|
|||||
|
Affaire de l’assassinat de Matoub Lounès Le procès aurait lieu cet étéEl Watan, 28 juin 2011 L’opinion publique demande des explications sur la longue détention «provisoire» de Malik Madjnoun et Abdelhakim Chenoui, Treize ans après l’assassinat du chanteur Matoub Lounès, l’appareil judiciaire a bouclé l’enquête complémentaire demandée par la veuve Nadia Matoub. Celle-ci, ainsi que ses deux sœurs Ouarda et Farida Brahimi, qui accompagnaient le chanteur le jour de l’attentat, le 25 juin 1998, ont été auditionnées par le président du tribunal criminel de Tizi Ouzou en 2008 et en 2009. Le rajout de ces éléments au dossier a été apprécié positivement par l’avocat et sa cliente. L’avocat de Nadia Matoub, Me Salah Hannoun, déclare : «Selon les dernières informations en ma possession, le président du tribunal criminel en charge du dossier a terminé son travail. Dans ce cadre, il a auditionné longuement Nadia Matoub et ses deux sœurs, en sus des deux accusés. Il est important de savoir que la liste de témoins présentée par Malika Matoub (la sœur du chanteur, ndlr) n’a pas été suivie dans son ensemble. Le juge n’a pas jugé utile l’audition de personnes qu’il a considérées comme n’ayant pas de lien avec le dossier et dont le témoignage n’est pas utile.» Selon l’avocat, le tribunal criminel est dans l’obligation de suivre l’arrêt de la chambre d’accusation et ne peut donc pas incriminer d’autres personnes, estimant que pour ce procès, les deux accusés seront les seuls à être jugés. A en croire les parties concernées par ce dossier, l’on s’attend à une audience, tout étant achevé sur le plan légal. Toutefois, des interrogations entourent le cas des deux accusés «en détention arbitraire, un arbitraire d’Etat qui dit son nom. Sans être jugés par un tribunal, les accusés se retrouvent de facto avec une peine. C’est inadmissible et illégal», estime encore l’avocat. L’opinion publique demande des explications sur cette longue détention de Malik Madjnoun et Abdelhakim Chenoui, les règles régissant la détention provisoire étant largement dépassées. Me Hanoun estime que cette détention inqualifiable ne rend pas service à l’indépendance de la justice. Cependant, selon des sources crédibles, il est possible que le dossier soit programmé à la fin de la session actuelle du tribunal criminel pour trois raisons principales : rôle encore non clôturé, dossier en état d’être jugé et pression populaire. Pour rappel, un rassemblement a eu lieu dimanche dernier devant la cour de justice de Tizi Ouzou pour «revendiquer la tenue d’un procès juste et équitable» à l’appel de la fondation Matoub. Bon nombre d’observateurs expliquent la non-tenue du procès depuis 10 ans en raison des retentissements qu’il pourrait avoir sur la scène politique. La rue, en Kabylie, considère que la responsabilité du pouvoir dans cet assassinat est engagée. A ce propos, Me Hannoun ajoute : « Juger deux personnes dans des conditions douteuses n’est pas un gage de crédibilité pour ce procès, puisque la chaîne des responsabilités pénales n’a pas été remontée. Ceux qui sont en charge de ce dossier sont conscients que la revendication de justice et de vérité sera toujours une exigence populaire.» Outre ces atermoiements de l’institution judiciaire, l’affaire Matoub n’arrive pas à constituer autour d’elle un front uni de la part de la famille ; d’un côté la veuve, Nadia Matoub, de l’autre, Aldjia la mère et Malika la sœur. Malika Matoub. Présidente de la fondation Matoub Lounès «On ne sait toujours pas comment Lounès est mort»Dans cet entretien, Malika Matoub, la sœur du chanteur assassiné le 25 juin 1998, revient sur le procès de l’affaire qui serait programmé pour la mi-juillet. - Treize ans après l’assassinat de Matoub, où en est l’affaire ? Treize ans après, l’affaire piétine toujours. Ils sont dans la même logique et le même scénario du début. On est en 2011 et c’est ce même scénario qu’ils veulent maintenir. En somme, c’est le statu quo ! Je trouve qu’il est vraiment dommage que 13 ans après, l’on ne sait toujours pas – avant d’arriver à qui a tué Lounès – comment il est mort. Aucune étude balistique, aucune reconstitution des faits, rien n’a été fait. Sans reconstitution des faits, je ne vois pas comment la justice va déterminer les coupables. - Pas de nouveaux éléments donc par rapport à l’enquête initiale… Il n’y a rien de nouveau dans cette affaire par rapport à l’enquête initiale. Ce que la famille avait demandé, c’est l’audition des acteurs politiques et culturels de l’époque. On a présenté une liste de 51 personnes et on a demandé aussi à ce que la reconstitution des faits se fasse en présence des 3 victimes, à savoir ma belle-sœur et ses deux sœurs (présentes avec Matoub le jour de son assassinat, ndlr). Ce qui n’a jamais été fait. - Vous avez déclaré, avant-hier, que le procès prend une tournure politique… Dès le départ, c’était un procès politique, sinon je ne vois pas pourquoi toute cette lenteur à répondre aux exigences de la famille. Ce dossier a été beaucoup plus réglé sur le plan politique. L’assassinat de Matoub Lounès a été aussi géré plus politiquement que judiciairement. - Qu’est-ce qui bloque, selon vous, la tenue de ce procès ? A mon sens, c’est parce qu’il n’y a pas d’élément à l’intérieur de ce dossier. C’est une coquille vide. Il s’agit d’une affaire criminelle qu’on ne peut pas juger sans éléments précis. En tant que partie civile, ma mère et moi avons exigé, dès le départ, au risque de me répéter, la reconstitution des faits. C’est capital. Il ne peut pas y avoir de procès Matoub sans qu’on sache comment il est mort. Je défie quiconque de me dire comment il est mort. Jusque-là, ce ne sont que des spéculations. Il n’y a aucun rapport de médecin ou de police scientifique qui dise : voilà, il a été tué par un sniper ou un amateur, on ne le sait pas encore ! Cette question de comment Matoub a été assassiné ne soulève pas une autre question politique, à savoir si c’est tel groupe ou tel autre qui l’a tué. Pourtant, c’est quelque chose de très simple : il faut faire une étude balistique en tenant compte des déclarations de Nadia (la belle sœur), Ouarda et Farida et en tenant compte, surtout, du premier rapport de gendarmerie qui pose problème. - En parlant de Nadia Matoub, pourquoi ne faites-vous pas cause commune dans ce procès ? La famille s’est constituée partie civile, si elle veut se joindre à nous, il n’y a pas de problème. Nous n’avons aucun a priori. Me Boubaker Aït Habib. Avocat de Malik Madjnoun «12 ans de détention provisoire, c'est un cas unique au monde»- Le procès de l’assassinat de Matoub sera-t-il programmé en juillet prochain ? Le travail du supplétif d’information a été clôturé le 16 juin dernier. Le magistrat chargé de ce complément d’instruction a signifié au procureur général la fin de l’enquête. Le procureur général a demandé à la présidente du tribunal criminel de programmer le procès. Malik Madjnoun a eu la visite du président de la cour, qui l’a rassuré quant à la disponibilité de sa structure pour enrôler l’affaire durant la session en cours. Le directeur de la prison lui a confirmé aussi que le procès aura bel et bien lieu en juillet prochain. Malika Matoub a également confirmé que le parquet général l’a assurée que l’affaire de l’assassinat de son frère sera programmée avant la fin de la session criminelle en cours. - Votre mandant est en détention provisoire depuis 12 ans. Un commentaire ?
|
Assassinat de Lounes Matoub | ||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||