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Conditions d’identification des moines de Tibéhirine
Deux témoins sèment le trouble en France
Par : R. N./AFP, Liberté, 12 septembre 2010
Deux témoins entendus par les juges français chargés de l’enquête sur la mort des sept moines de Tibéhirine, en 1996, sèment le trouble sur les conditions d’identification de leurs restes, relançant ainsi les interrogations sur le silence voulu par les autorités françaises de l’époque. Les moines avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre-Dame de l’Atlas, au sud d’Alger, ceinturé de maquis contrôlés par les groupes armés islamistes et où les tueries étaient alors fréquentes. Le Groupe islamique armé (GIA) avait revendiqué cet enlèvement et l’assassinat des moines français.
Les têtes des sept moines avaient été découvertes le 30 mai 1996 au bord d’une route de montagne. Les corps des moines n’ont jamais été retrouvés. Dans un télégramme diplomatique du 2 juin 1996, l’ambassadeur de France de l’époque, Michel Lévêque, décrivait la reconnaissance des têtes des sept moines lors de la visite à l’hôpital le 31 mai. Il mentionne des “constatations visuelles du médecin de la gendarmerie”, notamment “des têtes dans un état de décomposition avancée avec putréfaction générale”, ainsi qu’une évaluation de la date du décès des moines “entre le 16 et le 21 mai”. Or, le médecin des armées en poste à l’ambassade de France à Alger au moment de la mort des moines, Tantely Ranoarivony, spécialiste de chirurgie faciale, a contredit ces déclarations lors de son audition fin juin par le juge antiterroriste Marc Trévidic. “Je n’ai pas donné d’indication sur la date des décès car je ne suis pas médecin légiste”, a dit le médecin des armées, selon son procès-verbal dévoilé par Le Monde et que l’AFP a pu consulter. “Je ne me souviens pas avoir donné à l’ambassadeur ces indications qui paraissent très précises”, a-t-il ajouté à propos des constatations anatomiques. De son côté, l’ancien consul de France, François Ponge, également présent au moment de l’identification, a déclaré au juge qu’il avait posé au médecin “la question de la date du décès”. “Il n’a pas pu me répondre”, a déclaré le consul. Pour Me Patrick Baudouin, avocat des parties civiles, ces divergences “soulèvent une interrogation forte sur l’implication de l’ambassadeur dans une connaissance du dossier beaucoup plus forte qu’il n’a voulu le reconnaître”. Ces témoignages “confirment également la loi du silence qui prévalait à l’époque et mérite explication”, ajoute-t-il. Michel Lévêque devait être entendu jeudi par le juge Trévidic.
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L'affaire des moines de Tibhirine |