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MUTINERIE DE SERKADJI
Le procès reporté
Le Soir d'Algérie, 8 novembre 2007
Le tribunal criminel de Ruisseau a rouvert l’affaire de la mutinerie de Serkadji. Le procès en appel du dernier détenu, principal accusé, Hamid Mebarki, devait se tenir hier, mais a été reporté à la demande de la défense, qui a exigé la présence des témoins et de l’ex-directeur de la prison.
Rosa Mansouri- Alger- (Le Soir)- Douze années sont passées depuis la mutinerie survenue à la prison de Serkadji et qui a vu la mort de 96 prisonniers et 4 gardiens de prison. L’affaire n’est pas entièrement close et surtout les zones d’ombre, qui ont caractérisé les deux premiers procès liés à cette affaire, ne sont pas tout à fait éclaircies. Que s’est-il passé les 21 et 22 février 1995 dans cet établissement pénitentiaire ? Le carnage aurait pu être évité ? Qui a donné l’ordre de tirer sur les détenus, au moment où des négociations étaient en cours entre la cellule de crise installée à cet effet et les mutins ? Rencontré hier dans les couloirs du tribunal, M. Bachir Mecheri, avocat du dernier accusé de cette affaire, condamné en 2001 à perpétuité, pendant que 15 autres détenus ont été relaxés, émet des doutes quant à la tenue de ce procès, qui, dit-il, risque «de révéler des vérités cachées de cette affaire». Sans vouloir endosser la responsabilité à une telle partie ou une autre, l’avocat porte son attention sur les détails des faits révélés par les témoins de ce carnage, notamment sur l’interruption des négociations par la cellule de crise installée par la direction de la prison et à laquelle siégeaient des personnalités du gouvernement et de la Défense nationale. Ayant bénéficié de la charte pour la paix et la réconciliation nationale en mars 2006, Abdelhak Layada, fondateur du GIA était présent hier au tribunal criminel. Son nom n’a pas été cité parmi les témoins, quoiqu’il était, avec le numéro 3 de l’ex- Fis, Abdelkader Hachani, assassiné en 1999, l’un des deux médiateurs entre les mutins et la cellule de crise. Après plusieurs heures de négociations, rapportent encore des témoins de cette affaire, les médiateurs sont revenus avec une proposition de négociation exprimée par les détenus révoltés. Celle-ci a été rejetée et l’ordre de tirer sur eux a été donné. «Si nous demandons aujourd’hui la présence de l’ex-directeur de la prison, c’est aussi pour résoudre cette énigme », a souligné maître Mecheri. Les mutins ont, en effet, demandé la présence de trois avocats, Bachir Mecheri, Ali Yahia Abdenour et Mustapha Bouchachi afin de préserver les droits des détenus dans le cadre de ces négociations. Une proposition aussi rejetée par la cellule de crise. Collant des faits, parfois contradictoires et flous, contenus dans le rapport de la commission d’enquête sur les événements de Serkadji, maître Mecheri a laissé entendre que «la tragédie aurait pu être évitée et la vie des détenus épargnée ». Mais la justice obligera-t-elle les membres de la cellule de crise à venir témoigner devant la cour, et les témoins maintiendront-ils leur version des faits, telle que rapportée par les avocats et dans l’arrêt de renvoi de l’affaire ?
R. M.
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