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MOINES DE TIBEHIRINE
La
presse française évoque une collusion algéro-française L'Expression,
14 février 2004 Dans cette affaire,
trop de révélations se font jour et
les «raisons d’Etats» ne suffisent a priori plus pour
contrer le désir de vérité des familles.
La presse française à l’instar du Parisien, assimile à juste
titre, ce dossier parvenu au plus haut du ministère de la Justice, à une
minibombe à retardement judiciaire, diplomatique et politique.
Une hypothèse que conforte Libération qui évoque
des révélations ayant donné corps au malaise déjà existant
autour de ce crime, officiellement attribué au GIA et perpétré une
certaine nuit du 26 au 27 mars 1996 contre les sept religieux de la communauté monastique
de Notre Dame de l’Atlas, à Tibehirine (80 km au sud d’Alger).
Un malaise, cite Libération, ressenti au plus haut de l’Etat
français. Car, dès le rapt, plusieurs questions circulaient à Paris
: les unes portaient sur la vraie nature des GIA et leur infiltration
par les services secrets algériens, les autres sur l’attitude
d’Alger qui avait instauré un véritable «black
out» sur les informations transmises à l’Elysée
et au Quai d’Orsay.
Deux raisons d’Etat se seraient cependant conjuguées pour
qu’aucune enquête ne soit jamais ouverte sur l’assassinat
des trappistes, dont seules les têtes ont été retrouvées.
En filigrane de la revue de presse française, se profile sans
cesse le nom de cet ancien gradé des services secrets algériens
: Abdelkader Tigha lequel et au même titre que d’anciens
gradés de la SM atteste la manipulation du GIA par les services
de sécurité algériens. Voir, il aurait mis en cause
directement et avec moult détails la SM.Abdelkader Tigha aurait «parlé» pour
la première fois en décembre 2002, après une accumulation
surprenante de révélations qui avaient convaincu la famille
de Christophe Lebreton, l’un des moines exécutés «de
tenter quelque chose pour enfin connaître la vérité».
Mais Paris et Alger entretiennent le mystère. Ni la capitale algérienne
encore moins l’Elysée ne veulent de rebondissements qui
peuvent s’avérer fort gênants.
Les médias de l’Hexagone ne manquent pas pour autant d’établir
la connivence entre services des deux pays qui n’est plus à écarter,
estiment les quotidiens français de ce vendredi. Au moment-même
où, faute de pouvoir étouffer la plainte d’une famille,
la chancellerie où l’affaire est remontée n’entend
aujourd’hui envisager d’autre piste que celle du terrorisme
sous l’intitulé «enlèvement, séquestration
et assassinat en relation avec une entreprise terroriste» comme
l’a annoncé Me Patrick Baudoin, avocat de proches des moines
qui avaient porté plainte.
Une option que cette robe noire ne partage pas totalement rapporte le
quotidien Le Monde qui relève que cet avocat souhaitait qu’un
juge de droit commun enquête sur ces morts pour que la piste terroriste
ne soit pas la seule privilégiée. «J’espère
que le choix de la justice antiterroriste ne traduit pas une orientation
de départ tendant à accréditer la version jusqu’à présent
officiellement assénée», a-t-il déclaré.
Ainsi et concernant cet épisode dramatique de l’histoire
des deux nations, la presse française semble de plus en plus encline à bouder
la seule piste terroriste et met de plus en plus en relief «le
rôle de la sécurité militaire algérienne» que
Le Monde reprend sous la dénomination de DRS qui serait victime
d’un plan ayant mal tourné à l’époque: «Depuis
2002, soulignent les plaignants, des langues se sont déliées,
laissant entrevoir une version plus complexe de l’enlèvement
et un rôle au moins indirect de la sécurité militaire
algérienne (DRS)», y lit-on en substance.
Cette dernière visait selon un plan bien établi à redorer
son blason, une fois les trappistes libérés mais des «dérapages» jumelés à des
luttes intestines au sein de l’ex-GIA auraient eu raison de l’objectif
initial. Une version que ne confirment pas totalement des spécialistes
de ces questions notamment au sein de la direction de la surveillance
du territoire (DST, contre-espionnage).
Certains y voient même une manipulation destinée à blanchir
des terroristes islamistes réduits au rôle de simples produits
de la sécurité militaire, note-t-on par ailleurs. Le mystère
demeure entier.
Salim BENALIA
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