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PRISE
EN CHARGE DES VICTIMES DU TERRORISME
Elles
seront alignées sur les chouhada et les moudjahidine
L'Expression,
26 juillet 2004
La proposition de
loi, qui a toutes les chances de passer comme une lettre à la poste, jouit du soutien de l’alliance présidentielle.
Les victimes du terrorisme, au rythme où vont les choses, disposeront
bientôt de droits littéralement alignés sur ceux
des martyrs de la glorieuse guerre de libération nationale. C’est
ce qui ressort d’une sommaire lecture d’un texte abondant
dans ce sens, et qui ne pouvait émaner que d’un parti comme
le Rnd, dont les fondements mêmes étaient basés, à sa
naissance, sur la lutte antiterroriste ainsi qu’une plus grande
considération en direction de tous ceux qui ont pris des risques
et mené le combat jusqu’au bout.
C’est sur initiative de Mme Fatma-Zohra Flici, députée
et membre du conseil national du Rnd, qu’une proposition de loi
a été déposée sur le bureau du gouvernement
après avoir recueilli le nombre de signatures requis par le règlement
régissant les relations entre le Parlement et le gouvernement.
L’exposé des motifs donne le ton en mettant en avant la
nécessité que la République «reste debout» et
qu’elle demeure fidèle «à ceux qui ont donné le
meilleur d’eux-mêmes pour cette cause». Le droit de
mémoire, ainsi que la reconnaissance édictent les grandes
lignes de cette loi que des députés du Rnd, prêts à la
défendre bec et ongles dès la rentrée sociale, qualifient
de «révolutionnaire». Sur la lancée, les auteurs
de ce texte veulent faire d’une pierre deux coups en procédant
de sorte que personne n’oublie à quel point le terrorisme
peut causer des saccages à une société, tout en
prenant en charge de la manière la plus conséquente qui
soit les victimes de ce fléau.
Les personnes qui sont mortes du fait du terrorisme jouiront ainsi du
statut de martyr, (chahid), au même titre que ceux qui sont tombés
au Champ d’honneur durant la guerre de Libération nationale.
A ce titre, précise l’article 5, ces martyrs jouiront des
mêmes considérations et leurs ayants droit des mêmes
avantages prévus dans les lois et circulaires en vigueur. La prise
en charge de leurs proches et ayants droit, stipule l’article 4
de cette proposition de loi, «est un devoir qui pèse sur
la société ainsi que les représentants des pouvoirs
publics».
Le même article, dans son second alinéa, définit
les catégories de personnes concernées par cette loi. Il
s’agit, lit-on, des personnes atteintes d’invalidité à cause
des actes terroristes, des femmes violées, et de ceux qui ont
perdu un proche quelconque. La loi, une fois dépassés les
principes généraux, se subdivise en plusieurs chapitres,
chacun traitant à part chacun des cas cités plus haut.
Des pensions supérieures à 24.000
dinars
Ainsi, est considéré comme chahid, au même titre
que ceux de la guerre de Libération nationale, toute personne
ayant été assassinés, torturés à mort,
ou enlevée par des groupes terroristes. Il sera « glorifié » lors
des occasions solennelles alors que les principes pour lesquels il a
donné sa vie seront enseignés dans les écoles, comme
la charte du Premier Novembre.
Les victimes, elles, ont été blessées ou ont subi
des pertes matérielles dues à des actes terroristes. La
violence intégristes, qui n’épargnait pas les infrastructures,
a causé des pertes, privées et publiques, estimées à plusieurs
centaines de milliards de dinars.
Les invalides, eux, subiront des visites médicales afin de déterminer
le pourcentage de leur invalidité, comme cela a été fait
pour les anciens moudjahidine au lendemain de l’indépendance.
Les invalides, classés en «grand invalide», «grand
invalide atteint d’un handicap permanent» et «grand
invalide nécessitant une assistance permanente», devront
passer par des commissions médicales spéciales qui seront
mises en place à cet effet.
Des pensions seront, de la sorte, versées aux veuves, enfants
en bas âge ainsi qu’aux invalides. Les sommes d’argent,
qui seront sans doute définies dans des décrets exécutifs
une fois que la loi sera adoptée, seraient équivalentes à ce
que touchent les anciens moudjahidine, les veuves de chahid ainsi que
les invalides de guerre.
Il jouiront également de nombreux autres avantages, comme le droit
de bénéficier en priorité de prêts bancaires
afin de monter leurs propres affaires. Là encore, la loi n’innove
pas puisque les moudjahidine avaient bénéficié des
mêmes facilités dès les premiers mois de l’indépendance
nationale.
Pour ce qui est des femmes violées, dont le cas est traité dans
un chapitre à part, «l’Etat leur doit une assistance
tant morale que matérielle». A ce titre, prévoit
l’article 16, «une pension spéciale sera instituée à cet
effet». L’article suivant, pour sa part, indique la mise
en place de «centres spécialisés dans la prise en
charge psychologique pour ces femmes» dont le choc et le regard
de la société ne peuvent s’estomper du jour au lendemain.
Les articles suivants, qui poussent loin les détails, s’intéressent
aux pensions dont devrait s’acquitter le Trésor public par
le biais des différentes caisses sociales que compte le pays.
Un ministère peut même être envisagé à moyen
terme, comme cela a été le cas pour les moudjahidine. L’idée,
nous dit-on, fait son petit bonhomme de chemin depuis qu’Ahmed
Ouyahia est revenu sur les devants de la scène politique, plus
fort et plus incontournable que jamais.
Les enfants des
terroristes non concernés
Dans le chapitre des pensions toujours, l’article 26 évoque
vaguement la question en indiquant qu’elles ne sauraient être
inférieures à deux fois le Snmg, ce qui représente
quand même la coquette somme de 24 000 dinars. Mieux, une révision
annuelle est prévue. Elle sera fonction de l’évolution
du pouvoir d’achat du citoyen, mais aussi du Snmg. Les enfants
des «chouhada» ainsi que les mineurs, fils des victimes,
jouiront également de la médecine gratuite. La ressemblance
avec les avantages dont ont bénéficié les moudjahidine
et fils de chouhada ne s’arrête pas là. Les personnes évoquées
dans cette proposition de loi, en effet, bénéficieront
de promotions exceptionnelles durant leur carrière professionnelle,
mais aussi d’une réduction significative dans l’âge
limite pour le départ à la retraite. La pension sera équivalente
au salaire intégral.
Cette proposition de loi, il faut le dire, ne concerne en rien les enfants
des terroristes qu’Ouyahia voulait inclure dans une même
loi, relative à la «tragédie nationale» et
qui avait soulevé, en 1997, une levée de bouclies généralisée,
y compris dans le camp réconciliateur. Des sources parlementaires,
au fait des pratiques du sérail, indiquent que «si un pareil
texte a pu recueillir le nombre de signatures requis, et atterrir dans
le bureau du gouvernement en vue d’être adopté, c’est
que la société a assez évolué et qu’elle éprouve
véritablement le besoin d’en finir avec le terrorisme et
de tourner définitivement la page, sans se montrer ingrate toutefois
envers ceux qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes
afin que soit sauvée la République».
Toujours est-il que cette loi, au même titre que celle qui concerne
la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme,
feront encore parler d’elles dès la prochaine rentrée
sociale.
Mohamed ABDOUN
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