L’Algérie et le Maroc consacrent d’importants budgets pour leur équipement militaire

Course à l’armement au Maghreb

par Aït-Chaâlal Mouloud , Le Jeune Indépendant, 10 février 2004

En Algérie comme au Maroc, les prochaines années seront consacrées à la course aux armements. C’est ce que prévoit un rapport, publié par la société Forecast International spécialisée en prospective militaire et de défense. Les deux pays consacrent les plus gros budgets d’armement en Afrique aux côtés de la Libye qui s’était livrée à un développement de programme d’armements nucléaires avant d’y renoncer tout récemment.

Cette course est à même de révéler, à l’avenir, l’étendue de l’équilibre de chacun sur le plan géo-stratégique au Maghreb et en Méditerranée. Selon le rapport de Forecast International, une institution privée dont le siège est à Newton dans le Connecticut (Etats-Unis) et qui se présente comme une agence de consulting et de marketing en matière de défense et d’armement, l’Algérie et le Maroc vont poursuivre leurs efforts d’armement pour les quatre prochaines années.

Toutefois, l’Algérie qui s’est lancée dès 1999 dans une longue et fastidieuse opération de modernisation de son armée, déboursera plus que son voisin marocain. Selon le même document, l’Algérie dépensera plus de 2,3 milliards de dollars annuellement à l’horizon 2007 pour ses achats d’équipements militaires.

En 2003, elle aurait dépensé 2,14 milliards de dollars. En comparaison, le Maroc aura à dépenser 1,4 milliard de dollars d’ici à 2007. En 2003, le Maroc a consacré 1,3 milliard de dollars à l’achat d’armements. Pour 2004, la loi de finances a consacré un crédit de fonctionnement pour le ministère de la Défense nationale de près de 202 milliards de dinars, soit 2,8 milliards de dollars.

Le budget du MDN a ainsi dépassé celui de l’éducation nationale avec 186,6 milliards de dinars. L’Algérie, dont l’essentiel de l’armement était issu de l’ex-Union soviétique, s’est vue contrainte après le démembrement de ce pays et la crise financière qui a frappé de plein fouet son industrie militaire, à solliciter d’autres fabricants, des plus connus, comme les Etats-Unis, ou moins connus, comme l’Inde.

Mais ses ambitions n’ont pu voir le jour qu’après la levée du blocus que lui ont imposé de nombreux pays au fort du terrorisme. Il a fallu attendre les quatre dernières années pour voir le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Mohamed Lamari, sillonnant librement les quatre continents dans l’espoir de tisser de nouveaux liens de partenariat militaire avec de nouveaux fournisseurs.

L’euphorie financière que connaît le pays depuis les trois dernières années a favorisé davantage cette perspective. Considérée comme le 7e client des Etats-Unis dans le tiers-monde et le 2e dans le monde arabe, l’Algérie a sollicité également l’Afrique du Sud, l’Inde, la Grande-Bretagne, la France, la Tchécoslovaquie et surtout la Russie.

Signe de cette diversification, l’Algérie a acquis pour près de 700 millions de dollars d’équipements des Etats-Unis, l’an dernier, et pour 500 millions deux ans auparavant, selon la commission de défense du Congrès américain. Mais les plus gros contrats ont été conclus avec la Russie.

Les deux pays sont liés par une série de contrats de livraisons d’armes d’un montant de 2,5 milliards de dollars dans le cadre de l’accord de partenariat stratégique conclu il y a trois ans à Moscou entre les présidents Vladimir Poutine et Abdelaziz Bouteflika.

Ces contrats portaient sur des livraisons d’avions de combat (Sukhoy-24), des systèmes de défense aérienne, des équipements militaires pour l’armée de terre et la marine. Le Maroc, qui a tout le temps les yeux rivés sur les aspirations militaires de son voisin algérien, avait vu, par presse interposée, d’un mauvais œil l’acquisition par l’armée d’un certain type d’armement qu’il soupçonnait pouvant être dirigé contre lui.

Le Maroc, doté d’une armée régulière mais d’un armement modeste, a davantage renforcé ses dernières années sa coopération militaire avec les Etats-Unis et la France, ses principaux fournisseurs. Le royaume avait également profité de la liquidation d’un stock d’armes ukrainien payé grâce à l’apport d’un groupe de télécommunications français.

Toutefois, le rapprochement de l’Algérie avec l’Otan et la coopération algéro-américaine dans la lutte contre le terrorisme international a fait d’elle, aux yeux de nombreux observateurs, un partenaire de taille des puissances occidentales en Méditerranée.

Les responsables militaires et politiques américains avaient, à plusieurs reprises, soutenu que l’Algérie est un partenaire incontournable pour la stabilité en Méditerranée et la région subsaharienne. Des professions de foi indicatrices du poids militaire de l’Algérie dans la région du Maghreb, voire en Afrique du Nord dans les années à venir.

A.-C. M.

 

 
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