La France presse les voisins maghrébins de «rétablir» l’équilibre avec l’Algérie

Des avions de combat Rafale pour le Maroc financés par l’Arabie saoudite

par Mohand Aït Challal, Le Jeune Indépendant, 26 octobre 2006

La France a autorisé le constructeur français Dassault à vendre au Maroc 18 avions de combat Rafale qui seraient financés par l’Arabie saoudite, a rapporté avant-hier le Figaro, repris par la presse marocaine. Dans la foulée de son projet de se doter de missiles antichars de fabrication russe à partir de l’année prochaine, cette acquisition fera de l’armée marocaine le premier client étranger du Rafale que Dassault n’a pu placer jusque-là, a indiqué le Figaro, contrôlé par la famille Dassault.

La même source estime que cette transaction, par l’intermédiaire des Saoudiens, pourrait être une sorte de compensation après que Riyad eut préféré l’avion Eurofighter au Rafale. La probable vente au Maroc compense aussi l’échec des négociations avec la Corée du Sud, les Pays Bas et Singapour qui, selon les milieux de l’industrie de l’armement, avait bloqué la promotion de l’appareil et porté un coup sévère aux ventes miliaires françaises.

Le quotidien français ne précise pas le montant de la transaction, mais dans le milieux de l’industrie militaire, on estime à 135,7 millions d’euros le prix catalogue de l’appareil fabriqué en trois modèles de 1991 à 1993, soit quatre fois le prix d’un Mirage 2000 estimé, quant à lui, à 26,6 millions d’euros.

Le Rafale, qui vient d’être livré à l’armée française, est présenté comme le fleuron de la technologie aéronautique française et de la société Dassault Aviation. Avion polyvalent, il sert d’intercepteur tactique et également d’avion d’attaque au sol ou en mer.

Il a été conçu pour décoller depuis une piste terrestre ou du pont d’un porte-avions. Les rumeurs avaient couru en juin dernier sur l’éventualité de l’acquisition par Rabat de ce type d’appareil mais le groupe Dassault les avait alors vite démenties arguant que l’exportation du Rafale ne serait envisagée qu’après que celui-ci eut été mis en service par l’Armée de l’air française.

L’exportation d’équipements militaires français, à l’instar des autres pays membres de l’OCDE, est subordonnée à une autorisation du Premier ministre après que ses services eurent préalablement vérifié, entre autres, que la vente n’affecte pas l’équilibre régional et que le pays acheteur respecte les droits de l’homme.

Le feu vert de Paris auraient donc été facilité par le fait que l’Algérie a décidé d’acheter de la Russie 34 chasseurs MiG-29 SMT, 28 chasseurs Su-30 MKI et 14 avions d’entraînement et de combat Yak-130 (pour un total de 3,5 milliards de dollars).

L’Algérie s’est engagée dans un processus de modernisation de son armée, mais le Maroc, qui fait face à un déficit budgétaire sans précédent suite à la forte hausse des prix des hydrocarbures, a vu d’un mauvais œil les efforts de modernisation de l’armée de son voisin.

Devenue un pays importateur net de pétrole, le Maroc a trouvé chez l’Arabie saoudite un fournisseur régulier de brute à des prix préférentiels. Rabat ne s’est toutefois pas contenté des Rafales pour revendiquer un équilibre régional, il envisage aussi d’acquérir des missiles antichars russes, une première dans les relations entre Rabat et Moscou étant donné que le royaume alaouite s’approvisionne traditionnellement principalement de la France et des Etats-Unis.

Lors de la visite de président russe Vladmir Poutine en septembre dernier à Rabat, la Russie avait annoncé qu’elle était disposée à livrer au Maroc des lance-missiles portables Kornet et Toungouska. Au début des années 2000, plusieurs contrats ont été signés entre les deux pays, portant sur la livraison de missiles antichars Fagot et Kornet d’un montant de plusieurs dizaines de millions de dollars.

En 2005, les deux pays avaient aussi conclu un contrat portant sur la fourniture de six véhicules de défense antiaérienne de type Tunguska, équipés de canons et de missiles pour un montant de 100 millions de dollars. Pour les observateurs, l’acquisition de ce genre de missiles intervient comme une réponse à l’achat par l’Algérie de chars russes T72 et T90.

Par ailleurs, la Libye, réceptive elle aussi aux arguments des VRP français basés sur le déséquilibre régional par rapport à l’Algérie, serait aussi intéressée par l’acquisition des avions Rafale et d’hélicoptères Tigre. Un accord devrait intervenir à l’occasion d’une visite en France du chef d’Etat libyen Mouammar El-Gueddafi, prévue avant la fin du mandat du président Chirac.

Les ambitions marocaine et libyenne confirment, désormais, les prévisions avancées par des experts en matière d’armement. En 2004, la société américaine Forecast International, spécialisée en projection militaire et de défense, avait souligné que jusqu’à 2008, les pays du Maghreb, notamment l’Algérie, le Maroc et la Libye, mobiliseront les plus gros budgets d’armement d’Afrique.

Selon Forecast International, une institution privée dont le siège est à Newton dans le Connecticut (Etats-Unis) et qui se présente comme une agence de consulting et de marketing en matière de défense et d’armement, l’Algérie et le Maroc devraient poursuivre leurs efforts d’armement lors des quatre prochaines années.

A Alger, aucune voix officielle ne s’est, à ce jour, exprimée sur le geste de Paris où celui de Riyad, deux capitales qui se présentent traditionnellement comme «amis» de l’Algérie. M. K.


   
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