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Un
déserteur algérien a du mal à obtenir
l’asile
Abdelkader Tigha veut témoigner dans une retentissante affaire
criminelle en Algérie. En contrepartie de l’asile. Mais
sans résultat jusqu’ici.
Steven Derix (NRC Handelsblad), Rotterdam, le 29 mars 2003
Il est « très déçu ». Plutôt, Abdelkader
Tigha est en colère. L’ancien adjudant des services secrets algériens
se trouve depuis début décembre en rétention au Grenshospitium,
au sud d’Amsterdam – centre où les demandeurs d’asile
déboutés attendent d’être expulsés. « Une
prison » fait savoir Tigha au téléphone. Il s’emporte
: « Mon problème n’a rien à voir avec l’asile.
C’est une affaire politique. ».
Un banal demandeur d’asile, Tigna ne l’est assurément pas.
En France, le déserteur algérien défraie la chronique. Selon
lui, il est témoin de la retentissante affaire des moines qui, en 1996,
furent enlevés de leur monastère de Tibeherine (Algérie)
et dont on ne retrouvera plus tard que les têtes. Tigha a vu comment les
Trappistes furent conduits dans un des centres des services secrets à Blida
avant d’être remis à Djamel Zitouni « émir » du
GIA, groupe d’islamistes extrémistes. Aussi Tigha vient-il confirmer
ce que d’autres avaient déjà dit : le régime des généraux
algériens a pendant des années manipulé des groupes extrémistes
comme le GIA. Ainsi, les généraux seraient coupables de l’assassinat
de milliers de civils innocents.
Force est de constater que cette affaire dérange la France. Depuis son
indépendance, en 1962, l’Algérie est restée le pré carré de
la France. Pour les services secrets français, les Algériens sont
des partenaires très appréciés dans la lutte contre le terrorisme
islamiste. Que les Français ignorent de ce qui se passe dans la « sale
guerre » que mènent les généraux algériens
est très improbable. « Tigha est un témoin clé » affirme
Mohamed Samaroui, ex-agent des services secrets algériens et auteur d’un
brûlot sur le rôle des services algériens dans la guerre civile.
Selon Samraoui, le témoignage de Tigha révélera le rôle
des services français en tant que « partenaires privilégiés » des
services algériens, le DRS. « Ils devaient nécessairement
savoir »
« Ce dont j’ai peur », dit Tigha, « c’est que la
France tente d’influer sur l’issue de ma procédure d’asile,
ici [en Hollande] ». L’ancien sous-officier a une bonne expérience
avec la France. Après sa fuite d’Algérie en 1999, c’est
sur les conseils des autorités françaises qu’il s’était
rendu en Thaïlande. Une fois à Bangkok, il eut des entretiens avec
les services secrets français qui lui proposèrent de travailler
pour eux dans un pays arabe. Ils lui proposèrent également de l’argent
pour acheter son son silence. Mais Tigha voulait autre chose : l’asile.
De plus, il désirait témoigner, chose pour laquelle ses interlocuteurs
français manifestèrent très peu d’intérêt.
Echec des négociations : Tiha est abandonné à son sort à Bangkok.
Son visa de tourisme expiré, il sera arrêté.
Libéré en 2003, Tigha est menacé d’être livré à l’Algérie.
Une ONG des droits de l’Homme, la FIDH s’intéresse au cas
de Tigha et tente de le soustraire des mains des autorités algériennes.
Tigha s’envole pour la Jordanie, pays qu’il devait quitter dans l’urgence. « On
m’a dit que ma vie était en danger » La FIDH fit un appel
pressant au président français, Jacques Chirac, pour que Tigha
bénéficie de l’asile. Chirac refuse mais les autorités
français feront « tout leur possible » pour trouver une « solution
humanitaire » sans pour autant délivrer de visa. La France a bien « pris
contact avec les autorités jordaniennes pour les informer et de leur demander
de ne rien faire qui puisse mettre l’intéressé en danger »,
comme l’écrit le conseiller diplomatique Gourdoult-Montagne.
Le 2 décembre 3, Tigha prend l’avion à destination de Kuala-Lumpur
avec escale à Amsterdam. A l’aéroport de Schiphol, l’avocate
Liesbeth Zegveld attend Tigha et introduit une procédure d’asile.
En février, la demande d’asile est rejetée par les services
de l’immigration (IND) au motif que Tigha représente « un
danger pour l’ordre public » dans la mesure où il tombe sous
le coup de l’article 1F de la Convention internationale pour les réfugiés.
L’IND estime possible que l’ex-employé des services secrets
algériens ait participé à des actes de tortures et à des
exécutions, Des preuves concrètes, il n’y en a point. L’IND
se base sur le seul fait que Tigha admet avoir fait partie des services secrets.
Ce qui pour l’IND est suffisant. Mais, comme le fait savoir l’IND,
Tigha ne sera pas livré à l’Algérie – où il
risque d’être torturé.
Début février, la justice française a ouvert une enquête
sur le meurtre des moines après qu’une plainte eut été déposée
par une des familles. Cette enquête s’oriente sur les faits d’« enlèvement,
de séquestration et d’assassinat en relation avec une entreprise
terroriste ». Ainsi, le GIA est désigné d’emblée
comme le principal coupable, comme l’écrit Le Monde. Le responsable
de l’instruction est Jean-Louis Bruguière, chargé des affaires
de terrorisme, qui par sa fonction, entretient des relations avec les services
français et algériens. « Le problème avec Bruguière » dit
Tigha « c’est qu’il a des années durant collaboré avec
mon chef »
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