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Assassinat des moines de Tibhirine
Bouteflika accuse l'Armée
Le matin, 27 mars
2004
Interviewé hier sur la chaîne d'information continue de
TF1, LCI, le candidat Bouteflika, à la première question
qui lui a été posée concernant l'assassinat des
moines de Tibhirine en 1996, a semé le doute et n'a à aucun
moment accusé le terrorisme, abondant dans la thèse du « Qui
tue qui ? » Dans sa réponse, deux phrases-clés laissent
clairement entendre qu'il accuse l'armée. La première,
il innocente les terroristes du GIA en déclarant à ce propos
: « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire »,
ajoutant dans la même réponse : « C'est flou pour
l'instant. Lorsque j'aurai toutes les informations, je les dirai. » Il
laisse donc croire qu'il a des preuves de l'implication de l'armée
dans l'assassinat des moines de Tibhirine et qu'il les rendra publiques
en temps opportun. Avouant pour la première fois qu'il n'a pas
le soutien de l'armée, il menace l'institution militaire de la
mettre sur le banc des accusés sur cette affaire si la neutralité de
Lamari dont il se félicite le contrecarre pour son second mandat.
Un chantage grave de la part de celui qui continue de se réclamer
du titre de ministre de la Défense et de chef suprême des
armées. L'accusation est grave et traduit le désarroi de
M. Bouteflika qui porte atteinte à l'honneur de l'institution
militaire, partageant ainsi les thèses des partisans du « Qui
tue qui ? » A une semaine de la fin de la campagne électorale,
le Président Bouteflika déclare ouvertement la guerre à l'armée
depuis que celle-ci a affirmé qu'elle ne pouvait observer une
neutralité quand l'Administration et la justice ne le sont pas.
Ceci après que le général major Mohamed Lamari ait
eu à dénoncer la démarche politique de la concorde
nationale du Président-candidat l'accusant de promouvoir l'intégrisme
qui handicape la lutte antiterroriste. Les attaques portées par
M. Bouteflika contre l'Armée, depuis également son passage
dans l'émission « Baramidj » de l'ENTV, montent crescendo
et sa campagne semble toute entière reposer sur le discrédit
de l'institution militaire, se solidarisant par ses accusations avec
les partisans du « Qui tue qui ? » A commencer par le fameux
entretien d'un ancien militaire algérien, Abdelkader Tigha, paru
dans le quotidien français Libération, le 23 décembre
2002, dans lequel il accuse les services de sécurité d'avoir
organisé la tuerie à Tibhirine sous le couvert du GIA : « Le
GIA, c'est la création des services de sécurité »,
citant les dépositions de Habib Souaïdia et de Mohamed Semraoui
contre le général Nezzar lors du procès de Paris
au cours duquel l'Armée était mise au banc des accusés
dans la tuerie de Bentalha. Par cette déclaration insultant l'Armée,
M. Bouteflika innocente les GIA qui ont pourtant revendiqué dans
un tract datant du 21 mai 1996 l'assassinat des moines trappistes à Médéa.
De l'aveu même d'Ali Benhadjar, publié dans Algeria Interface
le 27 décembre 2001 : « Nous n'avons pu avertir les moines
du plan de leur enlèvement. L'enlèvement des sept moines
trappistes en mars 1996 est également à mettre "sur
le compte" de Djamel Zitouni. Il nous a ordonné de le faire
lorsqu'il essayait de rétablir son autorité sur la katibat
de Médéa. Nous lui avons répondu que nous leur avions
donné une parole de croyant et que nous comptions la respecter.
Nous devions prévenir les moines des risques qu'ils encouraient.
Mais, en fait, le GIA avait déjà préparé son
coup avant de passer très vite à l'action avec l'aide de
quelques éléments de la région de Médéa. » C'est,
en effet, par un communiqué du 21 mai 1996 que les GIA annoncent
leur mort : « Le Président français et son ministre
des Affaires étrangères ont déclaré qu'ils
ne négocieraient pas avec les GIA, tranchant ainsi le fil du dialogue.
Et nous avons de notre côté tranché la gorge des
sept moines. » Le 14 décembre 2002, l'archevêque d'Alger,
Mgr Teissier, s'exprimant dans les colonnes du Matin, réfute la
thèse du « Qui tue qui ? » que relance le candidat
Bouteflika et accuse directement le GIA : « Je tiens à préciser
que celui qui a donné les informations les plus claires est Benhadjar,
qui était lui-même dans la région en contact avec
les différents groupes terroristes et ses déclarations
ont été largement publiées par la presse. »
Rachid Mokhtari
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