Toufik et Lamari, vous aussi vous savez


Par Mohamed Benchicou, Le Matin, 27 mars 2004

Les généraux Lamari et Toufik sont donc avertis : l'affaire de l'assassinat des moines de Tibhirine va devenir leur nouveau réquisitoire parisien et ils ne doivent surtout pas compter sur Abdelaziz Bouteflika pour prendre leur défense. Pire, le Président-candidat compte bien se servir de cet épisode tragique pour faire chanter les généraux : un second mandat en échange de l'impunité. En déclarant hier soir sur LCI, à propos de ce drame, que « toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire », le Président-candidat s'est rangé du côté de ceux qui pointent leur doigt vers l'ANP, suggérant ouvertement que les sept religieux ont sans doute été tués par des militaires algériens et non par le GIA qui a pourtant revendiqué le massacre. Désormais, et c'est le cas de le dire, la messe est dite : Bouteflika est dans le camp du « Qui tue qui ? » De la part d'un Président chef des armées, c'est veule, mesquin et antinational. Mais ça, les généraux Toufik et Lamari le savaient eux qui ont tablé en 1999 sur la veulerie du personnage pour les protéger contre les ONG jusqu'à ce qu'ils réalisent que
cette veulerie-là, la veulerie de Bouteflika, d'un homme qui n'aurait terminé qu'en serviteur du système s'ils n'en avaient fait, eux les généraux, un personnage doté d'attributs de pouvoir.
Que faire devant tant d'ignominie ? Libres aux chefs de l'Armée, convertis à le pruderie politique, de se déclarer neutres quand l'héritière de l'ALN est vouée aux gémonies. Mais quel Algérien, en dehors des courtisans grotesques qui font la légende du système khobzizte algérien, quel Algérien accepterait de voir leur Président, dans une pathétique posture pétainiste, marchander la dignité de l'Armée algérienne dans une chaîne de télévision étrangère ? Qu'est-ce donc la pensée harkie si ce n'est celle qu'a exprimée hier sur LCI le Président-candidat Abdelaziz Bouteflika ? Disculper les tueurs intégristes pour accabler les soldats de l'ANP, personne n'a jamais rien fait de mieux depuis les Bengana et Bachagha Boualem. Si, à Dieu ne plaise, il indiffère à Toufik et Lamari que l'Algérie, dans un second mandat de la honte, soit dirigée par un Bachagha Boualem, qu'ils sachent qu'un pays entier est resté debout, déterminé à défendre l'honneur d'une patrie et de son armée contre de misérables créatures politiques troquant leur carrière contre nos passés.
Toufik et Lamari, maintenant, vous aussi, vous savez.
M. B.

 

   
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