Positionnement géopolitique de l’Algérie et choix de fournisseurs en armements

Pas d’avions Rafale… pour le court terme

par Youcef Brahimi , Le Jeune Indépendant, 2 septembre 2004
Aucun achat d’avion de chasse français, le Rafale, n’a été conclu entre l’Algérie et la France, et le sujet n’est pas à l’ordre du jour, a indiqué la firme Dassault au Jeune Indépendant. La direction des relations extérieures et de la communication de Dassault qui fabrique le Rafale, questionnée par le Jeune Indépendant, a indiqué que «le sujet n’est pas à l’ordre du jour».

Priée de commenter l’information publiée par le quotidien le Monde en date du 17 août et qui indiquait que la coopération entre l’Algérie et la France pourrait notamment englober l’achat par l’Algérie d’avions Rafale, la même source a déclaré que «les informations qui paraissent dans la presse ne sont pas toujours pertinentes».

L’article en question, rédigé avant le déjeuner entre Chirac et Bouteflika, le 16 août, insuffisamment sourcé, lie le départ du général Lamari de l’état-major de l’ANP avec la disposition de levée totale de l’embargo français sur la vente d’armes en direction de l’Algérie.

Le raccourci utilisé indique que la source du quotidien français avait du mal à trouver une explication vendable sur le retard mis par la France pour la levée de l’embargo. Il se peut maintenant que les deux chefs d’Etat aient effectivement évoqué la coopération militaire, mais la censure de l’information, révélée par Libération en date du 27 août, opérée par l’autre quotidien français le Figaro, contrôlé depuis peu par la famille Dassault, laisse à penser que, de l’autre coté de la Méditerranée, on a changé de cap sans pour autant porter atteinte à l’équilibre régional.

En effet trois conditions sont posées par la France pour vendre son armement à un pays hors Union européenne. Que le pays importateur respecte les droits de l’homme, que l’Etat français ne soit pas lésé dans la transaction (cas des frégates vendues à Taïwan) et enfin que la vente ne soit pas un facteur de déséquilibre régional.

L’Algérie qui engrange des recettes extérieures exceptionnelles (entre 28 et 30 milliards de dollars) pour 2004 remplit donc les trois critères, et la crise de l’industrie mondiale de l’armement aidant, elle devient un marché non négligeable qu’il faut coûte que coûte gagner.

C’est probablement sous cet angle qu’il faut analyser la fuite organisée dont a bénéficié le Monde le 16 août, autour du déjeuner au fort de Brégançon (Var) entre les chefs d’Etat des deux pays. La France qui, dixit M. Chirac, place «sa relation avec le Maghreb comme une priorité politique et stratégique de son action extérieure», ne souhaite pas paraître pencher pour l’un des trois pays piliers du Maghreb, et prend le soin de placer son offre en direction d’Alger, sans toutefois donner l’impression d’être pressée, dans le très attendu traité d’amitié que devront conclure les deux pays en 2005.

L’Algérie qui a entamé depuis quatre ans un ambitieux programme de modernisation de ses équipements militaires en optant notamment pour ses fournisseurs traditionnels de l’ex-bloc soviétique devra peut-être faire de nouveaux choix.

Une éventualité que ne semblent pas pour l’instant écarter nos militaires, ravis d’avoir enfin une panoplie de choix parmi les majors de l’industrie mondiale de l’armement. Y. B.

 

 
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