| |
|
Guerre des services secrets
Ce
transfuge du DRS qui brouille Alger et Paris Le
Quotidien d’Oran,
28 février 2004
L’affaire Tigha commence à tourner au vinaigre entre Alger
et Paris depuis le suicide du journaliste Didier Contant qui enquêtait
en Algérie sur les moines de Tibherine. L’ancien sergent-chef
du DRS, Abdelkader Tigha se dit prêt à témoigner
alors que la DGSE française cherche des explications à Alger.
Réfugié aux Pays-Bas et se disant menacé par les
services secrets algériens, ce transfuge a offert ses services à « la
justice française » qu’il se propose d’aider
afin de clarifier l’affaire de l’assassinat des 7 moines
de Tibherine. Cette proposition fait suite à des contacts entre
cet ancien sous-officier du DRS, déserteur de l’armée
après avoir été passé en commission pour
indiscipline et pour être impliqué dans un trafic de drogue,
avec des émissaires français, probablement, de la DGSE
(Service des renseignements extérieurs français), aux Pays-Bas
où Tigha s’est réfugié en attente d’une
demande de réfugié politique.
Visiblement gênés d’être pointés du doigt
par les médias algériens suite aux pressions exercées
sur Didier Contant, le journaliste qui s’est jeté du 7ème étage à Paris,
les « barbouzes » français multiplient les initiatives.
Ainsi, on apprend que la famille Tigha à Blida a reçu la
visite d’un émissaire français qui pourrait être
un fonctionnaire officiel. Depuis quelques mois, un des diplomates français
les plus en vue de l’ambassade de France à Alger, connu
pour ses fines analyses politiques sur l’Algérie dans les
grands hôtels et les « salons » algérois, en
l’occurrence Georges Perrucci, s’était rendu à Blida.
Même si la famille de Tigha a refusé de confirmer cette
information, Paris semble inquiet des rebondissements de l’affaire
Tigha et des mines de Tibherine sur les relations algéro-françaises,
surtout que certaines officines semblent pousser vers une remise en cause
du climat de confiance instauré entre les présidents Bouteflika
et Chirac.
Ceci s’est matérialisé par des consignes strictes
qu’aurait donné l’actuel ambassadeur de France à Alger à son
personnel diplomatique lui demandant de la retenue durant la période électorale
selon des sources diplomatiques. Le personnel diplomatique français,
déjà en stand-by après l’attentat de Lakhdaria
contre un cortège dans lequel se trouvaient deux ingénieurs
français travaillant sur un projet de barrage dans la région,
aurait été prié de ne pas se rendre dans des lieux
ou s’afficher avec les staff de campagne des candidats à la
présidentielle de 2004.
Selon les observateurs, Paris est accusé par des proches du président
algérien d’avoir « propulsé » la candidature
Benflis notamment après son déplacement à Paris,
en février 2003, lorsque Chirac lui déroula le tapis rouge
et lorsque il fut encensé par la presse parisienne.
C’est dans ce contexte troublé que rebondit l’affaire
des moines de Tibherine. Georges Perrucci a récemment rejoint
Paris après son déplacement à Blida et n’a
plus donné signe de vie à Alger. Est-ce à dire que
l’affaire Tigha risque d’être le point de départ
d’un imbroglio entre les services français et algériens
?
Cela est possible, selon les observateurs qui considèrent que
les rapports entre services secrets français et algériens,
qui se sont améliorés après le 11 septembre dans
le domaine de la coopération antiterroriste, risquent de connaître
un froid qui peut se répercuter au niveau diplomatique. Le dernier
voyage du ministre français de l’intérieur, Nicolas
Sarkozy, à Alger, accueilli par son homologue algérien,
Yazid Zerhouni, mais aussi, paraît-il par des responsables des
services algériens, dénote du fait que les rapports entre
la DST française et la DCE algérienne sont au beau fixe,
surtout que les services algériens ont permis aux services français
de démanteler des réseaux terroristes liés à Al-Qaida
et au GSPC qui étaient prêts à passer à l’action.
Mais cela n’a pas semblé plaire à certains cercles
politiques français qui redoutent que Sarkozy, présidentiable
en 2007 en France, ne soit venu chercher des appuis chez les Algériens
notamment que le dauphin de Chirac livre une lutte à mort avec
son président afin de nommer des fidèles à des postes
clés dans les principaux services de sécurité français
de la DGSE, de la DST et des RG.
C’est à ce moment que Abdelkader Tigha propose au juge antiterroriste
Jean Louis Brugière de lui livrer des preuves contre des militaires
algériens qu’il accuse d’avoir « manipulé le
GIA ». A Alger, on ne croit pas au hasard, échaudé par
les affaires des autres transfuges tels que Souadia, Samraoui et maintenant
Tigha. Cela pouvait passer pour de sempiternelles attaques d’officines
françaises mais à un mois de l’élection présidentielle
algérienne, cela ne peut que vicier un climat qui est loin d’être
serein entre Alger et Paris.
Mounir B.
|
|
|