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Alors que les dossiers entre les deux pays se multiplient
Paris réfute l’idée d’une crise avec l’Algérie
Par : AMER OUALI, Liberté, 14 juillet 2009
Le diplomate Mohamed-Ziane Hasseni, le chanteur Mami, la mort des moines de Tibhirine : ces trois dossiers judiciaires constitueraient, à en croire quelques commentaires enflammés, les ingrédients d’une crise majeure entre l'Algérie et la France. Vus de Paris, ils ne forment pourtant qu'une petite écume médiatique.
Condamné par la presse française au moment de son interpellation, il y a près d’un an, le diplomate est en passe de sortir de son calvaire. Après avoir organisé la confrontation avec son accusateur Mohamed Samraoui, les juges Alain Philibeaux et Corine Goetzman ont acquis la conviction que ce dernier a conduit la justice française sur une fausse piste. C’est cette même Corine Goetzman qui avait inculpé M. Hasseni, le plaçant sous contrôle judiciaire avec même une menace d’incarcération.
Depuis, la justice a accompli son travail loin de toute interférence politique et la vérité a fini par jaillir. Il ne reste plus qu’à lui donner la forme d’une décision judiciaire qui s’appellera un “non-lieu”. Mami a surjoué de sa prétendue proximité avec le président de la République. Quand on se prévaut d’une telle relation, on doit veiller avec le plus grand soin à son image. Or, le chanteur s’est rendu coupable d’un délit qu’on ne couvre pas sans préjudices. Les autorités consulaires se sont mobilisées pour lui apporter leur assistance, mais pas pour lui garantir l’impunité.
Entre le moment où une plainte a été déposée contre lui et son arrestation, 11 mois se seront écoulés. Craignant les accusations d’une affabulatrice, les enquêteurs ont pris le temps de vérifier les faits. Là aussi, la justice a accompli son œuvre et la décision du tribunal de Bobigny n’a pas fait l’objet de vives contestations, hormis celles, compréhensibles, de fans déçus et ainsi privés de leur idole. Mami, citoyen français, accomplira sa peine en France car aucune convention ne lui permet de l’envisager en Algérie. Survient ensuite l’affaire des moines de Tibhirine. Un dossier qui date de 13 ans et qu’on aurait exhumé pour d’obscures raisons. Exhumer ? Mais le dossier n’a jamais été enterré. Une information judiciaire est ouverte depuis 2004. Le premier juge d’instruction chargé du dossier, Jean-Louis Bruguière, est parti à la retraite. Il a été remplacé par Marc Trévidic, lequel a entendu un témoin ayant une version sur le dossier. Au moment de la tragédie, le général Buchwalter se trouvait en poste en Algérie. Lors de son audition, il a soutenu que la mort des moines a été le résultat d’une bavure de l’armée algérienne et non d’une exécution par le GIA.
Sa source, comme on dit dans le jargon de la presse, c’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. Donc à peine crédible. Au demeurant, ses accusations sont moins graves à l’encontre de l’armée algérienne que celles de l’officier Mohamed Samraoui ou du sous-officier Abdelkader Tigha qui accusent les services d’avoir planifié l’enlèvement et l’assassinat des religieux. L’audition du général, à titre de témoin, ne vaut pas validation de sa version par le juge d’instruction. La diffusion de son témoignage par la presse française semble avoir été assurée par l’avocat des parties civiles, Patrick Baudoin, qui a présenté les faits sous l’angle qui lui convient. Il est parfaitement dans son rôle. Tant pis pour la contradiction s’il a choisi de s’adresser uniquement à des journalistes profanes pour qu’ils servent de relais à sa seule version. Et pourquoi maintenant ? C’est l’autre question qui anime le débat. Mme Louisa Hanoune proclame qu’il n’y a pas de hasard en politique. En 1996, elle militait dans le même camp que Patrick Baudoin... À suivre cette logique, ce n’est jamais le temps. Donc, pourquoi pas maintenant ?
L’autre interrogation est la réaction du président Nicolas Sarkozy. Analysée sous le prisme de la communication politique algérienne, elle a fait apparaître un virage à 360 degrés en moins de 24 heures. Depuis qu’il a congédié son porte-parole, David Martinon, le président français est en première ligne face aux journalistes qui l’accompagnent en escouade dans tous ses déplacements. Quel que soit l’endroit de la planète où il se trouve, il est interrogé sur les sujets qui font l’actualité en France. Il ne pouvait donc pas échapper à une question sur l’affaire des moines qui constituait un des grands dossiers du jour. Et il ne faut surtout pas croire que ses réponses soient improvisées. Il s’informe auprès de ses conseillers avant de formuler sa réaction dans son style qui séduit ou agace. “Je vous dis une chose, je veux la vérité. Les relations entre les grands pays s’établissent sur la vérité et non pas sur le mensonge”, a-t-il d’abord dit. Par cette déclaration, le président français reconnaissait à l’Algérie le statut d’un grand pays. On y a simplement perçu des accusations de mensonge. En réalité, il savait déjà que la vérité est celle qui a jailli des couteaux du GIA. En la formulant, plus explicitement, le lendemain, il ne s’est pas amendé. Il a voulu corriger la perception de son propos initial en se rendant compte qu’il avait été mal compris. “Pourquoi voulez-vous qu’avec le président algérien nos relations s’en trouvent bouleversées ?” s’est-il interrogé. “La justice est saisie, que la justice dise la vérité, moi je m’en tiens quand même au communiqué numéro 44 du GIA en 1996 revendiquant l’assassinat des moines. Je n’ai accusé personne, je veux que la vérité soit faite”, a-t-il ajouté. Sarkozy lui-même n’a pas la vie facile face au juge Trévidic.
Celui-ci même qui enquête sur l’affaire des moines instruit aussi le dossier sur la mort de onze Français dans un attentat en 2002 à Karachi (Pakistan). Jusque-là, c’est la piste Al-Qaïda qui était privilégiée. Et voilà qu’un témoin entendu par le juge Trévidic (encore lui) vient semer le trouble. C’est le non-versement de commissions occultes dans le cadre d’une vente de sous-marins qui aurait conduit à l’attentat. Des représailles donc ! Les commissions auraient servi, en 1995, au financement de la campagne électorale d’Édouard Balladur, alors Premier ministre et rival à droite de Jacques Chirac. Parmi ses proches, M. Balladur comptait alors un certain Nicolas Sarkozy que les journalistes ne se sont pas privés d’interroger. “Vous étiez ministre du Budget, vous souteniez Balladur dans la campagne présidentielle. Est-ce que vous étiez dans le coup ?” lui demande abruptement un journaliste de l’AFP à Bruxelles. En France, ces révélations surviennent sur le fond d’un double débat : la suppression du juge d’instruction et le durcissement du secret-défense. Le juge Trévidic serait ainsi animé de la volonté de déstabiliser à la fois le président français et l’armée algérienne. Il serait aussi une marionnette aux mains des hommes d’affaires français remontés contre la nouvelle réglementation du Premier ministre Ahmed Ouyahia sur les investissements étrangers en Algérie. C’est un scénario qui fait au mieux ricaner à Paris. Ici, on sait bien que Ouyahia n’agit pas contre la volonté du président de la République. On relève cependant que celui-ci observe le plus grand silence sur les textes controversés. Les dirigeants français admettent que M. Bouteflika a joué la carte du libéralisme, mais qu’il a été mal récompensé en retour. Ils comprennent son silence. Mais de crise, il n’y en a point.
A. O.
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Algérie, chasse gardée de la France
L'affaire des moines de Tibhirine
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