Affaire des moines de Tibhirine

Le lobby qui pèse pousse Paris à la faute

Le jeu trouble de l’Elysée

Le Jeune Indépendant, 16 juillet 2009

Les allégations du général François Buchwalter, plusieurs fois battues en brèche, ont exhumé cette affaire vieille de 13 années, du temps où l’Algérie faisait seule face au terrorisme ravageur.

Cette sortie, loin d’être fortuite, a jeté de l’huile sur le feu à un moment où les relations algéro-françaises connaissent une relative embellie. En témoigne le ballet diplomatique de hauts responsables français à Alger. Mais quelle mouche a donc piqué ce général à la retraite ? Attaché militaire à l’ambassade de France au moment des faits, François Buchwalter a, rappelons-le, à l’insu des services algériens, négocié avec le GIA pour la libération des moines. Les négociations tombées à l’eau, le GIA est passé à l’action en les décapitant. Hervé Morin, le ministre français de la Défense, dément catégoriquement l’existence d’une note, relative à l’assassinat des moines, adressée par Buchwalter à sa hiérarchie : «On n’a toujours pas retrouvée cette note. C’est une note qui n’a pas été transmise au Quai d’Orsay.»
Charles Million, ministre de la Défense au moment des faits, appuie les dires de Morin : «On ne m’a jamais parlé d’une bavure de l’armée algérienne et je ne comprends pas pourquoi cette affaire ressort maintenant.» Il va sans dire, donc, qu’il y a anguille sous roche et que le témoignage de Buchwalter devant le juge antiterroriste, Marc Tredivic, n’est pas aussi innocent, de même que la volte-face de Sarkozy. Même si du côté de la France on essaye d’en minimiser la portée, il n’en demeure pas moins que plusieurs lectures viennent à l’esprit. La première sortie de Bouteflika à l’étranger en 1999, à Crons Montana, a été un tournant décisif dans les relations économiques entre les deux pays. Le président Bouteflika avait, dans son discours, fustigé la France sans la nommer, tout en affirmant que l’Algérie va se tourner vers d’autres partenaires économiques. C’est une chose faite puisque notre pays privilégie aujourd’hui le partenariat avec la Chine et les Etats-Unis. Les investissements français en Algérie s’élèvent aujourd’hui à 800 millions de dollars alors que, si on inclut les hydrocarbures, la France n’est plus notre premier partenaire économique.
La diversification des partenaires économiques aurait, au plus haut point, déplu aux autorités françaises qui, sporadiquement, utilisent des cartes de pression pour ramener les Algériens à de meilleurs sentiments. Pour expliquer cette absence d’investissements, l’ambassadeur français à Alger a ouvertement critiqué la nouvelle circulaire Ouyahia qui, selon lui, empêche les hommes d’affaires français de s’intéresser au marché algérien comme si ceux-ci se sont rués sur lui avant la circulaire en question.
L’affaire du diplomate Hassani est encore fraîche dans les esprits. Heureusement que des preuves tangibles l’ont innocenté dans l’assassinat de l’opposant Ali Mécili. Plusieurs mois durant, cette affaire, a tenu en haleine l’opinion nationale.
Elle n’a connu son épilogue que grâce à des tests ADN et des témoignages capitaux réduisant à néant tous les soupçons.
Qu’aurait-il advenu de Hassani et des relations bilatérales entre la France et l’Algérie si celui-ci était jusqu’à maintenant détenu dans ce pays ? Cette histoire des moines de Tibhirine renvoie plusieurs années en arrière et au fameux «Qui tue qui ?» accusant l’armée algérienne d’être derrière les massacres collectifs de citoyens.
Il ne faut pas oublier non plus que l’affaire du Sahara occidental est une autre carte qu’utilise régulièrement la France.
Sinon, comment expliquer que notre premier partenaire économique, hors hydrocarbures, apporte un soutien sans faille au Maroc depuis pratiquement l’éclatement de ce conflit. Même si notre pays se réfère aux résolutions de l’ONU, la France ne lâche pas du lest et maintient en permanence cette pression sur notre pays.
Ayant compris les intentions malsaines de l’Elysée, nos officiels refusent de tomber dans le jeu et, en fins diplomates, répondent par le silence. Le meilleur moyen d’éviter des polémiques sans fondements.
Zoubir Khélaifia

 
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L'affaire des moines de Tibhirine  
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