Après l’ouverture par le parquet de paris d’une enquête sur l’attentat de Lakhdaria

Quelle faisabilité pour les investigations ?

Par : Yacine Kenzy, Liberté, 26 septembre 2007

La nouvelle enquête intervient dans un contexte et dans des formes tout à fait différents. Cette fois, c'est le parquet qui s'est saisi de l'affaire immédiatement après les faits. A-t-elle plus de chances d'aboutir en étant ainsi dénuée d'arrière- pensées politiques ? Pour l'instant, un départ des enquêteurs vers l'Algérie n'est pas évoqué.

Quelques jours à peine après l'attentat suicide de Lakhdaria, au cours duquel deux Français ont été blessés, la justice de leur pays a décidé d'ouvrir une enquête sur cette affaire. Le parquet de Paris a décidé de la confier à la DST, les services du contre-espionnage. En matière de terrorisme, la DST est dotée de pouvoirs de police judiciaires. En matière pénale, il s’agit de mener une investigation pour rechercher les auteurs d'une infraction et les conditions dans laquelle elle a été commise.
Les deux Français blessés à Lakhdaria (Algérie) ont été rapatriés samedi et dimanche en France. Ils travaillaient pour la société française de BTP Razel sur un barrage en Kabylie et ont été blessés en même temps qu'un collègue italien, leur chauffeur algérien et cinq gendarmes de leur escorte. La branche nord-africaine d'Al-Qaïda (ex-GSPC) a revendiqué l'attaque dans un communiqué cité par la chaîne satellitaire Al-Arabiya, basée à Dubaï. Un spécialiste de la lutte antiterroriste a confié, lundi sous le couvert de l'anonymat à l'AFP, que ces évènements étaient perçus comme le signe d'une menace très élevée pour les intérêts français en Algérie, évoquant une “atmosphère semblable” à celle du début des années 1990. Une trentaine de Français avaient été tués dans une série d'attaques, dont une seule a retenu l'attention de la justice française. Il s'agit du massacre des sept moines de Tibhirine, enlevés en mars 1996 et décapités deux mois après.
Le parquet de Paris a ouvert le 10 février 2004 une information judiciaire contre X après une plainte déposée par la famille d'un des religieux et par Armand Vielleux, l'ancien procureur de l'Ordre des Cisterciens auquel ils appartenaient. Le juge antiterroriste, Jean-Louis Bruguière, à la retraite depuis quelques mois, a délivré une commission rogatoire, mais l'enquête ne semble pas progresser. Alger était disposé à répondre à la commission de l'aveu même de l'avocat du plaignant, Me Patroik Baudouin.
Dans cette affaire, la plainte vise à impliquer les services de sécurité algériens dans la disparition des moines. Elle n'a été déposée que plusieurs années après le drame, en s'appuyant sur les écrits d'anciens militaires établis à l'étranger et à la recherche de l'asile politique. La nouvelle enquête intervient dans un contexte et dans des formes tout à fait différents. Cette fois, c'est le parquet qui s'est saisi de l'affaire immédiatement après les faits. A-t-elle plus de chances d'aboutir en étant ainsi dénuée d'arrière pensées politiques ? Pour l'instant, un départ des enquêteurs vers l'Algérie n'est pas évoqué.
En tout cas, ce n’est pas la première fois que la justice française enquête sur des faits survenus à l'étranger et impliquant des ressortissants français. Dernier dossier connu, celui du juge Bernard Borell, assassiné en 1995 à Djibouti.
Deux hauts responsables djiboutiens, proches du président Ismaël Omar Guelleh sont renvoyés pour la première fois devant la justice française dans le dossier de l'assassinat du juge Borrel en 1995 à Djibouti qui empoisonne les relations franco-djiboutiennes. Le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman, et le chef des services secrets, Hassan Saïd, sont renvoyés pour “subornation de témoins” devant le tribunal correctionnel de Versailles (région parisienne) par une ordonnance du juge Magali Tabareau, datée du 20 août dernier.
Ce dossier de subornation de témoins est l'un des volets de l'affaire Borrel. Le dossier d'assassinat est instruit par la juge parisienne, Sophie Clément, qui avait délivré, en octobre 2006, des mandats d'arrêt internationaux à l'encontre des deux principaux suspects, deux repris de justice en fuite, Awalleh Guelleh et Hamouda Hassan Adouani, considérés comme de possibles exécutants de cet assassinat.

Y. K.

   
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