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Assassinat des moines de Tibhirine : Didier Contant se serait suicidé à la
suite de fortes pressions de ses détracteurs
La
huitième victime de Tibhirine
Le Matin, 23 février 2004
Le journaliste avait
poussé trop loin ses investigations dans
l'affaire de l'assassinat des sept moines de Tibhirine qui empoisonne
les relations entre Alger et Paris. Les résultats de son enquête
démentaient les déclarations d'Abdelkader Tigha, transfuge
du Département recherche et sécurité (DRS), selon
lesquelles les services algériens seraient impliqués dans
le crime des sept religieux français.
Il y a exactement une semaine, dans la nuit du 15 au 16 février
courant, le journaliste français Didier Contant trouve la mort à la
suite d'une chute inexpliquée à partir du septième étage
d'un immeuble à Paris. Une mort qui n'aurait pas soulevé autant
d'interrogations si le journaliste-enquêteur n'avait pas été aussi
loin dans ses investigations sur l'enlèvement, dans la nuit du
26 au 27 mars 1996, puis l'assassinat le 21 mai de la même année
des sept moines de Tibhirine, près de Médéa, et
qui empoisonnent encore les rapports entre Alger et Paris en relançant
la controverse sur le « Qui tue qui ? »
Didier Contant, 43 ans, avait été journaliste-photographe
et rédacteur en chef de la prestigieuse agence Gamma avant de
redevenir journaliste indépendant en 2002. Il avait enchaîné plusieurs
reportages, notamment en Algérie, touchant à divers sujets,
dont celui relatif aux derniers forts français au Sahara, jusqu'à ce
qu'il touche à un sujet d'actualité brûlante, celui
des groupes islamiques armés et l'affaire des sept moines qui
le mènera au « suicide », « une thèse
probable », selon le journal français France Soir du 17
février qui cite une source proche de l'enquête.
Didier Contant, qui se rendait en Algérie pour les besoins de
son enquête, devait rapporter des faits « démentant
les accusations d'un transfuge des services secrets algériens,
Abdelkader Tigha, contre ses patrons », selon les déclarations
de Serge Faubert, journaliste à l'agence Gamma rapportées
par Le Quotidien d'Oran du 18 février courant.
Abdelkader Tigha, ancien adjudant du DRS, avait affirmé en décembre
2002 au quotidien français Libération que « Djamel
Zitouni était un agent du DRS » et que « l'enlèvement
des moines a été organisé au Centre territorial
de recherche et d'investigation (CTRI) de Blida dépendant de la
Direction du contre-espionnage du DRS, où Tigha était alors
en poste », selon le contenu de la plainte déposée,
le 9 décembre 2003, par Me Patrick Baudouin, avocat au barreau
de Paris, au nom de membres de la famille de l'un des moines assassinés,
près le tribunal de grande instance de Paris.
«
Selon la thèse explosive de cet ancien adjudant du DRS, les moines
ont été détenus par un "émir" du
GIA sous la coupe des services algériens, alors que Didier disait
avoir retrouvé un homme enlevé en même temps que
les moines et qui avait ensuite réussi à échapper à ses
ravisseurs avec deux autres otages. Ceux-ci avaient ensuite été rattrapés
et abattus par les islamistes », selon M. Faubert cité par
Le Quotidien d'Oran. « Le témoin rencontré par Contant
se serait montré formel, le rapt des moines aurait bien été commis
par des islamistes () qui n'étaient pas manipulés par le
Pouvoir algérien. »
Une première partie de son enquête avait été publiée
par le Figaro Magazine au mois de novembre dernier. « Les révélations
du transfuge Abdelkader Tigha, arrêté en Thaïlande,
impliquant les services français et algériens dans l'enlèvement
et l'assassinat des religieux, ont poussé le journaliste à aller
très loin dans ses investigations () Un sujet qui semblait intéresser
la rédaction du Figaro Magazine qui a donné son accord
pour sa publication », rapporte El Watan du 19 février.
Il retourne à Alger où il rencontre plusieurs personnes « et
réussit à arracher des témoignages intéressants
sur les agissements de Tigha » qui lui permettaient de clore son
enquête.
Une fois à Paris, son travail est refusé dans toutes les
rédactions, y compris au Figaro Magazine qui avait pourtant donné son
accord. Celles-ci avaient été contactées par Jean-Baptiste
Rivoire, journaliste de Canal+, qui atteste que Didier Contant « travaille
pour les services secrets algériens ». Une information qu'il
détiendrait d'Amnesty International à Londres, selon les
confidences de Didier Contant dans un e-mail adressé à Cherifa
Kheddar, présidente de l'association des familles des victimes
du terrorisme, Djazaïrouna, cité par El Watan.
Selon Contant, le journaliste de Canal+, travaillerait avec Tigha et
Patrick Baudouin, avocat de la FIDH, pour un livre sur le même
sujet. « Il semble que mon travail affaiblisse grandement leur
version sur l'enlèvement des moines par l'armée algérienne »,
explique-t-il.
C'est donc une fois à Paris que commencent les tourments de Contant
en subissant de très fortes pressions de la part de ses détracteurs
simplement parce qu'il devenait en mesure de prouver, à l'issue
de son enquête, que les accusations portées contre les services
algériens les impliquant dans l'assassinat des moines, tel qu'avancé par
Tigha, ne tiennent plus la route.
Alain Hanon de l'agence Gamma, cité par El Watan, rapporte que
Didier Contant « a été victime d'attaques très
virulentes et très dures de la part de certains journalistes de
Canal+. La rédaction du Figaro Magazine avait fini par céder
au chantage de ces derniers ». Il ajoute que s'il est vrai que, « pour
l'instant, la thèse du suicide est plausible, Didier n'aurait
pas pu se jeter du septième étage s'il n'avait pas été poussé par
les terribles pressions et les hallucinantes attaques dont il a fait
l'objet au point où sa crédibilité était
sérieusement mise en jeu ». Pour mieux illustrer sa souffrance,
il ajoute : « Ses collègues l'ont vu sortir, il y a quelques
jours, du bureau de son rédacteur en chef adjoint, à Figaro
Magazine, pleurant à chaudes larmes. S'il en est arrivé à cela,
c'est qu'il a dû subir l'intenable. »
Yasmine Ferroukhi
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