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Tibehirine : un religieux dans le bureau du juge Bruguière Partie civile, il souhaite l'audition de militaires dissidents algériens.
Par José Garçon, Liberation, 2 juin 2004
Rarement, il est vrai, silence aussi assourdissant n'aura accompagné crime aussi atroce : aucune enquête n'a été diligentée en Algérie ou en France. Et Paris a fermé les yeux sur les témoignages des militaires dissidents algériens qui mettent à mal la version officielle d'Alger imputant le rapt et l'assassinat aux «terroristes islamistes des GIA» et à Djamel Zitouni, leur chef à l'époque. Du coup, la plainte de la partie civile avait évité le terme «terroriste» afin qu'aucune piste ne soit écartée, notamment celle d'une implication du DRS, les «services» algériens. Dans ce contexte, la désignation d'un juge antiterroriste est apparue comme une volonté de privilégier l'hypothèse du «terrorisme islamiste» et d'enterrer les soupçons sur le DRS. «J'espère, avait déclaré Patrick Baudoin, l'avocat de la partie civile, que ce choix ne traduit pas une orientation de départ tendant à accréditer la version assénée officiellement jusqu'ici, qui n'est pas crédible.» Manipulation. Recevant mercredi Armand Veilleux, Jean-Louis Bruguière a cherché à dissiper cette crainte. «Le juge nous a indiqué qu'il était prêt à explorer toutes les pistes dans le cadre du "spectre" le plus large», indiquait le religieux à l'issue d'une audition de deux heures. Armand Veilleux y a souligné l'importance d'une audition de trois militaires dissidents algériens qui ont témoigné à visage découvert de la «manipulation des GIA et de Zitouni par le DRS» : l'ex-capitaine Chouchane, réfugié en Grande-Bretagne, auquel ses supérieurs avaient confié que Zitouni était «leur homme» ; le colonel Samraoui, réfugié en Allemagne et qui, adjoint du numéro deux des services de renseignements, le général Smaïn, décrit par le menu dans un livre les liens entre GIA et DRS et enfin Abdelkader Tigha. Actuellement dans un centre de rétention en Hollande, ce dernier a vu les moines dans une caserne du DRS à Blida après leur rapt... La vraie nature des GIA, l'un des groupes terroristes les plus opaques, est en effet au coeur de cette affaire. Au point qu'en 1996 déjà, Paris ne cachait ni son scepticisme sur l'autonomie des GIA à l'égard des «services» algériens, ni son irritation face à «l'absence de transparence» qui caractérisait l'attitude d'Alger (Libération des 24-25 mai 1996). Le juge Bruguière est-il peu pressé d'entendre de tels témoignages qui ont l'inconvénient d'empêcher Paris de s'en tenir à une récente déclaration de Jacques Chirac ? En visite en Algérie, le chef de l'Etat avait assuré qu'une implication d'Alger n'avait «aucune crédibilité juridique». Arguant des «difficultés» techniques à interroger des gens en Hollande ou en Angleterre, le magistrat a en tout cas insisté sur sa volonté d'entendre «en priorité les témoins directs», notamment un gardien algérien ayant assisté au rapt ou deux religieux survivants très âgés qui vivent au Maroc... Cercueils. L'audition
du père Veilleux aurait pu s'en tenir à cet échange
sur les témoins si le religieux n'avait tenu à évoquer
deux situations vécues à Alger, où il avait dû batailler
pour obtenir l'ouverture de cercueils déjà scellés
afin de reconnaître les moines. Il a aussi relaté deux rencontres
avec les ambassadeurs de France à Alger et à Rome. «J'ai
eu l'impression qu'on me dissimulait des choses, qu'on voulait m'écarter,
car j'étais considéré comme un gêneur»,
a-t-il dit au juge. Qui a écouté sans commentaire ni question.
Me Baudoin doit soumettre au magistrat une liste plus complète
des témoins, responsables politiques ou des services de sécurité.
Algériens comme français.
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www.algeria-watch.org
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