Alger dotée de 400 caméras de surveillance

Les citoyens demeurent sceptiques

El Watan, 29 septembre 2010

Le système de télésurveillance a été tellement renforcé que certains citoyens avouent qu'ils sont agacés à l'idée d'être tout le temps surveillés. Des craintes sont exprimées quant à l'usage qui est fait des vidéos enregistrées.

Les caméras de surveillance sont de plus en plus visibles dans les quartiers et les grands boulevards de la capitale. Si de prime abord, les citoyens approuvent cette initiative, la multiplication des caméras a suscité de nombreux questionnements.
Le système de télésurveillance est, certes, l'un des moyens les plus efficaces pour lutter contre les différentes formes de violence. «Le projet n'est pas un gaspillage pour l'Etat», a estimé un habitant d'Alger. Toutefois, les citoyens se demandent quel est l'apport de ce système de télésurveillance, si la présence des agents de police ne dissuade pas les agresseurs qui réussissent souvent à accomplir leur ignoble besogne et à semer la peur dans les différents quartiers de la capitale.

Certains quartiers d'Alger sont classés comme zones à haut risque. Même les agents de police évitent de s'y introduire. A cet effet, les caméras de surveillance peuvent-elles rétablir la sécurité dans les grandes villes ?
Certaines caméras sont fixées sur les édifices, d'autres sur les pylônes implantés spécialement. Le système de télésurveillance est tellement renforcé que certains citoyens avouent qu'ils sont agacés par l'idée d'être tout le temps surveillés, tout en reconnaissant que le bon usage de ces caméras pourrait instaurer la sérénité perdue depuis des années dans nos villes. «Les caméras de surveillance, c’est une bonne chose. Elle permet de réduire le taux de violence dans les quartiers», a optimisé une jeune vendeuse rencontrée au niveau de la rue Hassiba Ben Bouali.

Mais les questions qui préoccupent des personnes rencontrées sont relatives aux libertés individuelles, manifestant ainsi une certaine crainte quant au sort des vidéos enregistrées. Certains citoyens approchés, particulièrement les femmes, semblent gênés du fait qu'ils sont surveillés. «A chaque fois que je vois une caméra, je change de destination», a reconnu Karima, une jeune vendeuse qui ignore quelle est l'institution qui chapeaute l'opération de surveillance. «Si ces caméras sont fixées en face des maisons, surtout si elle sont placées en face des fenêtres et des balcons, je pense que c'est normal que les habitants soient gênés. Cela relève de l'intimité des personnes», a estimé une mère de famille.

D'autres citoyens, en revanche, sont sceptiques quant à l'efficacité de ces caméras dans la lutte contre le phénomène de la violence. «Dans certains cas, des vols ont été commis au vu et au su des agents de police, sans qu'ils daignent intervenir», a protesté une jeune fille rencontrée à Alger-Centre. Cette dernière déplore l'indifférence de certains et la complicité d’autres, y compris quelques agents de police qui, selon ses dires, n'interviennent pas au moment opportun.«Cela m'étonnerait que ces caméras puissent réduire le phénomène de la violence enracinée depuis des années dans les grandes villes, notamment à Alger», se doute notre interlocutrice.

Un commerçant qui tient une échoppe à Alger-Centre est revenu sur l'état psychique des agresseurs, qu'il juge difficiles à maîtriser. «La quasi-totalité des agresseurs sont des consommateurs de drogue. Quand ils décident de voler et d'agresser quelqu'un, ni les agents de police encore moins les caméras ne peuvent les retenir. Les stupéfiants les rendent presque inconscients», a-t-il assuré, insistant sur le fait que la violence a atteint son apogée dans la capitale. «Ce système a été adopté depuis quelques années, mais il n'a pas donné de résultats probants sur le terrain. Je ne sais pas si ces caméras ne sont pas opérationnelles ou bien le problème se situe à un autre niveau», se demande le boutiquier.

Un autre commerçant tenant un magasin de matériel informatique sur la rue Hassiba Ben Bouali trouve l'idée très subtile. Toutefois, «les résultats ne sont pas certains», s'est-il douté, appuyant sa suspicion par les scènes de violence quotidiennes caractérisant les grandes villes. «Les caméras peuvent réduire les agressions. Mais cela dépend des décideurs et de l'usage qu'ils réservent aux vidéos», a-t-il souligné.

De l'avis de certains, à part l'identification des malfaiteurs, le renforcement du système de télésurveillance mis en place depuis quelques années ne peut aucunement faire reculer le phénomène de la violence. «Des magasins attaqués, des personnes agressées et délestées de leurs biens en plein jour. Le phénomène est plus grave qu'on l'imagine. Les agresseurs sévissent même dans les quartiers où ces caméras sont déjà placées», a témoigné un commerçant qui souhaite tout de même que les 400 caméras dont est dotée la capitale puissent contribuer à diminuer l'impact de ce fléau auquel les citoyens sont tellement habitués qu'ils ne se plaignent plus.

«La violence est ancrée dans notre société. Le citoyen doit prendre ses précautions, notamment les commerçants», a averti un débitant dont la boutique est implantée à Alger-Centre. Ce commerçant, qui semble désespéré de la situation sécuritaire dont l'impact est très visible sur l'activité commerciale, a déclaré que la plupart des commerçants baissent le rideau à 19h. «Lors des grands événements, tels que la manifestation culturelle : Alger capitale de la culture arabe, les responsables de l'APC de Sidi M'hamed m'avaient demandé d'ouvrir jusqu'à une heure tardive, mais dès que j'avais soulevé le problème de la sécurité et du transport, ils ont avoué que la situation les dépassait», a relaté ce commerçant, insistant sur le fait que l'activité commerciale pendant la nuit n'est pas du tout rentable en ce sens que la peur causée par la décennie noire pèse toujours sur le rythme de vie des Algériens.

Djedjiga Rahmani

 
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