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SPECULATIONS SUR LE SUICIDE D’UN REPORTER
Didier
Contant avait récemment travaillé sur l’affaire
des moines de Tibéhirine en Algérie.
Par
José Garçon, Libération, 27 février 2004 Dix jours après la mort du journaliste-photographe Didier Contant,
la brigade criminelle et le parquet de Paris n’ont guère
de doute : l’ancien rédacteur en chef de l’agence
Gamma s’est « suicidé en sautant du sixième étage » d’un
immeuble parisien. Dans la nuit du 15 au 16 février, cet homme
de 43 ans, travaillant en indépendant, est dans l’appartement
d’une amie quand, sous les yeux de celle-ci, il saute par la fenêtre
et tombe sur le balcon inférieur. « Le voisin, qui tente
de le récupérer, n’a que le temps de le voir ressauter
et s’écraser dans la cour », précise-t- on à la
brigade criminelle.
Trois personnes sont témoins de ce suicide : son amie, le voisin
et un homme qui, de la rue, a assisté au drame. « Personne
ne l’a assassiné, personne n’a brûlé ses
dossiers, aucun de ses confrères ne l’a poussé. C’est
une crise subite », ajoute-t-on à la brigade criminelle
où on examine ses dossiers et le disque dur de son ordinateur.
Même tonalité au parquet de Paris, où on se fonde
sur le témoignage de son amie : « Il allait mal, il ne pétait
pas le feu. » Et la brigade criminelle de noter que cette affaire « prend
des proportions absurdes ».
«
Coups ». Dès le lendemain du suicide du journaliste, la
presse privée algérienne s’en est en effet saisie.
Mettant en avant le fait que Contant « se sentait épié,
traqué », elle lie ce drame à l’affaire des
moines de Tibéhirine assassinés en 1996 en Algérie.
Car, le 27 décembre, Didier Contant, un spécialiste des « coups » ayant
de bons contacts dans les milieux de la police et du renseignement, avait
publié dans le Figaro Magazine un article réaffirmant à partir
du témoignage du jardinier du monastère la thèse
officielle d’Alger sur la mort des moines : assassinés par
les GIA (Groupes islamistes armés).
Deux semaines avant tout juste, une plainte contre X pour « enlèvement » et « assassinat » avait,
pour la première fois, été déposée à Paris
par la famille de l’un des religieux tués. « Trop
de questions sont restées sans réponse. Les récentes
révélations nous ont convaincus qu’il y avait quelque
chose à tenter pour connaître enfin la vérité »,
affirme alors l’avocat de la famille et ancien président
de la Fédération internationale des ligues des droits de
l’homme, Patrick Baudouin. Au début des années 2000,
des militaires et des officiers algériens avaient en effet révélé l’existence
de liens étroits entre les GIA et les services secrets d’Alger.
Mais, en 2002, Abdelkader Tigha, un cadre en fuite de ces services affirme
que le rapt est l’oeuvre de deux « infiltrés » de
la Sécurité militaire dans les GIA (Libération du
23 décembre 2002).
Ces révélations, mais surtout la plainte de la famille,
ne peuvent que réveiller la peur des généraux d’Alger
de devoir un jour rendre des comptes sur les exactions de la « sale
guerre ». A Blida, où elle réside, la femme de Tigha
commence à subir pressions et menaces. La venue d’un « journaliste
français se réclamant du Figaro Magazine, Didier Contant » accompagné d’un
journaliste algérien la fait paniquer. Selon Algeria Watch, un
site de défense de droits de l’homme, ils lui disent enquêter
sur l’affaire des moines. Mais lui posent surtout des questions
sur « l’implication de son mari dans un trafic de drogue
et de voitures ».
Accusations. Mis au courant, Jean-Baptiste Rivoire, un journaliste de
Canal +, contacte le Figaro-Magazine qui, cette fois, n’a pas mandaté Didier
Contant. « Poussé au suicide à la suite des fortes
pressions de ses détracteurs », accusent l’Expression,
El Watan et le Matin au lendemain de son suicide en citant Rivoire et
Patrick Baudouin. Canal + va porter plainte contre ces trois quotidiens.
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