».

Le procès de six terroristes, dont Saïfi Amari, ex-numéro deux du Gspc, connu sous le pseudonyme de Abderezak El-Para, a été condamné lors du procès du groupe de cinq terroristes ayant «activé» sous son égide et poursuivis pour «appartenance à un groupe terroriste» et «distribution de tracts», selon l’article 87-bis, alinéas 1, 2, 4, et 5 du code pénal. Il s’agit de Bounahas Badreddine et Azouz Mohamed-Cherif, condamnés à trois ans de prison ferme, et de Nedji Abdelouahab, Azouz Walid et Nourani Salah-Eddine, acquittés.

Les avocats de la défense ont mis l’accent sur l’absence de preuves quant à l’activité présumée parmi les rangs des terroristes à Batna. Me Boumerdassi a signalé le fait que les dépositions faites après l’audience du juge d’instructions des prévenus ont été signées «sous la pression en absence d’avocats», propos clamés par les accusés, eux-mêmes, en niant tous les faits qui leur ont été reprochés. La partie civile répliquera qu’il s’agit de manœuvres pour désorienter le tribunal et a requis vingt ans pour chacun des prévenus. La défense s’interrogera également sur l’absence d’El- Para. « Est-il arrêté ? Pourquoi n’est-il pas présent ?» A ces questions, le président de la cour se contentera de dire que la seule mention citée par le tribunal est que «Saïfi Amar est absent». Dans les couloirs du tribunal Abane-Ramdane, les avocats ne manquent pas de signaler que le procès des six prévenus n’a aucune relation, sur le plan des procédures, avec Amar Saïfi, d’autant que les accusations n’y font pas directement le rapport.

Un autre membre du même groupe, Rahmani Sofiane, est en fuite au Liban.

Il faut signaler, par ailleurs, que ce procès a fait l’objet de plusieurs reports, puisque ce dernier a été ajourné auparavant, le mois d’avril dernier, en raison de l’absence d’un inculpé, en l’occurrence Salah Eddine Nourani, qui n’a pas été transféré de la prison de Constantine où il est détenu.

Rappelons aussi que Abderezak El-Para est impliqué dans plusieurs affaires, notamment l’enlèvement des 32 touristes étrangers (Allemands, Suisses, Néerlandais et Autrichiens), en février 2003, dans la wilaya d’Illizi. Ancien sous-officier des forces spéciales, stationnées à Biskra, El- Para a quitté les rangs de l’ANP en 1991, pour rejoindre un réseau terroriste, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (Gspc), en 1999.

El-Para est connu notamment pour avoir été derrière plusieurs opérations, particulièrement sanglantes, telle que l’embuscade tendue à une patrouille de l’ANP, en janvier 2003, et qui a coûté la vie à 43 militaires, ainsi qu’une autre attaque qui a fait dix morts (des gardes communaux), perpétrée à Tébessa.

Amar Saïfi est en détention, en Libye, depuis son exfiltration du Tchad, le 27 octobre 2004.

Fatima Arab

 
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Touristes enlevés dans le Sahara

 
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