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TÉMOIGNAGE DE BUCHWALTER SUR L’ASSASSINAT DES MOINES DE TIBHIRINE
Solde de comptes entre services français ?
Le Soir d'Algérie, 18 juillet 2009
Ceux, le général Buchwalter et ses égéries tapies dans l’ombre parisienne, qui ont reformulé, treize années après, l’interrogation autour de l’assassinat des moines de Tibhirine, se sont englués dans la nasse dans laquelle ils ont voulu prendre l’armée algérienne. La tentative leur a été plus que dommageable. Mais pourquoi ont-ils tenté le diable ?
Sofiane Aït-Iflis - Alger (Le Soir) - Dans cette affaire, il serait pour le moins léger que de conclure à la seule sénilité d’un général à la retraite. Ayant officié en tant qu’attaché de défense à l’ambassade de France à Alger au moment des faits, Buchwalter restait le seul et le plus à même de prétendre à valider une autre version sur l’assassinat des moines de Tibhirine impliquant l’armée algérienne. Déposant devant le juge Trévidic, il était, à n’en point douter, dans ce rôle. Sauf qu’il joua piètrement, au point de ne produire, au bout de la déposition, qu’un babillage tout juste bon à servir de passe-temps aux mégères. Du coup, indubitablement, ce sont tous les attendus de son témoignage qui partirent à vau-l’eau. La campagne pour le «qui-tue-qui ?» ne s’est pas relancée. Après quelques ratées, la machine est retombée en panne. Le général Buchwalter ne semble avoir eu le souci de produire une version vendable sur l’assassinat des moines de Tibhirine. D’ailleurs les experts militaires, algériens comme français, ont ri de ses affabulations à propos d’hélicoptères qui mitraillèrent un bivouac, touchant les 7 religieux au niveau de tout le corps sauf à la tête. De là apparaît que Buchwalter a eu pour rôle de seulement produire une thèse et que d’autres se chargeraient de la doter des prolongements à même de servir leurs desseins inavoués. On le comprend aisément maintenant qu’on sait que c’est l’avocat de la partie civile, Me Baudouin, qui a fourni à la presse française les éléments de la déposition de Buchwalter. On n’ébruite pas par amusement et sans calculs précis les secrets d’une instruction judiciaire. Si Me Baudouin l’a fait, c’est qu’il était plus qu’intéressé par la relance du fameux «qui-tue-qui ?» Mais qui pouvait profiter d’une relance de la campagne pour le «qui-tue-qui ?», du moins à quoi pouvait-elle servir ? Ancien de la DST, Yves Bonnet a fourni un élément d’analyse, une piste à explorer. Intervenant dans la récente polémique soulevée par la déposition de Buchwalter, Yves Bonnet a rappelé la mésentente qui envenimait à l’époque des faits la relation entre la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et la Direction de la surveillance du territoire (DST). Il a noté que la DGSE, à laquelle appartenait le général Buchwalter, avait engagé les négociations avec le GIA, en tenant bien à l’écart le commissaire de la DST à l’ambassade de France à Alger. Yves Bonnet a attesté aussi que la DST entretenait de bonnes relations avec les services de sécurité et de renseignements algériens, contrairement à la DGSE qui, elle, en avait et a toujours des relations «exécrables.» Serait-ce donc ce vieux compte que la DGSE et la DST ont voulu solder à travers cette remise au goût du jour de l’affaire de l’assassinat des moines de Tibhirine ? Il n’est pas impensable que ce soit le cas. Une guerre entre services français sur fond de polémique autour de l’assassinat des moines de Tibhirine. Une guerre qui, certainement ne tiendrait pas à l’écart les autorités politiques françaises, du moins celles qui auraient à l’idée d’user de la campagne pour «le qui-tue-qui ?» comme d’un chantage sur les autorités algériennes. Que ce soit pour des desseins proprement politiques ou pour des visées économiques. L’Algérie compte un matelas d’investissements de 150 milliards de dollars. Mais que la tentative de relance de l’affaire des moines de Tibhirine assassinés en 1996 procède de la guerre entre services français ou cache des visées politiques, elle n’aura été, en définitive, qu’une affaire franco-française.
S. A. I.
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L'affaire des moines de Tibhirine |