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FRONTIÈRES SUD
L’armée algérienne prend position
L'Expression, 29 octobre 2006
La vaste bande saharo-sahélienne, abandonnée par les gouvernements locaux, sert de no man’s land aux trafiquants de tout bord et sous-tend une guerre pour le contrôle du trafic de drogue et d’armes.
L’attaque lancée par le Gspc contre des rebelles touareg au nord du Kidal a été interprétée comme étant un acte de vendetta pour venger la mort du numéro2 du Groupe salafite, Abdelhamid, plus connu sous son nom de guerre «Obohola», et qui a été tué vers la fin du mois de septembre par des rebelles du Mali.
Après avoir fait longtemps équipe, les nouveaux enjeux rompent les alliances. Pour les rebelles touareg, engagés dans un processus de désarmement et de rapprochement avec Bamako, ce qui peut les placer en pole position au plan politique, il s’agit de démontrer qu’ils n’ont aucun lien avec le terrorisme et qu’ils se sont intégrés dans une voie résolument légaliste.
Alors que pour le Gspc, qui jouit, quoi qu’on en dise, de soutiens à l’intérieur du Mali, il s’agit de reconquérir les espaces perdus. De châtier un ancien allié devenu hostile.
Et de faire parler de lui. Evidemment, les objectifs et les contours de ces incursions hors de ses bases et de son territoire restent encore mal connus. En tout état de cause, l’attaque du Gspc ouvre la voie à des éventualités militaires très dangereuses. A commencer par le désarmement des rebelles maliens.
Ce désarmement sera-t-il hypothéqué suite à cette embuscade? Selon Kidal.info, les ex-rebelles considèrent que l’annonce de leur désarmement et du cantonnement de leurs forces de l’Alliance -qui devrait s’élaborer sous supervision malienne et algérienne- était faite «unilatéralement» par les autorités maliennes sans concertation avec l’Alliance, «qui voit cette annonce comme une provocation». Annonce faite après la visite, la semaine dernière, du ministre de l’Administration territoriale malien Kafougouna Koné, à Alger. Mais le processus semble grippé. «Certaines conditions posées dans l’Accord d’Alger ne sont pas remplies par les autorités maliennes», ont ajouté les sources de l’Alliance à Kidal.info.
Grâce à une médiation algérienne, le gouvernement malien et les ex-rebelles touareg ont signé, début juillet à Alger, des accords de paix, selon lesquels les Touareg ne doivent plus réclamer l’autonomie de leur région, tandis que Bamako doit accélérer le développement du Nord désertique abritant l’essentiel de la communauté targuie.
«Situation explosive» selon le quotidien malien Le Républicain, «les éléments de l’armée algérienne auraient pris position au niveau de la frontière pour, éventuellement, barrer le chemin aux éléments du Gspc» assure-t-il.
C’est dire que la situation est explosive actuellement dans le secteur. «Le Gspc étant devenu l’ennemi à abattre». Pour ce journal, le Gspc serait «pris entre le feu des insurgés de Kidal, de l’armée algérienne et étroitement surveillé par les Américains qui s’intéressent à tous leurs mouvements depuis des années. Malgré tout, le Gspc semble décidé à en découdre avec les insurgés de Kidal. Pour les salafistes, les hommes de Iyad Ag Ghaly (chef des insurgés) sont désormais à la solde des autorités algériennes».
A rappeler que le 30 juin 2005, au moins 13 islamistes armés avaient été tués par l’armée algérienne lors d’une opération à la frontière avec le Mali contre une colonne de véhicules du Gspc. Des sources sécuritaires maliennes avaient, de leur côté, indiqué à l’AFP que 10 personnes avaient été tuées dans cette opération.
Le quotidien Le Républicain note également que les ex-rebelles et le Gspc opèrent dans la même zone: «Une zone par excellence de contrebande, de trafic d’armes, de drogue et de produits de toutes sortes. Ce qui est de nature à compliquer encore davantage la ´´coexistence´´ entre les deux groupes». Le Républicain s’explique: Il est apparu que les insurgés de Kidal aient décidé de sévir contre le groupe salafiste pour des raisons évidentes de stratégie: entrer dans les bonnes grâces des Algériens. Ceux-ci, de leur côté, ne pouvaient que se réjouir de l’apport des Kidalois dans cette guerre contre les salafistes. L’axe Teghargart (base des insurgés) et Alger était tout tracé et répondait parfaitement à cet adage: «L’ennemi de mon ennemi est mon ami», ajoute Tamoust sur son site web.
Même si de l’autre côté, les autorités d’Alger continuent de «coopérer» avec les autorités maliennes en vue de l’application du pacte que le voisin a parrainé. «D’autant plus que Alger semble reprendre l’initiative dans une zone que les Libyens ont tenté d’investir à coups d’investissements et d’ouverture de services consulaires».
Tripoli a ouvert la semaine dernière un consulat à Bamako, quelques mois après la fermeture de son consulat de Kidal à la suite de l’attaque dans cette ville de deux camps militaires par les ex-rebelles touareg, a indiqué l’AFP citant des sources diplomatiques.
En fermant leur antenne de Kidal, huit mois après son ouverture, les autorités libyennes avaient déclaré à la presse malienne qu’elles ne souhaitaient pas être associées «à une opération de déstabilisation du nord du Mali».
La vaste bande saharo- sahélienne, abandonnée par les gouvernements locaux, sert de no man’s land aux trafiquants de tout bord et sous-tend une guerre pour le contrôle du trafic de drogue et d’armes. Et pourra servir aussi les objectifs américains dans leur tentative de contrôle militaire du Maghreb et de la vaste bande du Sahel.
Fayçal OUKACI
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