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INFORMATION
JUDICIAIRE SUR L’ASSASSINAT DES MOINES
DE TIBHIRINE
Le
mystère Zitouni au centre de la polémique
L'Expression,
11 février 2004 Dans la nuit du
26 au 27 mars 1996, sept religieux de la communauté monastique
de Tibhirine étaient enlevés.
Le paquet de Paris
a ouvert, hier, une information judiciaire sur l’assassinat,
en 1996, de sept moines trappistes de Tibhirine, a déclaré l’avocat
des plaignants, Me Patrick Baudouin. L’affaire qui sera confiée
au juge antiterroriste, certainement le juge Brugrière, attise
déjà les plus vives polémiques au sein des responsables
des services spéciaux, aussi bien algériens que français,
par sa nature sensible et complexe et les soubassements politiques qui
la sous-tendent.
La teneur de l’affaire est la suivante: dans la nuit du 26 au 27
mars 1996, sept citoyens français vivant en Algérie, dans
la communauté monastique de Tibhirine, à 8 km de Médéa,
sont enlevés par un groupe armé se réclamant du
GIA.
Le 20 avril 1996, une cassette audio est envoyée par la direction
du GIA et par l’intermédiaire d’un émissaire, «Abdullah», à l’ambassade
de France à Alger. La cassette authentifiée, permet de
croire que, au 20 avril, les sept moines de Tibhirine étaient
vivants et en bonne santé.
Le 26 avril, soit plus d’un mois après l’enlèvement,
un communiqué «n° 43» du GIA, portant en-tête
et signature de l’émir Abou Abderahmane Amine, alias Djamel
Zitouni, paraît au quotidien El Hayet, publié à Londres.
Le communiqué revendique l’enlèvement des moines
et propose un échange de prisonniers, entre autres, Abdelhak Layada,
premier chef du GIA, incarcéré à la prison de Serkadji à Bab
Djedid.
Le communiqué n°44, deux mois après l’enlèvement
des moines, annonce l’exécution des sept moines de Tibhirine.
Le 31 mai 1996, les autorités annoncent la découverte des
sept corps sans vie des religieux français (en fait, il s’agissait
de sept têtes,, les corps n’ont jamais été retrouvés.).
Le martyre des moines, les circonstances de leur enlèvement et
le «cafouillage» dans les négociations qui avaient été menés
de façon très discutable, ont relancé l’enquête
sur la véritable identité des auteurs de l’enlèvement.
Des doutes ont été nourris et des interrogations sont venues
se poser à longueur de lignes...
Trois témoignages sont venus, l’un après l’autre,
appuyer les doutes élagués par ceux qui avaient toujours
soupçonné les services spéciaux algériens,
le département recherches et sécurité notamment,
d’être derrière certaines violences attribuées
au GIA.
Abderahmane Chouchane, résidant actuellement en Grande-Bretagne,
ancien capitaine instructeur dans l’armée algérienne,
a déclaré en juillet 2002 devant un tribunal français,
que Djamel Zitouni était un agent du DRS.
Abdelkader Tigha, résidant actuellement en Jordanie, ancien adjudant
du DRS, a confirmé en décembre 2002, dans les colonnes
du quotidien Libération, que Djamel Zitouni était un agent
du DRS et que l’enlèvement des moines trappistes avait été planifié au
Ctri de Blida (Centre territorial de recherche et d’investigation,
dépendant du contre-espionnage du DRS).
Mohamed Samraoui, enfin, résidant actuellement en Allemagne, et
ancien commandant du DRS, affirme dans son ouvrage Chronique des années
de sang, publié en France, que le GIA était un groupe largement
contrôlé par le DRS et infiltré jusqu’à la
direction et que Zitouni était un agent des renseignements placé à la
tête du GIA par les services spéciaux algériens.
Le 9 décembre 2003, une plainte avec constitution de partie civile
est déposée devant le doyen des juges d’instruction
auprès du tribunal de grande instance de Paris, par Me Patrick
Baudouin, avocat au Barreau de Paris, au nom des membres de la famille
Lebreton et du père Armand Veilleux. C’est ainsi que, près
de huit années après le drame des moines de Tibhirine,
l’affaire ressurgit de nouveau et avec elle, son lot de douleurs,
de mystères, de doutes et de soupçons.
Au centre des polémiques, Djamel Zitouni, émir national
du GIA et responsable direct de l’enlèvement des sept religieux
français. Analphabète, ancien vendeur de volaille, pour
certains médias français, il peut s’agir d’un
agent des services algériens, qui, manipulé et malléable,
peut se prêter à tous les jeux politiques qui pouvaient
sous-tendre ses actions terroristes. L’homme, ainsi décrit,
n’est qu’un alibi, derrière lequel se profile l’ombre
menaçante du DRS.
Pourtant, des repentis, membres de la direction du GIA, avaient bien
raconté, à partir de 1998, comment Zitouni avait décidé,
seul, et sans l’avis des «ahl el-hall war-rabt», instance
suprême dans l’organigramme du GIA, d’enlever les moines
trappistes dans le double objectif d’amener les autorités
françaises à cesser d’appuyer le régime algérien
et d’obtenir la libération de Abdelhak Layada, membre-fondateur
et premier émir du GIA, d’octobre 1992 à juin 1993.
Zitouni, entouré alors des seuls Antar Zouabri, Abou Rayhânâ,
Diya Abdessamad et Redouane Abou Bacir, avait décidé de
procéder au rapt des moines de Tibhirine.
Un premier ordre avait été donné à Abou Chouâïb
Ali Benhadjar, émir du bataillon de Médéa, lequel
refusa d’obtempérer à celui qu’il considérait
comme «déviationniste», après l’assassinat
de Mohamed Saïd, Abderezak Redjem, Abdelouahab Lamara et Bachir
Torkmane. Devant ce refus, Zitouni donne ordre aux groupes de Bougara,
Ouzera, Berrouaghia et Blida de prendre l’affaire en main.
Grand adepte des «coups d’éclat médiatiques»,
Zitouni voyait le GIA plonger inexorablement vers la désagrégation
totale. Contesté de toutes parts, il pensait, en consultant le
seul cercle réduit de ses proches amis, réussir un coup
de force. Peu avant sa mort, il avouait à certains chefs de kitabate
encore en vie aujourd’hui, qu’il avait été mal
conseillé dans cette affaire des moines qui lui vaudra, par la
suite, un dé-savoeu intégral de la part de tous les émirs
de katibates.
Concernant la manipulation de Zitouni, il serait intéressant de
revoir le «cursus islamiste» de celui-ci, depuis 1988, et
le fait qu’il avait été toujours dans le sillage
de Chérif Gousmi (qu’il remplaça d’ailleurs, à la
tête du GIA en juillet 1994), pour ne pas tomber dans la facilité et
la tentation de refaire les événements à sa manière.
Le contexte de «fin de règne» dans lequel avait pris
au départ, le rapt des sept religieux peut, à lui seul,
expliquer, pour ceux qui connaissent l’histoire tumultueuse des
groupes armés, les choix suicidaires de Zitouni. De 1994 à 1996,
il ne quitta que deux fois les monts inexpugnables de Chréa et
lorsqu’il fut criblé de balles, en juillet 1996, entre Ouzera
et Tablat, c’était pratiquement un émir seul, contesté et
hyperviolent et qui s’était, depuis deux années,
déjà coupé du monde des gens.
Fayçal
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