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LE
PROCÈS
DE SERKADJI REPORTÉ
Une
victoire pour la défense
L'Expression,
01 août 2004
Les déclarations de Mebarki «ont été arrachées
sous la torture», selon la défense.
La mutinerie de Serkadji qui a défrayé la chronique en
1995 n’est pas près de connaître son épilogue.
Le procès ouvert pour la première fois en 1998 et rouvert
au courant du mois de juillet promet des révélations fracassantes. «Des
vérités seront dévoilées et des têtes
vont tomber si la liberté de la justice est respectée.»
La plaidoirie de Me Mecheri Bachir, l’avocat de Hamid Mebarki,
le principal accusé, a fini par convaincre le juge du tribunal
de Sidi M’hamed, lequel a décidé, pour la quatrième
fois, de renvoyer l’affaire à la prochaine session criminelle.
Hier, tout le monde était présent au tribunal d’Alger.
Les avocats, les membres du jury, la partie civile et bien sûr,
dans le box des accusés, le gardien de l’établissement
pénitentiaire. Près d’une cinquantaine de témoins
cités dans l’affaire ont répondu présents.
Mais cela n’a pas été suffisant pour relancer le
procès. A cette longue liste il manquait le juge d’instruction
ayant mené l’enquête, le directeur de Serkadji et
son adjoint, les prisonniers qui ont assisté à la prise
d’otages dans la nuit du 12 février, des témoins «clés» exigés
par la défense pour alléger la peine de prison à perpétuité,
prononcée en 2001 par le même tribunal contre Hamid Mebarki.
10h: Le jury accède à la salle du tribunal et commence
par appeler un par un les témoins concernés. Avant de donner
la parole à la défense. M. Mecheri Bachir monte au créneau «c’est
un simulacre de procès, une véritable poudre aux yeux.
La défense refuse de prendre part à cette mascarade» et à Mecheri
d’ajouter: «j’annonce que la défense va se retirer
si vous décidez de juger aujourd’hui cette affaire».
Il est interrompu par le juge: «Etes-vous en train de menacer la
cour?», «non, précise-t-il mais nous avons des responsabilités
devant les victimes et tout le peuple algérien». Me Mecheri,
qui n’a pas manqué de faire le parallèle entre ce
procès et celui intenté contre le président irakien
déchu, a précisé que Mebarki était libre
d’opter pour un autre collectif d’avocats «s’il
estime que cela est nécessaire». Mebarki refuse l’offre
et réitère sa confiance en Mes Boumerdassi et Mecheri.
Mebarki promet des révélations «graves». Le
procureur général intervient à son tour pour battre
en brèche les arguments de la défense. «Le report
ne servira à rien, l’affaire a été déjà jugée
et la vérité dévoilée au grand jour.» Le
procureur se réfère aux déclarations de Mebarki
et aux procès-verbaux pris au lendemain de la mutinerie. «Nous
n’avons pas besoin d’entendre d’autres témoignages
tout est dit sur cette affaire», invitant par là-même
M.Mecheri à une meilleure collaboration, et à faire plus
confiance à la justice algérienne. «Apparemment le
verdict est déjà prêt» lance M.Mecheri.
Pour la défense, les procès-verbaux n’ont aucune
crédibilité parce que les déclarations de Mebarki «ont été arrachés
sous la torture». Quant aux deux premiers procès «ils
n’ont, à notre sens, aucune crédibilité».
Mecheri explique aussi dans sa longue plaidoirie que Mebarki lui a fait
des révélations graves, des «vérités
qu’il avait cachées jusqu’ici pour protéger
des parties» sans préciser la nature ou l’identité de
ces dernières. C’est le retour donc à la case départ.
Ce qui est logique pour Me Boumerdassi qui estime que sans les témoins
sus cités, l’affaire n’aurait aucun sens. Cette dernière
nous informe aussi que les convocations ont été transmises
paradoxalement aux domiciles des prisonniers alors que la règle
aurait exigé que les télégrammes soient envoyés
au niveau des établissements pénitentiaires concernés.
10h 35: Le jury se retire pour se pencher sur la question du report.
Les témoins sont appelés à quitter la salle. Un
silence lourd pèse sur les lieux. Mebarki a l’air d’être
plutôt calme. L’homme n’a apparemment rien à perdre.
Sa mère, une septuagénaire qui n’a raté aucun
de ses procès cultive un espoir très faible. De leur côté les
familles des victimes, de moins en moins nombreuses, espèrent
que ce procès dévoilera une fois pour toutes tous les secrets
de ce massacre.
12h: Le juge annonce la décision de renvoyer l’affaire à la
prochaine session criminelle. «Ce sera probablement pour le mois
de novembre» précise la défense.
Le 21 juillet dernier, ce même juge avait averti la défense
et l’inculpé que «l’affaire passera quelles
que soient les conditions».
Toutefois, aucune explication n’a été donnée
sur les raisons de l’absence du juge d’instruction et du
directeur de la prison de Serkadji. Quel genre d’information détient
la défense qui pourrait changer le déroulement de l’affaire?
La question reste en suspens en attendant l’ouverture du procès.
A.MAMMERI et Amine GOUTALI
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