Rebondissement

El Watan, 12 novembre 2009

Nouveau rebondissement en France de l’affaire de l’assassinat des moines de Tibhirine. Saisi par le juge antiterroriste français chargé de rouvrir ce dossier à la suite des déclarations de l’ancien attaché militaire de l’ambassade de France à Alger, le général François Buchwalter, le Quai d’Orsay vient d’annoncer que la Commission consultative du secret de la défense nationale (Ccsdn) a donné son accord pour la levée du secret-défense sur cette affaire et la remise aux magistrats des documents réclamés par les juges dont notamment le rapport transmis par l’ancien attaché militaire de l’ambassade de France à sa hiérarchie. Cet ancien officier avait, dans des déclarations à la presse qui ont concouru à exhumer ce dossier, contredit la version officielle, imputant la responsabilité de l’assassinat des moines au GIA en mettant ce drame sur le compte d’une méprise de l’armée algérienne qui aurait fait feu, selon lui, sur les moines en pensant avoir affaire à un bivouac du GIA. Dans son communiqué, le Quai d’Orsay évoque des « documents (…) susceptibles d’être utiles à la recherche de la vérité sur le dossier des moines de Tibhirine ».

Il s’agit, précise le communiqué, de documents émis par le ministère des Affaires étrangères. Que faut-il comprendre de cette phrase sibylline ? En parlant de documents susceptibles de contribuer à la recherche de la vérité, on reconnaît explicitement, côté français, que la version officielle des faits établis sur cette affaire qui n’avait soulevé aucune objection dans l’Hexagone jusqu’aux confessions du général français, est désormais sujette à caution. On admet l’existence de zones d’ombre. A moins qu’il faille décoder autrement ce message et comprendre par là que les documents remis par le ministère des Affaires étrangères aux juges confortent la thèse qui a circulé jusqu’ici. Le ministère tente de rétablir la vérité sur cet assassinat par rapport aux déclarations du général français.

Le communiqué trahit d’une certaine manière un secret en parlant de documents au pluriel, laissant entendre qu’en plus du rapport du général Buchwalter réclamé par les juges, le ministère français des Affaires étrangères a remis à la justice d’autres documents « utiles » qui pourraient soit appuyer le rapport en question du général ou bien démontrer, au contraire, son caractère farfelu. En tout état de cause, s’il advenait que ces documents sur lesquels rien n’a filtré encore pour le moment venaient à donner raison au général français, l’Etat français ne manquera pas de laisser beaucoup de plumes et devra rendre des comptes à son opinion pour lui avoir caché la vérité. D’autant que c’est la même famille politique –la droite– qui était aux affaires en 1996. La rapidité avec laquelle le secret-défense a été levé et la sérénité affichée par l’establishment français face à cette affaire laisse penser que le dossier des moines dans sa nouvelle mise à jour est vide.

Par Omar Berbiche

 
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L'affaire des moines de Tibhirine  
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