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8E
ANNIVERSAIRE DE LA MORT DES SEPT MOINES TRAPPISTES
Retour
sur l’un des crimes les plus abjects du GIA L'Expression
26 mai 2004
Tout un symbole
pour une région où cohabitaient toutes
les religions.
Hasard du calendrier, la messe organisée à la mémoire
des sept moines trappistes au monastère de Notre Dame de l’Atlas, à Tibhirine,
huit ans après le tragique événement, a coïncidé avec
la grande prière hebdomadaire du mercredi. Tout un symbole pour
une région où cohabitaient toutes les religions. Le 21
mai 1996 reste une date à très forte charge symbolique
pour l’ensemble de la communauté chrétienne d’Algérie
et même d’ailleurs. Une communauté qui a payé un
fort tribut au terrorisme, puisqu’elle déplore la perte
de pas moins de 18 victimes, dont six religieuses, assassinées
entre l’année 1994 et 1996.
Après cinquante-cinq jours de captivité dans les camps
du sinistre Djamel Zitouni, émir national du GIA, le bulletin
El-Ansar du GIA annonce la mort des sept moines trappistes, enlevés
la nuit du 27 mars de la même année. Le communiqué signé par
Djamel Zitouni lie cette fin tragique à l’échec des
négociations avec les autorités françaises. Celles-ci
sont accusées d’avoir fait capoter les négociations
entamées à partir du 30 avril 1996, c’est-à-dire
un peu plus d’un mois du rapt. Les tractations, longtemps gardées
secrètes, ont débuté avec l’envoi d’un
messager de Djamel Zitouni à l’ambassade de France, porteur
de «preuves matérielles» attestant que les moines
sont toujours vivants. La preuve matérielle est une cassette-audio
où le GIA revendique l’enlèvement ainsi que la mort
des sept moines. L’enregistrement remonte, selon des sources françaises
qui ont pu identifier les voix et les authentifier, à la mi-avril.
Le secret reste entier sur la nature des négociations et les raisons
de leur échec. On a parlé de proposition d’échange,
Layada contre les sept moines, de conflits interservices, opposant la
Dgse à la DST, de divergences avec les autorités algériennes,
de l’opposition de membres influents du gouvernement français à toute
négociation avec cette organisation terroriste.
Le mystère entoure toujours cette affaire, malgré les vaines
tentatives d’y apporter quelques éclairages, à travers
les multiples enquêtes journalistiques réalisées
depuis la mort des moines.
La mort des moines de Tibrihine connaîtra un nouveau rebondissement
avec l’ouverture d’une information judiciaire à Paris
en février dernier à la demande de certains proches des
trappistes assassinés. Il est fort probable que des actions similaires
seront entreprises de façon cyclique. Or, le témoignage
de l’ex-émir de la Ligue islamique de la Daoua et le djihad,
Sid Ali Benhdjar, apporte quelques éléments sur l’attitude
de la nébuleuse armée, vis-à-vis de cette communauté de
religieux vivant dans un univers fermé.
Il y eu d’abord ce «deal» intervenu entre le GIA de
Cherif Gousmi, par l’entreprise de Sayeh Attia, émir de
la région de Médéa, et les occupants du monastère.
Au terme de ce «deal», les trappistes s’engagent à renoncer à toute
activité de prosélytisme. En contrepartie, le GIA avait
fait la promesse de n’entreprendre aucune action à l’encontre
des moines. Benhdjar appelle ce deal «aman».
Il soutient qu’il fut respecté durant des années.
Interviendra ensuite, le recours systématique aux menaces collectives
et les actions de grand éclat, surtout après la désignation
de Djamel Zitouni à la tête de l’émirat national
du GIA.
L’«aman» fut donc rompu à cause du pouvoir hégémonique
du nouveau chef du GIA, lequel voulait tout contrôler et diriger,
suivant sa «philosophie» et ses propres intérêts.
La guerre intestine entre les différentes composantes de la nébuleuse
armée - pas uniquement dans la zone de Médéa - va être
fatale, non seulement pour les moines trappistes, mais aussi pour douze
civils d’une entreprise yougoslave Hydroelektra, qui ont été enlevés
puis égorgés à proximité de leur base-vie à Tamesguida-ville.
Les «frères de la montagne», comme aimaient à les
désigner les locataires de Notre-Dame-de-l’Atlas, n’ont
eu aucune pitié pour leurs otages.
Sept têtes emballées dans des sacs seront retrouvées
non loin de l’ancienne route menant vers Tamesguida. Les corps
des moines sont, dit-on, enterrés quelque part dans les vastes
maquis de l’Atlas blidéen.
Fidèles, amis et proches, ne feront leur deuil que le jour où les
corps seront localisés et enterrés selon la tradition.
Le commanditaire de cet acte connaîtra lui aussi, une fin tragique,
deux mois à peine après l’exécution des moines,
par son rival, Benhdjar, qui est entré en dissidence avec lui
pour avoir refusé d’adhérer à cette politique
de guerre sans trêve contre les Algériens et leurs hôtes.
A. FERGANI
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