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L’Algérie
dans le collimateur de Washington ?
El Watan, 19 avril
2003
On commence à
s’interroger à Washington sur «le potentiel»
nucléaire algérien. Henry Sokolski, directeur de Non Proliferation
Policy Education Center (NPEC), croit savoir, dans un article publié
en mars dernier par The Weekly Standard, que l’Algérie a
l’intention de fabriquer des armes nucléaires. Sous le titre
«Two, three, many North Koreas» (deux, trois, plusieurs Corées
du Nord), Henry Sokolski a rappelé que depuis dix ans, l’Algérie
a mis en marche un second réacteur nucléaire.
«Ceci suscite
la crainte de certains experts à cause de la taille de ce réacteur,
de la large défense aérienne dont il bénéficie
et du fait qu’il soit sous des constructions couvertes», relève-t-il.
«Que va faire l’Algérie ou son voisin la Libye, qui
auparavant a tenté d’acheter des armes nucléaires,
si l’un ou l’autre aura une bombe ?», s’est interrogé
Henry Sokolski dans The Weekly Standard.
Propriété de Rupert Murdoch, magnat de la presse australo-américain,
réputé proche de l’Administration Bush (sa chaîne
Fox News a largement contribué à la propagande dans la guerre
contre l’Irak),The Weekly Standard a la réputation d’être
un influent relais des néo-conservateurs républicains. Son
directeur, William Kristol, qui vient de consigner un ouvrage avec Lawrence
Kaplan, The war over Iraq : Saddam's tyranny and America's mission (La
guerre en Irak : la tyrannie de Saddam et la mission de l’Amérique),
est un des théoriciens des néo-conservateurs qui souvent
ont été critiques à l’égard des accords
sur le désarmement nucléaire auxquels ont adhéré
les USA. Kristol est adepte de «la guerre préventive»
autant que Paul Wolfowitz, secrétaire adjoint à la Défense,
Richard Perle, influent conseiller au Pentagone, ou, encore, Elliot Abrams,
conseiller à la politique moyen-orientale de l’Administration
Bush. L’écrit-avertissement de Henry Sokolski est à
prendre au sérieux pour au moins deux raisons. Primo : Henry Sokolski
est un homme écouté à Washington pour être
un spécialiste de la question de la non-prolifération des
armes nucléaires. Ancien conseiller politique à l’Administration
Bush père, Sokolski a travaillé au Pentagone et à
la CIA. Il est l’un des penseurs de la célèbre The
Heritage Fondation où se regroupe le gros des néo-conservateurs
républicains qui font actuellement la décision stratégique
à Washington. Deuzio : The NPEC est un organisme consultatif relevant
du Conseil de la politique étrangère américain (American
Foreign Policy Council). Conseil, en étroite collaboration avec
le Département d’Etat, participe depuis 1982 à l’élaboration
de la politique extérieure des Etats-Unis. Dans The National Review,
autre relais des néo-conservateurs américains, Henry Sokolski,
qui vient de publier un ouvrage intitulé America's Campaign Against
Strategic Weapons Proliferation (La campagne de l’Amérique
contre la prolifération des armes stratégiques), a plaidé
pour «la nécessité» de stopper le programme
nucléaire de la Corée du Nord. Dans ses analyses, il évoque
également l’Iran, la Syrie, le Pakistan, l’Arabie Saoudite
et l’Algérie. Certains de ces pays sont «bien»
placés dans «l’axe du Mal» évoqué
par Bush depuis septembre 2001. L’Algérie figure en bonne
place dans World Special Weapons Guide (guide mondial des armes spéciales)
établi par les stratèges de la sécurité à
Washington. Ce guide est, en fait, une autre appellation de la liste qui
potentiellement peuvent fabriquer les armes nucléaires. Y figurent
également : l’Argentine, la Chine, l’Egypte, l’Iran,
la Libye, le Japon, l’Arabie Saoudite, la Syrie, l’Irak, l’Inde
et la France. La Chine a été, lors d’un débat
au Congrès US en 1993, accusée d’avoir aidé
l’Algérie dans «son programme nucléaire».
Le Washington Times est allé jusqu’à croire qu’il
s’agissait d’«un programme d’armement nucléaire».
Une enquête de la CIA avait conclu à l’éventuelle
utilisation militaire du réacteur d’Aïn Oussara (160
km au sud d’Alger). Inauguré en 1993, le réacteur
Es Salam (la paix) d’Aïn Oussara est d’une puissance
de 15 mégawatts. La Chine, qui est considérée par
les faucons de la Maison-Blanche comme «un péril» à
gérer autant que l’Inde, a toujours été mise
à l’index dans sa coopération militaire avec des pays
comme la Syrie, le Pakistan et l’Iran. A Washington, on semble examiner
de près un rapport-avertissement, établi en août 1998,
par les services secrets espagnols sur «le potentiel nucléaire»
algérien. Des extraits de ce rapport avaient été
publiés par le quotidien madrilène El Païs. Il y était
écrit que dans deux ans (c’est-à-dire en 2000), l’Algérie
aura des installations pour produire du plutonium de type militaire, «élément
clef de la bombe atomique». «Le programme nucléaire
algérien est, à l’origine, conçu avec un but
militaire clair», y était-il relevé. Le porte-parole
du ministère des Affaires étrangères algérien
avait réagi à cela expliquant que le programme nucléaire
algérien «est destiné à l’utilisation
de ce type d’énergie à des fins politiques».
En 2000, l’Algérie a adhéré au Traité
d’interdiction complète des essais nucléaires. Abderrahmane
Kadri, commissaire à l’époque à l’Energie
atomique, avait déclaré, lors d’une conférence
à Vienne, que l’Algérie était disposée
à coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie
atomique (AIEA). Il avait dit que l’Algérie était
préoccupée par le fait qu’«Israël refuse
toujours de souscrire au traité de non-prolifération des
armes nucléaires». Israël est le seul pays du Moyen-Orient
à n’avoir pas adhéré à ce traité.
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